Test de « Master Detective Archives: Rain Code Plus » sur PlayStation 5. Un jeu d’enquête façon roman noir qui nous transporte de surprise en surprise

Tookyo Games travaille actuellement sur son prochain jeu, en tandem avec Media.Vision, pour le compte d'Aniplex : The Hundred Line: Last Defense Academy.

Test de Master Detective Archives: Rain Code Plus réalisé sur PlayStation 5 à partir d’une version fournie par l’éditeur.

  • Enquête | Roman visuel
  • Développé par Tookyo Games et Spike Chunsoft | Édité par Spike Chunsoft
  • Master Detective Archives: Rain Code
    Nintendo Switch – 30 juin 2023
  • Master Detective Archives: Rain Code Plus
    PlayStation 5 | Xbox Series X | PC – 18 juillet 2024 (Japon) | 1er octobre 2024 (Europe)
  • Sous-titré en français – PEGI 18
  • Toute l’actualité du jeu

La bande infernale des créateurs de Danganronpa s’est émancipée de Spike Chunsoft en 2017, pour fonder Tookyo Games, son propre studio. Pas question pour autant d’abandonner une recette qui a fait ses preuves, à base de mystères, de puzzles et d’enquêtes. Après Death Come True et World’s End Club, les compères de Kodaka Kazutaka n’ont pas chômé avec la sortie, le 30 juin 2023, de Master Detective Archives: Rain Code sur Nintendo Switch.

Comme souvent de nos jours, une sortie sur un support exclusif s’accompagne à terme d’une réédition ultérieure, à plus grande échelle. Master Detective Archives: Rain Code Plus sera donc naturellement disponible, à partir du 1er octobre 2024, sur PlayStation 5, Xbox Series X et PC, édité par Spike Chunsoft au prix de 59,99 €. Et quelques bonus se joignent à l’enquête, justifiant le « Plus » accolé à un titre déjà copieux. Les limiers vétérans doivent-ils repasser à la caisse ? 

Test de Master Detective Archives: Rain Code Plus sur PlayStation 5

Le jeune Yuma Kokohead se réveille hagard, dans ce qui semble être la salle des objets trouvés d’un gare. Qui est-il ? Que fait-il ici ? Il trouve seulement, dans sa poche, une lettre à son nom adressée par la World Detective Association. Cette dernière lui somme de se rendre au plus vite à Kanai Ward, ville éternellement pluvieuse sous la coupe d’Amaterasu Corporation, multinationale tentaculaire œuvrant en toute impunité. Déboussolé par ces révélations, et gêné par une étrange présence dans l’atmosphère, le détective en herbe se rue dans l’Amaterasu Express, à bord duquel cinq autres voyageurs sont présents. Problème : seuls cinq détectives étaient invités à se rendre en ville… Il s’agit du premier mystère d’une longue série que Yuma devra résoudre pour retrouver son identité et lever le voile sur le complot qui accable la mégalopole.

Entre promenade, enquête…

Si l’on reste volontairement discret sur le déroulement de l’aventure, c’est bien parce que Master Detective Archives: Rain Code Plus est un jeu reposant sur de nombreux rebondissements et autres révélations. Pour progresser, l’utilisateur parcourt en long, en large et en travers les rues de Kanai Ward, discute avec les passants pour glaner des informations et analyse les éléments du décor. Ce travail permet de récolter des points de détective, fonctionnant comme des points d’expérience, afin de monter en rang.

Il est parfois nécessaire de conduire des enquêtes sur des scènes de crime également. Interrogatoires, récoltes de preuves, tout y est. Bonne idée : dans chacun des chapitres, Yuma forme un binôme avec l’un des rares Maîtres Détectives ayant survécu aux milices de Kanai Ward. Cela permet de constater le développement des relations entre personnages, servi par une bonne qualité d’écriture. Et puisque chaque Maître Détective possède un pouvoir spécifique, les situations de jeu n’en sont que plus variées. Ces mécaniques d’exploration et d’enquête sont donc particulièrement denses et primordiales, un jeu de détective ne portant a priori pas sur le combat. Et pourtant…

…et exploration de donjons ?

