Test de « Voice of Cards: The Beasts of Burden » sur PC. Un troisième épisode en moins d’un an ne risque-t-il pas de lasser ?

Alphée vit en compagnie de sa mère dans la Tanière, un village souterrain protégé par de solides murs et de nombreux pièges. Un jour, le rempart finit par céder.

Test de Voice of Cards: The Beasts of Burden réalisé sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Quand Voice of Cards: The Isle Dragon Roars est sorti le 28 octobre 2021, on n’imaginait pas tester un troisième épisode moins d’un an après. À l’époque, malgré ses ambitions modestes, le JRPG se présentait comme un terrain d’expérimentation idéal pour le terrible trio créatif Yoko Taro, Keiichi Okabe et Yosuke Saito. Aujourd’hui, Voice of Cards: The Beasts of Burden profite d’un système de jeu éprouvé et d’une structure que l’on peut décliner à l’envi. Mais sa similarité avec les deux épisodes précédents, leurs sorties rapprochées et l’épure dans la représentation de l’univers peuvent lasser. S’agit-il de l’épisode du renouveau ou de trop ?

Lire aussi | Nos test de Voice of Cards: The Isle Dragon Roars et Voice of Cards: The Forsaken Maiden

Test de Voice of Cards: The Beasts of Burden

La jeune Alphée vit en compagnie de sa mère dans la Tanière, un village souterrain. Protégé par de solides murs et de nombreux pièges, il tient à distance les monstres qui vivent à la surface dont la cohabitation avec les humains est rendue impossible. Un jour le rempart finit par céder et le foyer d’Alphée est détruit. Il ne lui reste alors que sa rancœur et sa tristesse. Elle jure de se venger de ses tortionnaires, puis prend la route avec le jeune garçon qui l’a sauvée in extremis.

Les grandes lignes de l’histoire sont terriblement classiques mais, comme toujours avec Yoko Taro, les rebondissements font rapidement sauter ces coutures de fil blanc. On retrouve son amertume et son ironie désormais légendaires. À ce propos, si des liens ténus en termes de construction d’univers existent entre les jeux, la série se comporte plutôt comme une anthologie. À ce titre, on peut parfaitement mettre le pied à l’étrier avec cet opus plutôt qu’un autre.

Que sont les Voice of Cards ?

Les jeux Voice of Cards sont avant tout des jeux de rôle japonais. Le joueur incarne une équipe de quatre personnages, souvent parmi un choix restreint, disposant chacun de capacités propres. Les combats, déclenchés en se promenant sur la carte, s’organisent au tour par tour. À l’image d’Hearthstone, chaque tour fournit une gemme supplémentaire, permettant de lancer des compétences plus ou moins coûteuses en fonction du stock à disposition.

La particularité de cette trilogie est de présenter l’intégralité de son univers sous forme de cartes, qu’il s’agisse du terrain découpé en rectangles, des personnages ou des attaques. Les portées narrative et dramatique de chaque opus sont importantes, à l’image de l’ensemble de l’œuvre torturée de Yoko Taro. Les qualités artistiques de Keiichi Okabe à la musique de et Kimihiko Fujisaka à la conception des personnages sont remarquables. Mais cette constance rime malheureusement avec redondance.

Quelles différences apporte Voice of Cards: The Beasts of Burden ?

À nouvel épisode, nouveau narrateur… ou narratrice en l’occurrence. C’est loin d’être anecdotique tant cette voix accompagne le joueur, constituant l’ancrage de l’immersion dans l’univers. À l’image de ses prédécesseurs, Carin Gilfry (Yui Ishikawa en version originale) fournit un travail remarquable de justesse, appuyé par une diction très chaleureuse.

Voice of Cards: The Beasts of Burden tente d’apporter plus d’interaction avec l’univers. Certaines séquences permettent par exemple d’utiliser des pièges de la carte dans les combats. On se déplace en chariot de mine ou en char à voile. Quelques énigmes sporadiques parsèment la progression. Ces petits détails ne changent pas la donne, mais ajoutent un peu de consistance à une représentation d’univers qui demande par ailleurs de l’abstraction.

