Pokémon Diamant Étincelant et Perle Scintillante ne laissaient aucun doute sur l’urgente nécessité d’un vent nouveau sur la série. Moins de deux mois plus tard, Légendes Pokémon : Arceus propose de très nombreuses nouveautés en remettant la capture de nos amis les Pokémon au cœur de son gameplay. À cette occasion, Game Freak a développé une aventure antérieure au monde des Pokémon tel qu’on le connaît. Les ambitions techniques sont effectivement modestes, Game Freak reste Game Freak, mais ouvre de belles perspectives pour l’avenir de la série.
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Dans Légendes Pokémon : Arceus, peut-on librement explorer le monde des Pokémon ?
Quel enfant des années 90 n’a pas rêvé d’explorer librement le monde des Pokémon ? Genius Sonority n’a que partiellement réalisé ce fantasme avec Pokémon Colosseum puis Pokémon XD : le Souffle des Ténèbres sur GameCube. Au contraire de ces hors-séries où l’on ne pouvait pas capturer de Pokémon sauvages, Légendes Pokémon : Arceus, développé par Game Freak lui-même, remet le Pokédex au cœur de l’expérience. D’une certaine manière, on peut y voir une évolution des Terres Sauvages de Pokémon Épée et Bouclier qui ont entrouvert la porte de la grande aventure. Toutefois, l’univers n’est pas exactement celui que l’on se figure en regardant l’anime ou les illustrations du JCC.
Le titre se déroule à Hisui, l’ancien nom de Sinnoh, alors que les premiers pionniers s’installent. Le choix d’un contexte féodal a le grand avantage de simplifier la modélisation des environnements, qui ne comportent pas d’élément urbain. Comme dans Monster Hunter Rise, le village central est entouré de plaines, de montagnes et de plages peuplées de Pokémon. À cette époque, le lien unissant humains et monstres n’étant pas encore scellé, le studio n’a pas non plus besoin d’exposer leurs interactions. À Hisui, l’humanité craint autant qu’elle admire les Pokémon.

La narration est-elle plus présente que dans les autres jeux de la série ?
En réalité, le protagoniste n’est pas de ce monde. Il se trouve engouffré dans une faille spatio-temporelle qui le dépose à Rusti-Cité. Il rejoint alors le Corps des Chercheurs du Groupe Galaxie pour étudier les Pokémon auprès du professeur Lavande. Les capacités de capture du personnage principal sont un atout pour percer les mystères des monstres de poche. Il est aussi amené à calmer les monarques, des Pokémon vénérés par les habitants d’Hisui mais qui ont étrangement perdu la raison.
À ce titre, la narration de Légendes Pokémon : Arceus est plus présente que dans les jeux principaux. Les dialogues sont nombreux et de multiples cutscenes rythment les moments-clés de la progression. Mais surtout, l’histoire est construite autour d’un mystère : pourquoi se trouve-t-on dans cet espace-temps ? On regrette cependant que la narration environnementale soit finalement aussi sommaire, car les décors n’ont pas d’autre raison d’être que de servir de terrain de jeu. On aurait apprécié que les terres d’Hisui racontent les fameuses « légendes » promises dans le titre. Mais que l’on ne s’y trompe pas : on a rarement vu l’écriture d’un Pokémon s’appuyer autant sur la richesse de son lore.
Comment Game Freak a-t-il replacé la capture au premier plan ?
Les collines, les rivières et autres plateaux sont donc l’occasion de compléter le Pokédex pour que progresse la science. La particularité de cet épisode est que l’on peut dégainer ses Poké Balls comme si c’était un TPS. Les contrôles du personnage sont étonnamment souples et il est même possible d’esquiver les attaques des Pokémon. Et pour cause, les monstres n’hésitent pas à répliquer en chargeant le joueur qui tombe dans les pommes après plusieurs coups. Il perd à cette occasion une partie de son loot et reprend conscience au campement le plus proche. On peut tout de même se défendre en envoyant l’un de ses six Pokémon au casse-pipe. À ce moment-là, l’action passe au tour par tour traditionnel.
