dimanche 9 mai 2021
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Rétrospective de Space Harrier / Partie 3 : Space Harrier II

À suivre…

Space Harrier II

Développé et édité par SEGA
Sorti en 1988 et Disponible sur Mega Drive, arcade, Atari ST, Amiga, CPC, ZX Spectrum, MSX, Commodore 64, PlayStation 2, Wii, PC, iOS et Android

Trois ans après le mythique Space Harrier et peu après Space Harrier 3-D sorti sur Master System, SEGA édite Space Harrier II sur Mega Drive. Cette suite n’est pas réalisée par Yū Suzuki mais par Ossale Kohta. Derrière ce pseudonyme se cache en réalité Kotaro Hayashida, notamment créateur d’Alex Kidd et scénariste du premier épisode de Phantasy Star. Space Harrier II accompagne le lancement de la Mega Drive sur tous les territoires avec pour objectif de démontrer les capacités techniques de la console 16-bits de SEGA. L’une des promesses était de pouvoir profiter de l’arcade à la maison. Altered Beast, également disponible au lancement de la Mega Drive, accomplit parfaitement cette mission.

Mais Space Harrier II ne connaît pas la même réussite parce que les développeurs ne parviennent que partiellement à surmonter le défi technique. Pour cette raison, Space Harrier II est souvent considéré comme une régression par rapport au premier Space Harrier et aux portages arcade perfect sortis au fil des années et qui le rendent obsolète. Quand on l’observe pourtant et si l’on passe outre son manque de fluidité, Space Harrier II se révèle davantage accessible que Space Harrier. Level design, motifs d’attaque des ennemis et structure aussi ont été modernisés et sont plus plaisants qu’il n’y paraît au premier contact.

Comme pour la version Master System de Space Harrier et pour Space Harrier 3-D, l’histoire de Space Harrier II est racontée dans l’épilogue après avoir battu le boss final. Dix ans après les événements de Space Harrier 3-D, en 6236, le Harrier est de nouveau sollicité. Il reçoit cette fois un appel de détresse en provenance de Fantasyland et s’y téléporte depuis son quartier général. Après avoir combattu l’ensemble des ennemis, il fait la rencontre de Dark Harrier, son double maléfique. À ce jour, Space Harrier II conclut la série dans la mesure où l’épisode suivant, Planet Harriers que l’on peut davantage considérer comme un hors-série, ne s’appuie pas sur les évènements de la trilogie.

Bien qu’il se déroule après Space Harrier et malgré sa numérotation, nombreux sont les joueurs à considérer Space Harrier II comme un « remix ». La presse a largement pointé le manque de nouveautés de cet épisode qui ressemble à s’y méprendre au premier Space Harrier, tant au niveau de son gameplay que de ses visuels. Il se distingue toutefois par une atmosphère et des palettes de couleurs plus sombres, avec quelques effets spéciaux dramatiques, comme des éclairs qui déchirent le ciel quand les boss apparaissent. Mais dans les grandes lignes, Space Harrier II reste Space Harrier avec ses sols en damiers, ses arrière-plans mystérieux et son défilement à toute allure.

La vitesse du jeu est en réalité sensiblement différente. Malgré un gameplay strictement identique, Space Harrier II est plus lent que Space Harrier et encore plus sur une console PAL cadencée à 50 Hz. Les développeurs ont sans doute réalisé ce choix en fonction des limitations techniques de la Mega Drive, mais le titre est ainsi plus « jouable ». Il est notamment beaucoup plus facile de viser en dépit du manque de fluidité, mais aussi de slalomer entre les éléments du décor. Dans l’un des niveaux, le Harrier doit par exemple éviter des ensembles de colonnes dressées devant lui. L’exercice est étonnamment aisé et amusant.

Pour le reste, Space Harrier II est à peu de chose près le même jeu. Pour progresser, il faut utiliser la même stratégie, à savoir garder le Harrier en mouvement en réalisant de petits cercles. Le moindre instant stationnaire peut se révéler fatal. On retrouve également les stages bonus, très similaires à ceux de Space Harrier, bien que le dragon aux sprites gigantesques ne soit plus de la partie. En raison des limites de la Mega Drive, ce dernier a été remplacé par un simple hoverboard. Le joueur peut alors tirer sur tous les ennemis qui se présentent devant lui pendant quelques secondes d’invincibilité.

Space Harrier II étant conçu spécifiquement pour un usage domestique, et non pas pour être pratiqué en game center, l’approche est finalement et légèrement différente aussi. Au lieu d’une succession de niveaux, le joueur peut choisir par lequel commencer. Puisqu’il n’y a pas de crédit, il peut être difficile de terminer le jeu d’une seule traite, alors laisser le choix au joueur permet de tous les découvrir. Quoi qu’il en soit, on doit obligatoirement terminer les douze premiers niveaux pour accéder au treizième : comme de coutume, le Harrier est confronté aux douze boss les uns après les autres. Après quoi, on affronte le Dark Harrier dans un duel qui n’est pas le plus intéressant du jeu.

