samedi 29 janvier 2022
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Test de Shin Megami Tensei V : est-il aussi difficile qu’on le prétend ?

Shin Megami Tensei V est le nouvel épisode canonique de Shin Megami Tensei. Les opus numérotés sont peu nombreux en comparaison des dizaines et des dizaines de hors-séries. Celui-ci innove pourtant avec l’intégration de grandes zones ouvertes. Aucun doute cependant : il s’agit toujours de feutrer le destin d’un monde au bord de l’extinction. Et les réfractaires au JRPG d’Atlus ont toutes les bonnes raisons de lui donner sa chance, puisque les Shin Megami Tensei aussi faciles d’accès sont aussi rares qu’une once d’espoir dans ce Tokyo postapocalyptique.

VersionSortieDéveloppeurÉditeurPrix
Switch12/11/2021AtlusNintendo59,99 €

Sommaire

Quelle est l’histoire de Shin Megami Tensei V ?

Dans Shin Megami Tensei V, le joueur incarne le Nahobino, fusion entre un lycéen ordinaire et un mystérieux combattant à la solde de Béthel. Dans une métropole de Tokyo où d’étranges événements se multiplient, le personnage principal emprunte un tunnel d’apparence ordinaire. Par un malheureux concours de circonstances, il se retrouve dans une version alternative du Japon où le monde en ruine est entre le feu des démons et des anges. En fusionnant avec Aogami cependant, il devient le suscité Nahobino, sorte de divinité, davantage un être blasphématoire d’ailleurs. Son rôle est toutefois prépondérant puisque, Shin Megami Tensei oblige, il possède le pouvoir de modifier le cours du destin.

Comme dans les autres épisodes de la série, plusieurs fins sont disponibles en fonction des choix du joueur. On peut emprunter les voies de l’ordre, de la neutralité et du chaos. Une quatrième fin « secrète », que l’on débloque sous certaines conditions, fait également office de véritable conclusion. Mais tous les éléments du « bon petit Shin Megami Tensei » sont réunis : Tokyo, la fin des temps, le combat entre le bien et le mal qui fait rage et le joueur qui décide du sort du monde. L’histoire est à peu de chose près la même que d’habitude, et nul besoin de maîtriser les autres épisodes pour s’y plonger puisqu’ils n’ont aucun lien entre eux.

Les intrigues sont enfin relativement discrètes avec de longues phases d’exploration ponctuées de scènes cinématiques. La structure du jeu, en différentes immenses zones à parcourir, hache légèrement l’histoire mais offre une grande fluidité dans le gameplay. De petites quêtes font office de jalons pour baliser la progression, la narration environnementale donne le ton, mais que l’on ne s’y trompe pas : l’expérience est surtout construite autour des systèmes de jeu.

Peut-on résumer Shin Megami Tensei V à un « Persona plus austère » ?

On compare souvent Shin Megami Tensei à Persona, la porte d’entrée vers le JRPG façon Atlus de nombreux joueurs. C’est-à-dire que le hors-série s’avère particulièrement séduisant depuis Shin Megami Tensei: Persona 3. Leurs personnages sont hauts en couleur et font montre d’un esprit de camaraderie qui réchauffe le cœur. En comparaison, les Shin Megami Tensei peuvent logiquement sembler austères avec des mondes au bord du gouffre, des environnements sombres et des sociétés où règne la loi du plus fort. Et quand on pense à certains épisodes en particulier, on dénote effectivement une certaine forme de sévérité.

Cela étant, Atlus a énormément rajeuni Shin Megami Tensei depuis, à commencer par l’esthétique. Le volet artistique de ce cinquième épisode est l’œuvre de Masayuki Doi, notamment connu pour Shin Megami Tensei IV et Apocalypse. Il a aussi ravivé l’aspect visuel de Devil Summoner: Soul Hackers et Strange Journey, pourtant pas les épisodes les plus tendance. Shin Megami Tensei V est dans cet esprit avec son héros à la crinière bleu roi et ses décors aux couleurs saturées. Certes, la charte graphique des menus n’est peut-être pas aussi tranchée et dynamique que dans Persona. Mais cet épisode n’est absolument pas ringard, bien au contraire.