La mécanique de lancer de Poké Balls, qu’elles soient vides pour la capture ou qu’elles contiennent des Pokémon, est curieusement satisfaisante. On peut notamment envoyer son champion sur des minerais ou des arbres au loin pour qu’il récupère des baies et autres galets. Mais l’exploration est d’une fluidité exemplaire car on est rarement ralenti dans nos démarches. Rien n’empêche de canarder trois, quatre ou cinq Poké Balls et de voir les captures validées dans le coin de l’écran. Par ailleurs, on peut traverser les cartes très rapidement grâce aux désormais habituelles Poké Montures. De toute façon, les voyages rapides sont de la partie avec des temps de chargement quasiment transparents.

En l’absence de champions d’arènes et de badges, comment la progression est-elle balisée ?
Capturer autant de Pokémon n’est pas dénué d’intérêt dans la mesure où l’exploration de Légendes Pokémon : Arceus est délimitée par le Pokédex. Afin d’accéder à certaines zones, le joueur doit obligatoirement atteindre un certain rang de zéro à dix. Pour cela, il ne suffit pas d’attraper les Pokémon mais aussi de les comprendre en remplissant des tâches spécifiques. Pour Keunotor, par exemple, on doit en attraper vingt-cinq dont dix spécimens lourds, en vaincre quinze, en capturer une femelle et un mâle, en faire évoluer un en Castorno et, cela fait l’objet d’une quête secondaire, enquêter sur les Keunotor retors du village. On regrette la redondance de certaines tâches, comme lorsque l’on doit utiliser une technique en particulier, mais elles ajoutent tout de même de la profondeur au Pokédex.
Pour le reste, et en l’absence de champions d’arènes à affronter, l’histoire est principalement balisée par nos rencontres avec cinq monarques. Ces Pokémon quasi-divins, devenus enragés pour les besoins de l’intrigue, donnent lieu à un affrontement. Le protagoniste doit leur envoyer des sachets de nourriture pour leur faire retrouver leur calme, tout en esquivant leurs attaques dévastatrices. Ces séquences sont loin d’être passionnantes mais elles sont en réalité très rares. Les quêtes pour y parvenir sont plus intéressantes néanmoins, tout comme les quatre-vingt-quatorze missions secondaires. Elles s’avèrent assez variées : capturer untel, faire évoluer un autre, livrer un objet… Avec autant de Pokémon, il y a largement de quoi faire.
Quels sont les Pokémon disponibles dans Légendes Pokémon : Arceus ?
Bien évidemment, tous les monstres ne sont pas de la partie. Le titre en comporte tout de même deux cent quarante-deux dont sept sont inédits. Cerfrousse évolue désormais en Cerbyllin, Insécateur peut devenir un Hachécateur, Ursaring se transforme en Ursaking et Paragurel succède à Bargantua. Comme à Alola et Galar, certains Pokémon ont des formes de Hisui. Parmi eux, Farfuret et Qwilfish se distinguent puisqu’ils obtiennent en plus des évolutions, respectivement Farfurex et Qwilpix. Amovénus enfin, de types Fée/Vol, est un Pokémon légendaire exclusif à Légendes Pokémon : Arceus.
Le titre n’est pas avare en surprises et on redécouvre de nombreux Pokémon sous un nouveau jour. On pense à Voltorbe et Électrode, par exemple, qui arborent ici l’apparence des Poké Balls en bois d’Hisui. Ils obtiennent à cette occasion les types Électrik/Plante. Les starters ne sont pas en reste : on doit choisir entre Héricendre, Moustillon et Brindibou, issus des deuxième, cinquième et septième générations. Leurs troisièmes formes réservent des coups de théâtre, que l’on préfère taire pour ne rien divulgâcher. À ce propos et une fois n’est pas coutume, il est ici possible de capturer les autres starters intra-jeu sans devoir recourir aux échanges ou aux œufs de la pension, qui n’existe pas à Hisui.

Les combats sont-ils passés au second plan ?