Si Kanai Ward et ses ruelles sont le théâtre principal des enquêtes, leur résolution, quant à elle, se déroule dans un autre monde généré par le pouvoir de détective de Yuma : le labyrinthe des mystères. Le jeu change alors du tout au tout. Le labyrinthe emprunte un peu aux palais mentaux de Persona 5, soit un donjon où des affrontements ont lieu, propice à une mise en scène plus délurée et spectaculaire. Il ressemble aussi aux procès de Danganronpa, dans sa manière d’incarner une rupture nette avec la mécanique de jeu principale, plus portée sur la balade et la narration. 

Tout le déroulement de l’enquête, non résolue dans le monde réel, prend forme dans le labyrinthe. Les indices récoltés deviennent des clés-indices. Les mystères non résolus deviennent des Q, et les personnages interférant dans l’affaire des Spectres des mystères, correspondant à autant d’ennemis en travers du chemin. Les désaccords deviennent ainsi des duels de raisonnement. Les arguments adverses se matérialisent et doivent être esquivés dans une direction adéquate, avec un éventuel bonus s’ils sont évités de justesse. Les déclarations inflammables doivent être tranchées puis contre-attaquées avec une clé-indice. Les erreurs se paient au prix d’une diminution d’endurance, comme un véritable combat, en somme.

Une grande richesse de situations 

Ces phases sont très efficaces de par leur dynamisme et leur mise en scène, en plus de rompre agréablement avec le reste de l’aventure. Dommage toutefois qu’une bonne partie de ces donjons consiste à courir en ligne droite le long de couloirs identiques, d’un donjon à l’autre, le temps que les dialogues interstitiels s’épuisent. Fort heureusement, des bifurcations existent, matérialisant un choix avec une seule réponse juste possible. L’endurance diminue également en cas d’erreur.

Il est fort heureusement possible de rendre le personnage moins vulnérable. Les points de compétence obtenus en montée de niveau de détective permettent de débloquer un arbre de compétences, facilitant en effet l’exploration. Une fois au bout du labyrinthe, l’ultime déduction se met en place, sous forme d’une bande dessinée interactive. Le joueur remplit les interstices avec les bons indices pour reconstituer le fil de l’histoire.

De nombreuses bonnes idées parsèment ces donjons, comme celle de pouvoir réexplorer un fragment de scène de crime dans un diorama, pour trouver plus d’indices face à une impasse. Il est difficile de tout citer sans spoiler, découvrir toutes ces mécaniques faisant partie du charme du jeu. Une chose est sûre : cette volonté perpétuelle de briser l’ennui par une nouvelle surprise est bel est bien la qualité principale de Master Detective Archives: Rain Code Plus. Que ce soit par un rebondissement scénaristique, un nouveau type de gameplay, une trouvaille visuelle… Le jeu d’enquête de Tookyo Games est une ode à l’inventivité.

Des environnements soignés

Kanai Ward a bénéficié d’un travail artistique conséquent et d’une écriture soignée pour devenir cette ville pluvieuse, au croisement de nombreuses références. Certains y verront, par endroit, Midgard de Final Fantasy VII. D’autres, Los Angeles version Blade Runner. Qu’importe. La richesse du scénario et les choix artistiques en font un théâtre unique. Chaque quartier, incarnant une scène de crime, possède un environnement remarquable. On espère forcément un artbook pour mettre en valeur les travaux préparatoires. Et c’est fort heureux car, comme cela a été souligné pour les donjons, une grosse partie de l’aventure consiste à faire des allers-retours, notamment lors des quêtes annexes globalement ennuyeuses et inutiles.