Reste un jeu infiniment moins volubile que Persona. En l’absence de liens sociaux et des tunnels de textes propres aux hors-séries, Shin Megami Tensei V paraît forcément plus discret. Il ne manque pas de s’affirmer toutefois avec l’humour-signature d’Atlus. Les descriptions d’objets et les négociations prêtent souvent à sourire, tranchant radicalement avec le sérieux de certains démons. Certaines répliques autour de la coiffure du Nahobino sont tirées par les cheveux, mais le running gag fonctionne à merveille.

Comment Atlus a-t-il modernisé ce cinquième Shin Megami Tensei ?

Les combats de Shin Megami Tensei V s’appuient à nouveau sur le système de Press Turn introduit avec Shin Megami Tensei III: Nocturne. Le Nahobino peut invoquer et faire combattre trois démons à ses côtés, et dès que l’on touche un point faible ou que l’on déclenche un coup critique, on obtient un tour supplémentaire. Si l’on manque une attaque toutefois, on en perd deux. Le système oblige donc à tenir compte des faiblesses et résistances de chaque ennemi. Il ne s’agit pas d’un JRPG où l’on martèle le bouton d’attaque jusqu’à vaincre chaque mob. Le moindre combat demande un minimum de jugement au risque de perdre un allié.

L’exploration s’inspire plutôt de Shin Megami Tensei IV, avec les ennemis représentés sur les aires de jeu. Ils sont ici tous modélisés, au lieu des cubes numériques du précédent épisode. Le Nahobino peut les attaquer à l’épée pour obtenir la priorité en combat. Cela dit, le jeu n’est plus découpé en petites cartes mais en immenses zones ouvertes. Les développeurs ont fait la part belle à l’exploration, avec des quêtes secondaires ici et là, des reliques à récolter, des Miman à débusquer. Les lieux abritent aussi des abcès, d’immenses créatures qui brouillent la mini-carte. Le joueur doit les crever une bonne fois pour toute pour les faire disparaître.

Bien que l’on ne traverse que des zones mortes et postapocalyptiques, Shin Megami Tensei n’avait jamais semblé plus vivant. Les zones sont loin d’être vides avec des troupeaux de démons, une forte activité autour des centres-villes et de nombreux points d’intérêt. Le level design est en plus formidable, avec une verticalité qui oblige à se creuser les méninges pour accéder à certains endroits. Le pari était osé mais Atlus l’a relevé avec brio.

La Switch est-elle à la hauteur des ambitions de Shin Megami Tensei V ?

Les zones de jeu sont effectivement immenses et il faut plusieurs heures pour les traverser. On s’y déplace sans chargement et il est possible de se téléporter aux différents points de sauvegarde qui les jonchent. On s’étonne du niveau d’ambition des développeurs mais cela ne se fait pas sans concessions. Il faut compter sur un frame rate qui s’approche des 30 FPS sans jamais les atteindre néanmoins. Cela s’applique non seulement à l’exploration, mais aussi aux combats ou à la navigation dans les menus. Quand on sait le temps que l’on passe dans ces derniers, les performances sont finalement assez pénibles.

Dans la mesure où le jeu est édité par Nintendo en Europe, il n’y a que peu de chances de le voir sortir sur une console plus performante. Il faut pour l’heure s’en contenter, même si les soucis techniques ne sont pas liés qu’au frame rate. On remarque aussi un clipping très important lorsque l’on se déplace. Comme pour d’autres jeux sur Unreal Engine 4, les animations manquent également de détails quand les objets se trouvent au loin. Enfin, les collisions sont hasardeuses parfois, tant au cours des phases de plateformes que lorsque l’on attaque un démon avant un combat.