Malgré les nouvelles stratégies possibles induites par les nouveaux types des Pokémon d’Hisui, on n’a que très peu l’occasion d’expérimenter. Les combats ne sont effectivement et définitivement pas au centre du gameplay. On affronte beaucoup de Pokémon sauvages mais extrêmement peu d’humains, puisque le concept de dresseurs n’est pas encore apparu. D’ailleurs, bien qu’il soit possible d’échanger ses Pokémon avec des amis, on ne peut pas combattre localement ou en ligne. Légendes Pokémon : Arceus se distingue d’ailleurs par une seule et unique version, ce qui est une première pour un épisode canonique. On peut même remplir le Pokédex sans échange puisqu’une astuce permet d’obtenir Ectoplasma, Grolem et compagnie en vase clos.
La faible proportion de combats se révèle presque frustrante tant ils sont agréables à enchaîner. Le joueur peut se déplacer en même temps qu’il donne des ordres, à l’image de Star Wars: Knights of the Old Republic, par exemple. Les animations de début et de fin sont si courtes que l’action n’est jamais hachée. En plus, de nouvelles mécaniques font partie du système. Après un certain nombre d’utilisations, un Pokémon maîtrise une capacité et peut dès lors l’utiliser avec deux styles : rapide ou puissant. Le premier réduit sa force mais fait gagner des tours d’attaque, le second l’augmente tandis que l’on perd la priorité. Il n’est pas évident que la possibilité perdure malgré tout, comme on l’a constaté avec les Méga-Évolutions, le Bracelet Z etc.
La réalisation de Légendes Pokémon : Arceus est-elle à la hauteur des ambitions de Game Freak ?
Légendes Pokémon : Arceus n’est très certainement pas irréprochable, L’input mapping est notamment très discutable et non-paramétrable. Mais il faut admettre que Game Freak a largement assoupli la formule. Ça n’a l’air de rien mais pouvoir gérer ses objets et ses Pokémon depuis un seul et même écran est presque un luxe. On échange aussi plus simplement les capacités des Pokémon. On peut les modifier à loisir depuis l’écran du monstre, sans devoir utiliser de CT ou discuter avec un soi-disant maître des Capacités.
Reste une réalisation technique indigne de l’une des séries de jeux vidéo les plus populaires de tous les temps. Le sujet a été maintes fois débattu par les joueurs et la presse spécialisée, mais on ne s’étonne qu’à moitié des modestes ambitions techniques. Les exigences d’une licence transmédia telle que celle-ci ne permet pas d’allonger les délais de développement à volonté et cela transpire par tous les aspects du jeu. À quel point aurait-ce amélioré l’expérience, de toute façon ? Little Town Hero souffrait des mêmes faiblesses. Il ne s’agit pas simplement de « graphismes sommaires » mais de grandes difficultés à s’immerger dans un monde aussi vide. L’absence de doublage ne rompt jamais le silence et les Pokémon ne donnent pas l’impression d’un écosystème en mouvement. Les Mustébouée errent vaguement, n’aspirant qu’à être enfermés dans les Poké Balls du joueur.

Peut-on y voir le renouveau de la série Pokémon ?
On se réjouit toutefois du fait que Légendes Pokémon : Arceus apporte tant de nouveautés. Bien sûr, on ne peut qu’imaginer quel aurait été le titre avec une voire deux années de développement supplémentaires. On apprécie au moins les changements opérés par Game Freak pour cet épisode. Depuis le premier Pokémon de 1996, cette machine bien huilée n’a que trop peu évolué et donne parfois même l’impression de régresser.
La perspective de nouveaux épisodes différents, plus adaptés aux modes de consommation d’aujourd’hui et qui mettent l’accent sur un lore d’une richesse insoupçonnée ne peut être que bénéfique aux joueurs. On attendra que le studio confirme avec un épisode plus soigné avant de s’emballer, mais l’espoir est permis dans la mesure où Légendes Pokémon : Arceus réalise un démarrage historique avec près de six millions cinq cent mille ventes en une semaine.