En effet, Space Harrier II propose des combats de boss également plus riches que ceux de Space Harrier. Le design des adversaires, qui s’inscrit parfaitement dans l’univers de la série, est agréablement varié et les sprites sont très impressionnants. Mantichora, l’un d’entre eux, est un curieux mélange entre un dragon et un tigre qui se rue sur le Harrier. Love Face, quant à lui, prend la forme d’un visage de pierre au crâne chauve avec un troisième œil sur le front. Chacun des douze ennemis possède des motifs d’attaque singuliers qui obligent à adapter son style en conséquence, tandis que les experts du scoring peuvent s’adonner au milking en prolongeant les combats. En diversifiant les situations, les développeurs ont largement enrichi la simplicité apparente du gameplay de Space Harrier.

Bien qu’il soit souvent décrié car considéré comme amplement inférieur à son prédécesseur en raison d’un volet technique fatalement moins ambitieux, Space Harrier II montre pourtant des qualités ludiques indéniables. Mais il est vrai que les capacités de la Mega Drive gâchent grandement l’expérience, alors que Space Harrier était une véritable attraction à sensations fortes. Parmi les griefs, la fluidité de Space Harrier II est systématiquement pointée du doigt, surtout si on le compare aux 60 FPS imperturbables de Space Harrier sur System-16.

Encore faut-il comparer ce qui est comparable. Face aux nombreuses versions domestiques de Space Harrier (Master System, PC-Engine, ordinateurs de l’époque…), Space Harrier II est en réalité celui qui reproduit le mieux l’expérience Space Harrier à la maison, et ce malgré l’absence de scaling de la Mega Drive. Les sprites sont grands, la ligne d’horizon se déplace en fonction de la position du Harrier et le jeu ne souffre jamais de flickering. Mais la fluidité, encore une fois, dénote terriblement, bien que l’on s’y habitue après quelques parties.

Space Harrier dégage une aura quasi-mystique en partie grâce à son thème principal absolument inoubliable composé par Hiroshi Kawaguchi. Celui de Space Harrier II est l’œuvre de Tokuhiko Uwabo alias Bo, qui composera en 1989 la bande-son légendaire de Phantasy Star II. Bien qu’entraînant et tout aussi entêtant que le thème de Space Harrier, celui de Space Harrier II intitulé Harrier Saga, n’aura finalement pas autant marqué l’histoire puisqu’il est surtout connu des joueurs de Space Harrier II. Qu’il s’agisse des musiques ou des différents bruitages, on a toutefois l’impression que la Mega Drive n’est pas encore exploitée à son plein potentiel, surtout quand on sait l’usage qu’en feront Yūzō Koshiro ou Michiru Yamane avec respectivement les bandes-son de Streets of Rage ou Castlevania: The New Generation.

En fin de compte, Space Harrier II donne l’impression d’être un oublié de l’histoire de SEGA en raison de sa fluidité fâcheuse. Plus maniable, mieux maîtrisé, plus riche également, cette suite n’a jamais fait son trou et reste aujourd’hui encore dans l’ombre de Space Harrier. On peut légitimement regretter que SEGA n’ait jamais pris la peine d’en réaliser une version améliorée à la manière de Fantasy Zone II par exemple. Malgré les nombreux supports où le jeu a été porté, un remake à 60 FPS aurait permis de l’apprécier à sa juste valeur. Mais aujourd’hui, la version Mega Drive est toujours la seule à faire autorité.

Différences entre les versions

1988 – Arcade

La version arcade de Space Harrier II donne l’impression d’être face à un acte manqué. SEGA aurait pu profiter du portage en salle pour améliorer cet opus et particulièrement soigner la fluidité. Il n’en est rien : contrairement à Space Harrier, Space Harrier II ne bénéficie pas de la puissance du System-16 puisqu’il est adapté sur Mega-Tech. Celui-ci s’appuie sur l’architecture de la Mega Drive et la reproduction est strictement identique. À la manière du PlayChoice-10 de Nintendo, le Mega-Tech peut accueillir huit cartouches interchangeables et un second écran affiche différentes informations sur le jeu.

Pourquoi SEGA n’a-t-il pas réalisé de version arcade en bonne et due forme ? Qui sait si l’éditeur n’a pas souhaité éviter que l’on compare la version domestique à une version arcade supposément supérieure, rompant ainsi la promesse « d’arcade à la maison ». Toujours est-il que Space Harrier II n’a pas eu de borne dédiée comme le premier épisode et dans laquelle le joueur était ballotté dans tous les sens.

1990 – Atari ST

Contrairement au portage très solide de Space Harrier réalisé par Paul Cuisset, la version Atari ST de Space Harrier II est signée Grandslam Interactive. Dans l’ensemble, cette version est très fidèle au jeu d’origine malgré quelques ralentissements et il est toujours possible d’y jouer à la souris. Cependant, des problèmes de collision le rendent plus difficile qu’il ne l’est.

