Test de Resident Evil Village réalisé le 12 mai 2021 à partir d’une version PC fournie par l’éditeur. Dernière mise à jour de l’article le 31 octobre 2022 avec le DLC Winters’ Expansion.
- Horreur | Survie
- Développé et édité par Capcom
- Sorti le 7 mai 2021
- PlayStation 4 | PlayStation 5 | PlayStation VR2 | Xbox One | Xbox Series X | Switch | PC
- Entièrement localisé en français
- PEGI 18
- Toute l’actualité du jeu
Test du DLC Winters’ Expansion sur PC
31 octobre 2022
Un an et demi après, le jeu d’horreur est de retour dans le cadre de Resident Evil Village: Gold Edition. Comprenant le DLC Winters’ Expansion, cette mouture est pleine à craquer de nouveaux contenus. Au programme : Resident Evil Re:Verse (qui fera l’objet d’un test à part entière), des missions et personnages supplémentaires dans le mode Mercenaires, l’ajout d’une vue à la troisième personne et l’extension Les ombres de Rose.
Quelles sont les nouveautés apportées au jeu de base ?
Capcom a tout d’abord intégré une vue à la troisième personne, qui change partiellement la perspective. On ne redécouvre pas Resident Evil Village, mais les joueurs qui hésitaient à se lancer parce que la vue subjective les effraie peuvent désormais franchir le pas. Néanmoins, il n’est pas rare que l’on repasse à la première personne pour les besoins des scènes cinématiques. Certes, les animations sont parfois loufoques. On pense à la façon qu’à Ethan de brandir son couteau. Mais on le comprend puisque le jeu d’origine n’était pas censé changer de caméra. Voilà qui apporte aussi de l’harmonie avec Resident Evil 2, Resident Evil 3 et le prochain Resident Evil 4. On espère presque que Resident Evil 7: Biohazard ait droit au même traitement.
Outre un degré de difficulté supérieur, « Le village des Ombres », Capcom a aussi étoffé son mode Mercenaires. En plus d’Ethan Winters, on peut désormais jouer Chris Refield, puis Karl Heisenberg et Alcina Dimitrescu. On ne déverrouille ces deux derniers combattants qu’à condition d’obtenir des notes A et S dans les niveaux supplémentaires. Car deux nouvelles cartes sont également de la partie. Si l’on considère ces environnements inédits, les personnages supplémentaires et les deux degrés de difficulté, on a finalement accès à une quarantaine de nouvelles épreuves.
Au contraire d’Ethan Winters qui peut acheter des armes auprès du Duc entre les missions, les trois nouveaux peuvent acquérir des améliorations. Chris se distingue par sa jauge de furie à remplir. Karl fait l’usage d’une puissante barrière magnétique. La « grande Dame », enfin, possède de nombreuses attaques et la possibilité d’invoquer des mouches puis ses propres filles. Mais elle est si grande qu’elle doit se baisser pour franchir les portes. Le mode Mercenaires paraissait en tout cas sous-exploité en mai 2021. Il est aujourd’hui largement enrichi.
Comment Les ombres de Rose s’inscrit dans l’histoire de Resident Evil Village ?
Dans Les ombres de Rose, le joueur incarne Rosemary, fille d’Ethan Winters. Quelques années après les événements de Resident Evil Village, la jeune orpheline souhaite se débarrasser de ses pouvoirs. Pour y parvenir, elle entre en contact avec le Mutamycète qui regroupe les souvenirs de ceux qui l’ont approché. Rose se retrouve alors dans différentes zones du jeu principal et fait la rencontre de nombreux clones d’elle-même dans cette réalité distordue. La protagoniste communique aussi avec de mystérieuses inscriptions dorées qui apparaissent devant elle, sur les murs et les meubles. La narration est donc très différente de la campagne principale.
Ainsi, Les ombres de Rose donne l’impression de jouer à une version compacte du jeu original. On retrouve les lieux les plus emblématiques de l’aventure. Cependant, le level design est très largement modifié, de sorte que l’on n’ait pas l’impression de refaire le même jeu. Des zones entières sont bloquées par la moisissure visqueuse que Rose peut faire disparaître en détruisant des fleurs avec ses pouvoirs. On nettoie donc petit à petit les différents segments du DLC, comme dans Kena: Bridge of Spirits ou Les Schtroumpfs – Mission Malfeuille.
Mais l’aventure est nettement plus linéaire que dans le jeu de base. On ne peut pas faire évoluer le matériel et aucun à-côté ne prolonge le plaisir. De plus, les différentes zones que l’on explore sont compartimentées, on a donc presque le sentiment de jouer à trois épisodes indépendants les uns des autres. Le contraste est saisissant tant les différentes activités de Resident Evil Village sont interconnectées. Quelques passages sont tout de même très réussis, dont les combats de boss. Mais Les ombres de Rose ne fait que prolonger de trois heures l’épisode le plus plaisant à parcourir. On reste cependant toujours réservé concernant les aspects narratif et scénaristique.
