Test de « Persona 3 Reload » sur Xbox Series X. Atlus polit son saphir pour le mettre au niveau de « Persona 5 »

Initialement sorti en 2006 sur PlayStation 2, Persona 3 a notamment introduit le système de relations sociales, toujours en vigueur de nos jours.

Test de Persona 3 Reload réalisé sur Xbox Series X à partir d’une version fournie par le distributeur.

Ce 2 février 2024, une légende fera son grand retour à l’occasion de Persona 3 Reload. Cette nouvelle interprétation du JRPG d’Atlus, réalisée par P-Studio, sera disponible sur PlayStation 4, PlayStation 5, Xbox One, Xbox Series X et PC à partir de 69,99 €. Mine de rien, l’épisode qui a introduit l’ossature « Persona » telle qu’on la connaît aujourd’hui fêtera ses dix-huit ans cette année. Une seconde jeunesse n’était donc pas superflue pour celui par lequel tout a commencé. Le rafraîchissement de l’esthétique, l’assouplissement du gameplay et la densification de l’écriture placent ce remake au même niveau que Persona 5.

Test de Persona 3 Reload sur Xbox Series X

N’a-t-on pas déjà tout dit, écrit et répété sur Persona 3 ? Ce classique parmi les classiques en est à sa cinquième version après Persona 3, Persona 3 FES, Persona 3 Portable et l’improbable Persona 3 Portable Remaster sorti en 2023. Mais Atlus reste Atlus et un peu plus d’un an après, l’éditeur se fend d’un remake complet de celui qui n’est, numérotation à l’appui, pas le premier Persona. Mais que l’on considère, à juste titre, comme un épisode fondateur. À vrai dire, l’annonce de Persona 3 Reload s’est accompagnée d’un certain scepticisme car nombreux sont les utilisateurs qui espéraient une refonte des « deux » premiers Persona. On se demandait également ce qu’il pouvait apporter à un JRPG somme toute toujours moderne. Mais pour le ramener à la hauteur de Persona 5, de multiples chantiers étaient nécessaires.

Lire aussi | Test de « Persona 3 Portable Remaster » sur Xbox Series X. A-t-on droit à une version ultime de ce JRPG fondateur ?

Un reboot complet

Persona 3 Reload est un nouveau départ pour le troisième volet qui s’est enrichi, au fil des années, de contenus supplémentaires. L’épilogue The Answer, exclusif à Persona 3 FES, n’a pas été retenu pour le remake, bien que le lien social d’Aigis soit de la partie. L’absence du protagoniste féminin, figure de proue de Persona 3 Portable qui ouvrait des liens sociaux inédits, est elle-même particulièrement remarquée. Mais on n’a jamais l’impression d’une version au rabais tant les activités, saynètes, dialogues supplémentaires enrichissent l’intrigue.

Le joueur incarne toujours un protagoniste anonyme, nouvellement transféré au lycée Gekkoukan de Port Island. En s’installant au pensionnat dans lequel il séjourne, il découvre l’Heure sombre, plage horaire énigmatique au cours de laquelle les humains deviennent des cercueils et ne conservent aucun souvenir. Ces derniers ne risquent rien mais quelques individus restent pleinement conscients, devenant la cible des Ombres qui surgissent. Parmi eux, de jeunes héros développent le pouvoir d’invoquer les fameuses Personae. Ils forment alors le S.E.E.S dont l’objectif est de mettre un terme à cette mystérieuse vingt-cinquième heure.

Un souci du détail qui donne vie à Port Island

Pour cette nouvelle interprétation, P-Studio a bien entendu restauré l’aspect graphique, des portraits qui s’affichent aux scènes animatiques. On apprécie les nouvelles modélisations qui donnent l’impression de passer à une échelle de grandeur supérieure. On s’ébahit surtout du sens du détail inouï des graphistes. Quand l’utilisateur passe la soirée à Game Parade, les écrans diffèrent en fonction de la borne sélectionnée. Au restaurant, les assiettes des convives présentent des plats distincts. Dans les chambres du dortoir, les pensionnaires se déchaussent pour enfiler leurs chaussons. Ces égards rendent l’univers plus vivant, tout comme les personnage non-jouables sans visage qui augmentent la densité. La vallée de l’étrange point cependant en l’absence d’animation sur la piste de l’Escape Club, par exemple.

Les animations constituent plus globalement le talon d’Achille de Persona 3 Reload. Au cours des innombrables saynètes, elles agissent comme un élément de distanciation, lorsque les personnages se mettent en mouvement. Les démarches manquent de lien et donnent lieu à un sentiment de flottement, surtout quand quelqu’un tourne sur lui-même. En combat pourtant, cet aspect se révèle étonnamment ambitieux. Les immenses portraits qui se brisent quand les combattants font l’usage de leurs evokers, les effets spéciaux sublimes, les jeux de regard et la variété d’angles de caméra dynamisent l’action.