Mais il faut aussi saluer le travail d’optimisation sur les temps de chargements. On peut en effet se déplacer à travers les étendues du jeu sans jamais être interrompu. Même quand on se téléporte d’un bout à l’autre d’une zone de jeu, on n’est pas prié de patienter. Lorsqu’un combat démarre, la transition vers l’arène de combat se révèle quasiment instantanée. Shin Megami Tensei V reste donc très agréable à jouer sur le pouce, en modes stationnaire et nomade.

Peut-on le considérer comme un « Pokémon dans un monde apocalyptique » ?

Dans les Shin Megami Tensei, y compris ce cinquième épisode, le personnage principal recrute d’innombrables démons pour combattre. On compare souvent cette boucle de gameplay à celle de Pokémon, dont on peut légitimement penser qu’elle est inspirée par Atlus. Hormis l’aspect collectionnite, l’une des principales différences concerne l’obtention des démons. Shin Megami Tensei V perpétue la tradition : il faut négocier avec les ennemis au cours des combats pour qu’il rejoigne notre équipe. Pour cela, il faut choisir ses réponses en fonction de la personnalité du démon, et répondre à ses exigences aussi : Macca (la monnaie de la série), objets, points de vie etc. Le nombre de partenaires pouvant nous accompagner augmente au fil du jeu, mais il n’est guère possible de les stocker. On doit alors les fusionner pour gagner de la place mais aussi les faire évoluer.

Car les démons gagnent des niveaux grâce à l’expérience. Ils obtiennent alors de nouveaux skills jusqu’à un certain point. Mais pour véritablement gagner en puissance, le joueur doit les fusionner, un peu à la manière de Dragon Quest Monsters. On peut ainsi créer des démons plus puissants, à condition qu’ils ne dépassent pas le niveau du Nahobino.

La particularité de ce cinquième épisode réside dans les essences. On en obtient pour chaque démon et elles permettent de personnaliser le personnage principal et chaque allié. Par exemple, une essence de Jack Frost contient certains sorts de glace : Mabufu, Bufula… En utilisant l’essence sur le héros ou un autre démon, il est possible de l’enseigner. Dans le cadre du Nahobino, on peut même transmettre les résistances et les faiblesses. Cette fonctionnalité se révèle beaucoup plus permissive que le seul système d’héritage. On peut réellement créer ses démons sur mesure.

Shin Megami Tensei V est-il aussi difficile qu’on le prétend ?

La série a la réputation d’être difficile et l’on doit bien avouer que certains épisodes sont loin d’être une promenade de santé. Mais Shin Megami Tensei V est véritablement l’un des épisodes les plus faciles d’accès. Non seulement on progresse facilement sans se perdre, mais les combats ne sont pas aussi brutaux que d’habitude. Les développeurs ont simplifié les négociations, tout comme les skills aussi avec la disparition des techniques consommant des points de vie. Le titre est en plus intégralement localisé en français, ce qui n’était pas le cas du quatrième épisode.

Par ailleurs, le joueur peut choisir sa difficulté avec la possibilité d’opter pour des modes facile et très facile à tout moment. Ce dernier est disponible séparément mais gratuitement au téléchargement. Il permet de se concentrer uniquement sur l’histoire et de s’initier à Shin Megami Tensei tout en douceur. On n’est jamais puni parce qu’on aurait changé de mode. Il faut toutefois savoir que si l’on commence en difficile et que l’on baisse le niveau en cours de route, on n’a plus le droit repasser à ce niveau de difficulté.

Quoi qu’il en soit, le sujet reste extrêmement subjectif. De notre point de vue, Shin Megami Tensei V n’est pas excessivement difficile et il n’oblige jamais à grind. Il arrive souvent que l’on soit remis à notre place par un boss quand on le rencontre la première fois. Au joueur de trouver la clé du combat : faut-il buff ou debuff ? Quels skills élémentaires employer ? Quelles résistances sont indispensables ? Et comme on peut revenir en arrière à sa guise, on n’est en réalité jamais bloqué.