Mais la grosse nouveauté de cet épisode est la capture de monstres. Comme dans une version simplifiée du système des Shin Megami Tensei, les ennemis rencontrés peuvent devenir utiles par la suite. À la fin de chaque combat, il existe une chance qu’un monstre rejoigne la collection de cartes. Mais la comparaison évidente avec Pokémon s’arrête là : les monstres ne servent qu’à constituer un réservoir de techniques secondaires, avec un total maximal de cinq par personnage. Les drafts supplémentaires offrent un niveau de rareté supérieur, et donc d’agir avec plus d’efficacité. Inutile d’imaginer constituer une équipe avec des monstres à entrainer, il n’en est rien.

Un dernier point de détail se situe dans la difficulté du jeu. Le premier opus était bien trop simple jusqu’au boss final. Le deuxième réhaussait partiellement le niveau. Dans ce troisième enfin, la sensation de challenge est encore plus présente. Un peu trop d’ailleurs, tant le boss final parait absurdement difficile dans sa durée comme dans la violence de ses attaques, même pour une équipe bien préparée.

Ces nouveautés suffisent-elles à se replonger dans l’univers ?

La réutilisation des cartes de personnages secondaires, de décors, de monstres et d’attaques et la même mise en scène statique des scènes cinématiques peinent à faire illusion sur la nature du recyclage. Plus gênant encore, les sorties condensées de Voice of Cards, avec trois épisodes en moins d’un an, ne font que mettre en évidence les coulisses de la recette de Yoko Taro. Les twists ont lieu au même moment et suivent les mêmes principes. Même les musiques, toujours ravissantes pourtant, font par moment succédané d’un grand ensemble musical qui n’est que trop familier.

Ce genre de redite pourrait passer inaperçu sur un projet épisodique plus court, mais les Voice of Cards demeurent des JRPG, demandant vingt à vingt-cinq heures d’investissement chacun. Le jeu de cartes annexe en fait la démonstration. Il reste amusant et sa réutilisation s’entend parfaitement pour les nouveaux venus. Mais il propose l’exacte même progression de combat de PNJ en PNJ, et les mêmes modes de jeu. Comment les habitués pourraient avoir envie de tout recommencer une troisième fois en moins de douze mois ?

JapanPop | Lire le test de Voice of Cards: The Beasts of Burden par Guillaume

Notre avis | 5

Qui veut voyager loin ménage sa monture. Et pourtant, une fois la partie finie, ce brave canasson halète la bave aux lèvres. Il ne suffit pas d’une même recette, aussi excellente soit-elle, pour satisfaire à chaque fois. Pire encore que l’inévitable sentiment de lassitude, ces redites finissent par mettre en évidence les ficelles artistiques d’un trio que l’on aime tant. Voice of Cards: The Beasts of Burden demeure d’excellente facture pour quiconque aimerait découvrir la série pour la première fois. Il est probablement le meilleur des trois Voice of Cards, malgré sa difficulté décourageante dans le dernier tiers. Du reste, difficile d’évaluer le jeu sans analyser le contexte dans lequel il s’inscrit. À cet égard, il faudra beaucoup d’effort pour captiver l’attention des joueurs une quatrième fois. Ou bien du temps, beaucoup de temps…

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Test de Voice of Cards: The Beasts of Burden réalisé sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur. https://www.youtube.com/watch?v=216OsR5LgIM Quand Voice of Cards: The Isle Dragon Roars est sorti le 28 octobre 2021, on n'imaginait pas tester un troisième épisode moins d'un an après. À l'époque, malgré...Test de « Voice of Cards: The Beasts of Burden » sur PC. Un troisième épisode en moins d'un an ne risque-t-il pas de lasser ?