Test de « Clair Obscur: Expedition 33 » sur Xbox Series X. Le French RPG entre-t-il au Panthéon du jeu de rôle ?

Douze jours après son lancement, le titre s'est écoulé à plus de deux millions d'exemplaires.

Test de Clair Obscur: Expedition 33 réalisé sur Xbox Series X à partir d’une version commerciale.

Depuis le 24 avril 2025, Clair Obscur: Expedition 33 est disponible sur PlayStation 5, Xbox Series X et PC, en éditions physiques et numériques, à partir de 49,99 €. Ce jeu de rôle, édité par Kepler Interactive, est l’œuvre de Sandfall Interactive, un jeune studio de Montpellier dont il s’agit de la première production, et qui prend ouvertement les studios les plus réputés en la matière comme modèles. Il n’est à vrai dire pas le premier RPG d’inspiration japonaise réalisé en dehors de l’archipel, mais un tel degré d’ambition et d’aboutissement est une première, pour une si petite équipe.

Test de Clair Obscur: Expedition 33 sur Xbox Series X

Un rythme soutenu

Les humains de Clair Obscur: Expedition 33 sont regroupés à Lumière, une ville aux allures haussmanniennes qui évoque Paris de la Belle Époque. Au-delà de l’architecture, les prénoms, les tenues, l’art de vivre et jusqu’aux jurons évoquent la culture française, poussant sa représentation à la caricature parfois. Et bien que l’on roule des yeux de temps à autre devant l’occurrence de certains clichés, cette analogie à l’Hexagone offre un cachet unique au RPG de Sandfall Interactive.

Depuis cette capitale isolée au milieu de l’océan, les survivants organisent et envoient des expéditions, qui échouent les unes après les autres, pour combattre la Peintresse. Cette mystérieuse entité gomme effectivement l’existence de tous ceux dont l’âge correspond au chiffre inscrit en lumière d’or sur la façade d’un immense monolithe qui apparaît à l’horizon. Dans ce cadre, Gustave et ses compagnons d’armes rejoignent le continent avec l’objectif démesuré de mettre un terme aux sacrifices de cette divinité.

Et si l’histoire est volontairement nébuleuse au cours des premières heures, les révélations et les surprises sont distillées à intervalles suffisamment réguliers pour maintenir le joueur en haleine. Le rythme est d’ailleurs assez soutenu avec une introduction in medias res pour poser l’univers et la plupart des enjeux, et une conclusion qui se dessine aux alentours de vingt-cinq heures. On a donc moins l’impression de participer à une épopée dont les JRPG sont friands, que d’être entraîné au cœur d’un enchaînement intense, malgré quelques scènes d’exposition.

Un tour par tour dynamique

On pourrait pourtant imaginer, d’un RPG au tour par tour, un rythme plutôt lent. Mais Clair Obscur: Expedition 33 n’est pas un jeu au cours duquel on enchaîne les combats aléatoires, le cerveau en veille. Il est d’ailleurs impossible d’accélérer les animations car les affrontements, finalement peu nombreux, requièrent une certaine implication en raison du système d’actions coordonnées. À la manière de Super Mario RPG, ou de Shadow Hearts, des QTE bonifient les compétences. Maîtriser l’esquive ainsi que la contre-attaque est d’ailleurs essentiel devant la difficulté relevée de certains combats. Il faut alors apprendre les patterns des ennemis sur le bout des doigts. Un mode histoire est tout de même disponible pour quiconque n’adhère pas à la proposition.

Les combats sont également caractérisés par la personnalisation poussée de l’Expédition 33. On peut notamment équiper des « pictos » qui offrent des bonus statistiques ainsi que des compétences particulières, que l’on apprend définitivement après quelques combats. Il faut jongler entre les personnages, dont les mécaniques sont très différentes les unes des autres, leurs attaques, les fameux pictos et les nombreuses armes pour trouver les stratégies les plus efficaces en fonction des adversaires. Un seul regret : la navigation est assez peu ergonomique dans les menus, d’autant plus que les textes de l’interface sont souvent trop petits pour les joueurs ayant largement dépassé les trente-trois ans.

C’est peut-être au niveau de l’exploration que Clair Obscur: Expedition 33 pêche le plus. Son level design manque souvent d’imagination, avec des couloirs dans la veine de Final Fantasy X, et des embranchements par-ci, par-là pour récupérer des objets. De temps en temps, la progression est ponctuée par des phases de plateforme plutôt agaçantes étant donné que la physique ne s’y prête pas vraiment. Au moins peut-on contempler les paysages qui sont de véritables cartes postales pour la plupart.

Une direction artistique inspirée

La direction artistique est, à vrai dire, extrêmement soignée en empruntant à de nombreuses références du genre. Les environnements évocateurs rappellent Baten Kaitos : Les Ailes éternelles et l’Océan perdu parfois, Beyond Good and Evil d’autres fois. Par certains aspects, l’ambiance mélancolique et la puissance de la bande-son se rapprochent de celles de NieR:Automata. Et l’apparence des monstres, enfin, emprunte en partie aux productions de FromSoftware. Il n’y a peut-être que le chara design qui manque d’inspiration : on aurait pu apprécier davantage de diversité pour représenter le caractère cosmopolite de la France, et que l’on ne retrouve que trop partiellement à Lumière et dans Clair Obscur: Expedition 33 plus généralement.

Les personnages ont aussi tendance à poser au cours des scènes animatiques, et la mise en scène s’avère parfois trop théâtrale ; après tout, le récit est divisé en trois actes. Mais Sandfall Interactive s’illustre enfin par la maîtrise des différents registres, du lyrique au tragique en passant par le comique. Ces changements de tonalité, qui sont souvent l’apanage des studios japonais, permettent de respirer entre deux séquences suscitant une forte émotion, et de renforcer également les scènes de tension les plus dramatiques. On finit alors par pleinement s’attacher aux membres de l’Expédition 33, en mission suicide, mais dont on espère la réussite de plus en plus vivement au fil du récit.

Notre avis | 8

Note : 8 sur 10.

Avec Clair Obscur: Expedition 33, Sandfall Interactive est parvenu à réaliser ce que de nombreux studios ont essayé sans y parvenir : développer un RPG pouvant tenir la dragée haute aux productions japonaises. Pour ce faire, l’équipe de Montpellier n’a pas seulement emprunté les codes du JRPG, mais elle a cultivé sa propre identité avec une direction artistique ambitieuse et des mécaniques de gameplay dynamiques. Il faudra reproduire cette prouesse avant que l’on ne puisse parler de « French RPG », mais le studio peut désormais regarder ses confrères, Atlus, Square Enix, Bandai Namco ou Nihon Falcom, droit dans les yeux.

On aime

  • La narration rythmée
  • Le tour par tour dynamique
  • La personnalisation poussée
  • La direction artistique ambitieuse
  • Les différentes tonalités du récit

On n’aime pas

  • La navigation dans les menus
  • Les textes un chouïa trop petits
  • Le manque de diversité dans le casting
  • La mise en scène trop théâtrale parfois

Merci d’avoir lu notre test de Clair Obscur: Expedition 33 sur Xbox Series X.

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