Test de Resident Evil Village sur PC
12 mai 2021
Selon Tsuyoshi Kanda, Resident Evil Village est volontairement moins effrayant que Resident Evil 7: Biohazard. Les mots du producteur pour Axios Gaming ont ravivé le débat sur la peur dans les jeux d’horreur, l’un de ceux dont les joueurs ne se fatiguent jamais. Comme Resident Evil 2 en 1998, comme Resident Evil 5 en 2009 et comme pour répéter un cycle auquel les joueurs sont désormais habitués, Resident Evil Village est davantage porté par son action que la survie. Mais au-delà du caractère spectaculaire que l’on connaît aujourd’hui à Resident Evil, Capcom remet surtout le plaisir de jeu au milieu du village.
Trois ans après les événements de Resident Evil 7: Biohazard, Ethan, son épouse Mia et leur bébé Rosemary se reconstruisent dans un village de Transylvanie. Alors qu’elle tente de tourner la page loin de Louisiane, la famille Winters est à nouveau frappée par un drame. La petite Rose est effectivement arrachée par l’énigmatique mère Miranda, dont la présence est vénérée par l’ensemble des villageois. Pour retrouver la trace de sa fille, Ethan Winters explore les repaires de quatre seigneurs locaux. Ils vivent chacun dans une zone d’un village grouillant de lycans, de goules et de créatures fantastiques.
Pourquoi Resident Evil Village est-il plus agréable que Resident Evil 7: Biohazard ?
Dans les grandes lignes, Resident Evil Village s’appuie sur le système de Resident Evil 7: Biohazard. Il adopte sa vue à la première personne et une parade pour amoindrir les dégâts. Au fil de la progression, on obtient différentes armes traditionnelles de Resident Evil (révolvers, fusils à pompe, fusils de précision, mitrailleuses et magnum) qui procurent toutes d’excellentes sensations. Les combats sont hautement satisfaisants grâce aux points faibles des ennemis faciles à atteindre. Contrairement à de nombreux jeux de survie, l’affrontement est largement favorisé dans Resident Evil Village puisque l’on en sort toujours victorieux en obtenant des butins proportionnels au prestige de l’ennemi.
On ramasse parfois des trésors que l’on peut échanger contre des lei. Mais, le plus souvent, on est récompensé par des ressources qui servent à fabriquer des consommables. Au cours de la campagne, le joueur obtient différentes recettes pour lui-même fabriquer ses potions de soin, ses munitions et ses explosifs. La mécanique est simple comme bonjour et elle allège le joueur du poids du stockage. Les ressources, comme les objets-clés, ne figurent ainsi pas dans l’inventaire. Pour le reste, les objets sont rangés dans une mallette inspirée par Resident Evil 4. Le système est intuitif mais on n’est que rarement limité par l’espace.
Pourquoi la progression se révèle-t-il si fluide ?
Les lei que l’on amasse en vendant d’immenses cristaux, ou en ramassant de petites bourses, servent majoritairement à faire évoluer les armes auprès de l’imposant Duc. Ce dernier est le marchand colossal et ambulant de Resident Evil Village… et il est certainement le personnage le plus emblématique de cet opus, au même titre qu’Alcina Dimitrescu. Qui est-il et d’où vient-il ? Qu’importe, le Duc permet à Ethan de progresser en lui prodiguant de précieux conseils et en l’aidant à évoluer. En plus des modifications d’armes, le Duc cuisine également en échange de viandes, volailles et poissons chassés et pêchés aux quatre coins de la carte. Les bénéfices sont permanents et augmentent santé et défense.
Comme les trésors les plus précieux, les points de chasse sont la plupart du temps indiqués sur la carte. Il faut toutefois se montrer curieux pour découvrir des chemins alternatifs et débusquer, par exemple, de petites figurines en bois en forme de chèvres protectrices. L’exploration de Resident Evil Village est aussi prenante que dans les épisodes récents (Resident Evil 7: Biohazard, Resident Evil 2, Resident Evil 3) grâce à l’utilisation astucieuse de couleurs pour distinguer les salles où il y a encore à faire. Quand l’aventure démarre vraiment, il est difficile de lâcher la manette tant qu’on n’a pas nettoyé chaque recoin de la carte.
Comment Capcom a-t-il brisé la linéarité propre aux jeux d’horreur ?
Outre son village qui sert de hub central et dont on déverrouille de nouvelles zones avec de nouveaux outils, Resident Evil Village est découpé en quatre parties distinctes. Elles correspondent chacune à un enfant de mère Miranda. L’excellente idée de cette structure est que chaque chapitre repose sur un concept de game design et une notion de la peur différents. En premier lieu, dans le château de la « grande Dame », le joueur est poursuivi par un Némésis tandis qu’il explore un environnement très similaire au manoir Spencer. Plus tard, on tente d’échapper à une menace contre laquelle on ne peut pas se défendre. On doit alors se cacher dans des placards ou sous les meubles. On n’en dévoile pas davantage pour ne pas gâcher l’effet de surprise mais cette variété de situations est extrêmement bienvenue. Elle rythme en effet Resident Evil Village tout en renouvelant l’intérêt à chaque fois.
