Test de The Last of Us Part I. Doit-on parler d’un remake ambitieux ou simplement opportuniste ?

Test de The Last of Us Part I réalisé le 4 septembre 2022 sur PlayStation 5 à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Malgré des développements colossaux, on a toujours un jeu Naughty Dog à se mettre sous la dent. Après The Last of Us Part II et tandis qu’un projet multi se profile, le premier épisode fait son grand retour sous le titre de The Last of Us Part I. Le survival horror légendaire de la PlayStation 3 a déjà bénéficié d’un dépoussiérage à l’occasion d’un Remaster sur PlayStation 4. L’annonce de cette nouvelle relecture a donc été accueillie avec autant d’enthousiasme que de circonspection. The Last of Us Part I est-il un remake ambitieux, ou simplement opportuniste ?

Lire aussi | Test de The Last of Us Part II

Test de The Last of Us Part I

The Last of Us présente un monde dévasté par une infection fongique issue du cordyceps, transformant progressivement les victimes en monstres. Joel, contrebandier désabusé d’une cinquantaine d’années, se retrouve par la force des évènements à collaborer avec la jeune Ellie. L’adolescente de quatorze ans semble revêtir une importance cruciale pour plusieurs groupes d’intérêt rivaux. Le duo est amené à traverser les États-Unis et à surmonter ses différends, alors que l’horreur les entoure en permanence.

Pour rappel, The Last of Us est un jeu de tir à la troisième personne qui rentre dans la sous-catégorie des survival horror. Le protagoniste ne peut se sortir des situations de stress qu’en dosant ses soins et munitions, et en esquivant les combats inutiles. Comparé aux cadors du genre ainsi qu’à sa suite directe, le premier volet demeure relativement peu effrayant. Mais il faut garder en tête qu’il comprend des scènes difficiles, gores parfois, et des jump scares.

Quel niveau d’ambition affiche ce remake ?

Le cœur de l’expérience The Last of Us reste d’une intensité inégalée dans la mise en scène et dans le jeu d’acteur. Bien qu’en avance sur son temps, le titre demeurait dans l’ombre de sa suite sur ces plans. La qualité de la motion capture fournissait une base solide, ne nécessitant pas, à première vue, de devoir capturer à nouveau certaines scènes. Ce remake revoit cependant en profondeur la modélisation des personnages, à tel point que certains, comme Tess, sont méconnaissables. Mais ce sont surtout les expressions du visage et la synchronisation labiale qui impressionnent, métamorphosant complètement des scènes déjà cultes.

Les éclairages dynamiques magnifient aussi bien les scènes d’action que d’exposition. Côté décors, les textures ont été rafraichies pour afficher plus de détail à l’écran, et rendre honneur à la remarquable direction artistique d’une Amérique en déclin. En particulier, la végétation et l’eau présentes aussi bien dans la nature que dans les ruines ont bénéficié d’un coup de boost grandement nécessaire.

La structure du jeu survit-elle au passage des années ?

Le dépoussiérage magnifie certes le jeu par un traitement de luxe auquel peu d’élus ont droit. Mais cela ne suffit pas complètement à moderniser une œuvre vieille de près de dix ans maintenant. Après avoir parcouru les zones ouvertes d’Uncharted 4: A Thief’s End et The Last of Us Part II, il est difficile de revenir à cette forme de level design plus étriqué. La construction en couloirs ponctués d’arènes trop visibles se ressent plus que jamais. De même, la lourdeur de la progression, à base de planches à déplacer, d’échelles à débusquer ou de radeaux se fait sentir.

Il en va de même pour la diversité des ennemis, déjà perçue comme faible à l’époque, ou du nombre limité d’options stratégiques en combat. Sur tous les points, le jeu pâtit de la comparaison avec son successeur. Et c’est bien ce qui différencie un remake de ce type de celui de Resident Evil 2, par exemple. Fort heureusement, The Last of Us Part I reste un jeu dense, vivant et rythmé par des phases émotionnellement éprouvantes. Sa narration fait toujours des merveilles.

Que contient The Last of Us Part I ?

The Last of Us Part I ne comporte pas de contenu supplémentaire, à l’image du travail opéré par Bluepoint sur Demon’s Souls. Quelques bonus répondent à l’appel, dont un mode photo, des costumes, des illustrations, un making of… Naughty Dog a pensé aux habitués en ajoutant un mode de mort permanente, ainsi qu’un utilitaire réservé au speedrun. Le titre bénéficie aussi de la DualSense, avec un paramétrage poussé des vibrations et des gâchettes adaptatives, ainsi qu’un affichage de la santé selon un code couleur.

Plus important, un menu entier d’options d’accessibilité permet de configurer la difficulté, de changer la visibilité des modèles, d’augmenter la taille des aides visuelles… Cet effort toujours aussi appuyé de Naughty Dog mériterait d’être étendu à d’autres jeux. Enfin, les développeurs prétendent avoir amélioré l’IA, mais cela ne se constate que trop peu manette en main. Les alliés se trouvent moins souvent dans le champ de vision des ennemis, ce qui brisait l’immersion auparavant.

Tout comme la version Remastered, The Last of Us Part I inclut d’office le remarquable DLC Left Behind. Cette aventure de trois heures fait le pont entre les deux volets de la série. Il permet d’incarner Ellie dans sa propre aventure et il comprend davantage de mécaniques de combat, permettant par exemple de faire s’affronter deux factions via des leurres pour se faciliter la tâche. Cette plus grande possibilité dessine l’ébauche des affrontements dynamiques de la deuxième partie. Certains fans aguerris regrettent probablement l’absence du mode en ligne, à ce jour exclusivement disponible sur The Last of Us Remastered. Peut-être que Naughty Dog préfère mettre l’accent sur le prochain volet de la saga, qui devrait prendre la forme d’une expérience multi jouable en ligne.

Plus loin | Lire aussi le test de Taikenban

Notre avis

The Last of Us Part - Capture d'écran

8

Sur le plan visuel, The Last of Us Part I et The Last of Us Part II n’ont jamais été aussi proches… et le principal intérêt du remake se situe précisément ici. Dans une série reposant autant sur la continuité, cette « harmonisation » permet à de nouveaux joueurs de rentrer dans le bain avec un volet graphique remis au goût du jour. Le travail esthétique est gargantuesque, comme le veut la réputation de Naughty Dog, et les nombreux ajouts d’accessibilité sont à saluer. Il demeure cependant que ce remake ne modifie pas d’un iota la structure du jeu, qui subit forcément la comparaison avec sa suite résolument plus moderne. On le ressent parfois, mais il n’empêche pas de profiter de ce chef-d’œuvre dans les conditions qu’il mérite.

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