Des qualités artistiques inégales

Les musiques sont une autre facette intéressante du jeu. Takada Masafumi dégaine à nouveau son style éclectique, déjà mis à contribution pour des trips hallucinatoires tels Killer7, No More Heroes et Danganronpa. Le travail de son équipe permet d’alterner entre une ambiance décontractée, presque lofi hip-hop, en accord avec la pluie incessante, et un rythme de dance anxiogène, dans la tonalité des crimes. Ces choix musicaux répondent parfaitement au développement du personnage principal, dont l’amnésie lui fait vivre un calvaire. Il affronte, à vrai dire, toutes les situation dans l’urgence et le stress absolus. Les séquences humoristiques avec l’acolyte mystérieuse révèlent aussi quelques surprises musicales, pour ce qui constitue un nouveau sans-faute dans le parcours du compositeur.

Côté chara design, le constat est plus contrasté en revanche. Si l’on reconnait avec plaisir le trait de Komatsuzaki Rui, également à l’œuvre sur Danganronpa, son talent est moins mis à profit ici. Outre la redondance de style, certains personnages, pourtant importants, paraissent assez quelconques, au point que l’on finisse par les mélanger. Leurs portraits sont parfois surchargés d’accessoires et de piercings, pour essayer de les distinguer peut-être.

Rain Code « Plus »

La sortie du jeu sur PlayStation 5, Xbox Series X et PC s’accompagne de l’adjonction d’une mention « Plus » au titre. Comme souvent, cette version augmentée ne comprend que quelques bonus à la marge : une résolution 4K, des temps de chargement réduits et un mode galerie. Il permet de revoir les cinématiques, ainsi que les dialogues bonus débloqués au fil de l’exploration.

L’ajout le plus notable reste la mise à disposition de cinq sous-histoires, auparavant vendues en DLC. Il ne faut cependant pas s’attendre à débloquer autant de nouveaux labyrinthes des mystères, on a surtout affaire à des contenus scénaristiques complémentaires. Chacun permet d’incarner l’un des cinq compagnons de Yuma, et de mettre à profit ses pouvoirs uniques pour résoudre une mini-enquête. Ce contenu est absolument facultatif, mais il donne l’opportunité de découvrir de nouvelles propositions en matière de crimes tordus et loufoques. 

Rien de bien notable donc, mais il n’était de toute façon pas nécessaire de délayer un jeu déjà aussi riche, dépassant allègrement la trentaine d’heures. Il n’existe donc aucun bonus justifiant de racheter le jeu pour ceux l’ayant déjà terminé sur Nintendo Switch, contrairement à Shin Megami Tensei V: Vengeance par exemple, qui a suivi un parcours d’édition similaire.

Notre avis | 9

Note : 9 sur 10.

Master Detective Archives: Rain Code Plus fait son retour sur PlayStation 5, Xbox Series X et PC, à l’occasion d’une édition enrichie. Ceux qui n’ont pas connu le jeu sur Nintendo Switch découvriront un trip hallucinatoire. On le partage avec un héros amnésique et tout aussi désœuvré que nous. L’équipe de choc, déjà aux manettes des Danganronpa, démontre à nouveau le caractère infini de son ingéniosité. L’univers est charismatique, les personnages attachants, les affaires originales… On ne voit pour ainsi dire jamais le temps passer. Le point le plus remarquable reste la proposition des donjons, surprenante pour un jeu d’enquête. Les nombreuses séquences de gameplay qu’on y trouve, plus étonnantes visuellement qu’originales manette en main, renouvellent sans cesse l’émerveillement. Les amateurs de romans policiers et d’humour noir n’ont pas à réfléchir longtemps avant de prendre leur parapluie favori et de se jeter corps et âme dans l’enquête. 

On aime

  • Le scénario efficace
  • La galerie de personnages
  • La diversité des situations
  • La ville
  • De vraies fulgurances artistiques

On n’aime pas

  • Le chara design peu inspiré
  • Quelques situations répétitives
  • Les quêtes annexes

Merci d’avoir lu notre test de Master Detective Archives: Rain Code Plus sur PlayStation 5.

Lire aussi | Les meilleurs jeux vidéo de 2024. Tous nos tests classés par note

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