1990 – Amiga

Comme la version Atari ST sur laquelle il s’appuie, le portage Amiga est aussi réalisé par Grandslam Interactive. Celui-ci est néanmoins trop lent comparé au Space Harrier II Mega Drive et il souffre de sévères ralentissements ponctuels. De plus, le joueur est obligé de choisir entre les musiques ou les bruitages puisqu’il est impossible d’activer les deux pistes en même temps.

1990 – CPC

Au contraire de l’étrange conversion de Space Harrier en fil de fer, Space Harrier II sur CPC est étonnamment fidèle compte tenu des capacités de l’ordinateur, qu’il s’agisse des visuels ou de la partie sonore. Les contrôles sont mêmes satisfaisants malgré la lenteur du Harrier et d’une faible fréquence de tir.

1990 – ZX Spectrum et MSX

Pas de miracle pour les portages ZX Spectrum et MSX qui sont identiques. Space Harrier II sur les deux micro-ordinateurs ne dispose que de sprites monochromes, ce qui rend la lisibilité extrêmement confuse. Une partie s’avère même fatigante tant il est difficile de distinguer ennemis, colonnes et projectiles. Mais compte tenu des capacités des deux machines, ces conversions demeurent tout à fait respectables.

1990 – Commodore 64

Compte tenu des capacités du Commodore 64, Space Harrier II bénéfice d’un portage tout à fait honnête. Fluide et jouable, il souffre surtout de sprites minuscules. Le sol en damier typique de Space Harrier est malheureusement remplacé par une succession de bandes plus ou moins foncées. Par ailleurs, les bruitages ont également disparu de cette conversion.

2005 – PlayStation 2 – SEGA AGES 2500 Series Vol. 20: Space Harrier II — Space Harrier Complete Collection

Space Harrier II connaît également un portage sur PlayStation 2 dans le cadre du SEGA AGES 2500 Series Vol. 20: Space Harrier II — Space Harrier Complete Collection. Il accompagne le premier Space Harrier (arcade, Master System, Game Gear) et Space Harrier 3-D de la Master System ainsi que Space Harrier II sur Mega Drive. Il s’agit d’une version identique au Space Harrier II sur Mega Drive dans la mesure où il s’agit d’émulation.

2006 – Wii

Disponible sur le Virtual Console de la Wii, Space Harrier II est strictement identique à la version Mega Drive puisqu’il s’agit d’émulation. Il intègre néanmoins des sauvegardes d’état mais il est impossible de rembobiner la partie en cas d’erreur. On regrette également que les contrôles n’aient pas été adaptées pour la Wiimote, ce qui aurait sans doute demandé de profondes modifications.

2010 – PC

Depuis 2010, SEGA vend près de soixante classiques Mega Drive sur Steam : Gunstar Heroes, Streets of Rage, Phantasy Star II, etc. Space Harrier II fait partie de la sélection et tous les jeux sont regroupés dans la collection SEGA Mega Drive and Genesis Classics. À l’origine, il ne s’agissait que d’un simple émulateur mais en 2018 et à la surprise générale, SEGA l’a mis à jour avec une interface en 3D imitant la chambre d’un adolescent, la possibilité de jouer en réalité virtuelle, l’intégration d’une liste de succès et de nombreuses options d’émulation.

Space Harrier II bénéficie largement de ces dernières puisque les gâchettes permettent de rembobiner instantanément sa partie pour gommer les petites erreurs. Les sauvegarde et chargement rapides étant assignés au joystick droit, il est en plus très facile de créer ses propres points de contrôle. Cette version est de fait la plus accessible mais aussi la plus agréable pour découvrir Space Harrier II qui, du reste, est parfaitement et fidèlement émulé.

2017 – iOS et Android – Space Harrier II Classic

En juillet 2010, Space Harrier II est porté sur iOS avant d’être enlevé de l’App Store en 2015. Space Harrier II revient toutefois en 2017, à la fois sur iOS et Android, dans la collection SEGA Forever et sous le titre Space Harrier II Classic. Comme pour les autres jeux de la collection, il est possible d’y jouer gratuitement à condition d’accepter des publicités. Par exemple, si le joueur commet une erreur et qu’il souhaite rembobiner sa partie, il doit visualiser une vidéo de quelques secondes. Il est toutefois possible d’acheter le jeu complet et de le purger de ses vidéos publicitaires. Néanmoins, sans manette connectée à l’appareil, il est extrêmement difficile de contrôler Space Harrier II Classic. En effet, s’agissait d’une émulation Mega Drive, les contrôles se font à l’aide d’une croix et de boutons virtuels. Il aurait été préférable que SEGA adapte les mouvements et une bonne idée aurait été que le Harrier suive le mouvement du doigt. Si cette conversion est très fidèle, elle est difficile à pratiquer sans manette et donc peu adaptée à une partie sur le pouce.

À suivre…

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Julien Capronhttps://actua.blog/
On n'a pas la même manette mais on a la même passion

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