Des boss ponctuent chaque chapitre avec des situations légèrement décevantes compte tenu du plaisir qu’offrent les combats. Ceux-ci font montre d’une grande intensité et d’une mise en scène spectaculaire, mais ils n’exploitent pas de mécaniques particulières. On aurait aimé devoir piéger un ennemi invincible dans un fourneau, comme dans Resident Evil 5, ou chercher son adversaire dans la brume, comme dans Resident Evil: Code Veronica. Hélas, chaque boss est vaincu après avoir épuisé des dizaines et dizaines de chargeurs de munitions. Ils ne manquent pourtant pas de panache avec deux d’entre eux qui font furieusement penser à Metal Gear Solid 4: Guns of the Patriots. Mais les développeurs n’introduisent pas de mécaniques uniques, ce qui ne renforce guère l’aura de ces créatures.
Comme son prédécesseur, Resident Evil Village a-t-il tendance à s’essouffler après son premier chapitre ?
On ne peut enfin s’empêcher de remarquer le déséquilibre flagrant entre les différents chapitres. Celui qui se déroule dans le château de Dimitrescu est notamment plus copieux, non seulement parce que la grande Dame crève l’écran mais aussi parce qu’il est le plus long. Aucun autre seigneur n’a la prestance de cette dernière dont l’arc ne représente pourtant que le premier quart. Son château fait également l’objet d’un soin particulier, comparé à l’usine que l’on visite dans les dernières heures, par exemple, et qui semble presque hors-sujet. Mais Resident Evil Village évite l’écueil de Resident Evil 7: Biohazard : on n’a pas l’impression d’une rupture, ni d’un essoufflement à mi-chemin. De la première à la dernière seconde des dix heures qu’il faut pour terminer sa campagne, Resident Evil Village se révèle étonnamment captivant.
Le récit n’est pourtant pas excessivement attrayant pour servir de carotte et faire avancer le joueur, malgré un contexte fantastique inédit pour Resident Evil. Les révélations sont majoritairement faites dans le dernier quart de Resident Evil Village et donnent l’impression de sortir d’un goulot d’étranglement. L’histoire est ce qu’elle est : invraisemblable, extravagante, so Resident Evil. Mais après tout, joue-t-on à la série pour son scénario qui, à chaque nouvelle rallonge, paraît plus abracadabrantesque encore ? La conclusion s’avère malgré tout assez touchante et ouvre même de nouvelles possibilités pour la saga. Les développeurs ont en tout cas tenté de combler tous les plot holes du diptyque Ethan Winters, un peu maladroitement, il faut bien l’admettre.
Le titre trouve-t-il sa place dans la chronologie complexe de Resident Evil ?
Surtout, une révélation de la fin, ou devrait-on dire « une feuille volante qui traîne sur le bureau d’un laboratoire sous-terrain », connecte les évènements des deux jeux au reste de la saga. On y voit surtout une manière simple de justifier la présence de Chris Redfield. La pirouette, voire la roulade, semble un peu grotesque mais elle remet en perspective ce que l’on sait de Resident Evil. On ne peut s’empêcher d’exprimer un sentiment mitigé quant à cette nouvelle complexification de la chronologie, pourtant déjà très complexe, de Resident Evil. Mais cela n’empêche absolument pas d’apprécier Resident Evil Village et son prédécesseur en faisant fi du reste du lore.
Mais en fermant les yeux sur la narration maladroite qui le caractérise, Resident Evil Village est indéniablement l’épisode le plus agréable à pratiquer de la grande famille Resident Evil. La campagne est prolongée par la présence de bonus à déverrouiller, comme le veut la tradition, après chaque run : nouvelles armes, munitions illimitées, niveaux de difficulté supérieurs et mode mercenaire. Et on replonge volontiers dans ces variations parce que, si Resident Evil Village ne fera peut-être pas date comme les plus cultes de ses prédécesseurs, s’il n’est pas l’épisode le plus horrifique de Resident Evil, il procure un plaisir immédiat auquel ne nous avait pas habitué la série.
Plus loin | Lire aussi le test de Taikenban
Notre avis

8
Capcom l’avait annoncé : Resident Evil Village fait moins peur que Resident Evil 7: Biohazard au profit du plaisir de jeu. Et on admet que la progression s’avère d’une fluidité rare. Les combats sont d’ailleurs favorisés par les butins que l’on obtient, servant principalement à améliorer son équipement. Et cette fois-ci, contrairement au septième épisode, l’aventure ne s’essouffle pas après sa première moitié. On ne peut tout de même pas s’empêcher de remarquer un déséquilibre dans les différents chapitres. On reconnaît aussi que le lore se complexifie encore inutilement, notamment pour relier le diptyque Ethan Winters au reste de cette saga désormais tentaculaire. Mais joue-t-on encore à Resident Evil pour la cohérence de son scénario ? Car malgré sa narration maladroite, l’expérience Resident Evil Village est tellement plaisante que l’on a du mal à poser la manette pour reprendre son souffle.