Combien de temps faut-il pour le finir ?

Que les joueurs pressés se rassurent, Shin Megami Tensei V est plus court que Persona 4 ou 5. Il faut quand même compter une cinquantaine d’heures, en fonction du profil du joueur. Comme il est peu probable d’obtenir la vraie fin au premier run, il s’agit en plus d’un jeu que l’on doit recommencer plusieurs fois. On peut toutefois accélérer la cadence au cours des New Game+ puisque l’on conserve de nombreux avantages.

Les joueurs exhaustifs ont tout de même du grain à moudre pour entièrement nettoyer les zones de jeu. Celles-ci comportent un certain nombre de combats optionnels et de nombreux recoins difficiles d’accès. On peut notamment y découvrir des Miman, des petites créatures qui ressemblent à Cuphead et Mugman. En les débusquant, on obtient des cadeaux de la part de Gustave le Cadavre, le gérant de la boutique des points de sauvegarde. On obtient aussi des points de gloire qui permettent d’améliorer le Nahobino et ses alliés. On peut augmenter sa puissance élémentaire par exemple, ou le nombre de démons qu’il peut transporter. On peut aussi choisir de regagner des points de magie entre chaque tour, à condition que la jauge de Magatsuhi soit pleine.

On peut enfin décider de remplir le Conpendium. Il s’agit d’un index où sont regroupés les démons que l’on a obtenus grâce à la fusion ou via les négociations. Dès lors que l’on a déjà acquis l’un d’entre eux, il est possible de l’invoquer à volonté par cet intermédiaire, en échange de nombreux Macca tout de même. Atteindre les 100% de complétion n’est pas si simple qu’il n’y paraît et on réalise certaines fusions, dites spéciales, à l’aide de multiples démons.

Peut-on découvrir la série par cet épisode ?

À l’heure du test, Shin Megami Tensei V est incontestablement la meilleure porte d’entrée vers l’univers d’Atlus. On considère même ce JRPG plus inclusif que Persona 5 pour les joueurs allergiques aux tunnels de textes. Grâce à la possibilité de moduler la difficulté, entièrement localisé en français et globalement moins nébuleux que d’habitude, rien n’empêche de découvrir cette saga tentaculaire par cet épisode. Bien au contraire !

Ses grandes zones ouvertes sont en plus séduisantes pour ceux qui débutent dans la série, mais aussi pour les habitués. On n’ira pas jusqu’à dire que l’on redécouvre Shin Megami Tensei. Mais le plaisir de l’exploration est inégalé dans un JRPG où l’on est plutôt habitué à se déplacer case par case, voire à bouger des épingles sur la carte de Tokyo. On n’avait jamais autant ressenti les échelles de grandeur et certains lieux et démons font forte impression. Bien sûr, on aurait aimé que les performances soient meilleures, mais on reste ébahi par le travail accompli par l’équipe de développement. Atlus est allé au bout de sa démarche.

Si l’on ajoute une ambiance immersive grâce à une bande-son absolument fabuleuse, une palette de couleurs saturées qui fait son effet et son gameplay toujours aussi précis qu’addictif, on peut difficilement refuser la canonisation de Shin Megami Tensei V. Son récit est légèrement en retrait, il est vrai, mais l’expérience est singulière et méticuleusement construite ; c’est-à-dire que presque cinq années de développement ont suivi son annonce. Quoi qu’il en soit, Atlus aurait parfaitement pu emprunter la désormais célèbre formule de Final Fantasy XV en décrivant cet épisode comme « un Shin Megami Tensei pour les fans et les nouveaux venus ».

Test réalisé à partir d’une version fournie par l’éditeur sur Switch

Shin Megami Tensei V

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Julien Capronhttps://actua.blog/
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