De plus, l’interface, signature de la maison Atlus, s’avère davantage fonctionnelle que dans Persona 5 et tout aussi stylisée. À elle seule, elle rajeunit nettement l’aspect graphique tout en conservant l’esprit d’origine avec sa charte bleu roi. Et que penser des courts interludes, telles les transitions entre deux séquences, qui ne laissent aucun temps mort ? Les écrans s’enchaînent naturellement, à l’image du monorail se déplaçant sur le plan de Port Island tel un circuit de train. Grâce à sa maniaquerie esthétique, Persona 3 Reload se révèle donc particulièrement immersif.

Une bande-son enrichie

Du point de vue de l’ambiance, l’aspect sonore est également une réussite totale. La bande-son a, un temps, fait débat sur les réseaux sociaux, à cause des arrangements opérés pour le remake.

Les paroles en français de Changing Seasons qui ont disparu ont, par la même, ému les vétérans. Mais l’énergie folle qui se dégage de cette nouvelle version rafraîchit pourtant tout un pan de Persona 3 Reload. On retrouve d’ailleurs des motifs plus jazzy, comme à l’occasion de Color Your Night, qui cite le thème Joy d’il y a dix-huit ans avant de se muer en banger. Parfois, il suffit d’une note de piano supplémentaire pour susciter l’émotion, à l’image The Poem for Everyone’s Souls. D’autres fois, des pistes inédites offrent un nouvel éclairage à l’univers du jeu, comme It’s Going Down Now qui remplace Mass Destruction en cas d’attaque préventive. Une œuvre dans l’œuvre qui accompagnera d’innombrables révisions, aux côté de la bande originale de Persona 5.

Des combats aussi dynamiques que profonds

Malgré une réalisation aussi soignée que celle du chef-d’œuvre de 2016, ce sont surtout les profondes modifications de gameplay qui facilitent l’accès à ce JRPG historique. Les combats ont notamment fait peau neuve, reproduisant une fois de plus le dynamisme de Persona 5, mètre-étalon de ce remake. On retrouve notamment l’auto-ciblage qui suggère, d’un seul clic, les attaques efficaces. Les transferts pour « offrir » son tour à un allié, sont aussi de la partie. Il va sans dire que, comme dans Persona 3 Portable, l’utilisateur contrôle directement les membres de son équipe, jadis soumis aux aléas de l’intelligence artificielle. Le système de fusion de cartes est également celui du dernier épisode, facilitant la recherche de nouvelles Personae.

Lire aussi | Test de « Persona 5 Royal » sur PlayStation 4. Cette édition enrichie du JRPG légendaire comporte des sous-titres en français

Persona 3 Reload cultive pourtant sa différence avec quelques nouveautés. On pense principalement à la théurgie, attaques-signatures propres à chaque membre du S.E.E.S. De prime à bord, le système est vu et revu avec une jauge qui augmente au fil des combats. Mais le remplissage dépend de chacun. Celle du personnage principal se recharge en invoquant des Personae, tandis que celle de Junpei est alimentée par les coups critiques. Fuuka est également mieux intégrée puisque l’analyse des affinités élémentaires consomme désormais des PC. En outre, elle possède de nombreuses compétences, dans la veine de Futaba, l’oracle du cinquième épisode.

L’exploration est moins monotone

Pour être exhaustif, une liste de toutes les améliorations de qualité de vie pourrait faire l’objet d’un ouvrage à part entière. Mais en voici quelques-unes. On trouve des horloges du Tartare au fil des étages, pour se soigner sans redescendre au rez-de-chaussée. Suite à une victoire, les nouvelles cartes ne sont plus mélangées et le joueur choisit, le plus simplement du monde, celles qu’il préfère. Les requêtes d’Elizabeth sont également assouplies puisqu’on n’est plus limité à trois maximum. Le système de fatigue, plus contraignant qu’autre chose, a disparu. Ces petits changements feutrent l’expérience, altérant profondément le plaisir de jeu. Le nouvel équilibrage de la difficulté le confirme. On n’est jamais tenté de baisser le niveau.

L’exploration du Tartare semble d’ailleurs moins monotone qu’auparavant. Des portes menant vers des salles inconnues permettent d’obtenir des bonus importants, ou de remettre à niveau les combattants à la traîne. Et le personnage principal sprinte en maintenant une gâchette, tout simplement ! Mais ce sont surtout les changements de biome qui font toute la différence. Par le passé, seuls les aspects visuels des secteurs les distinguaient entre eux. Aujourd’hui, chaque nouvelle région propose une disposition de salles différente. Des chandeliers sont d’ailleurs disséminés dans les niveaux, motivant le joueur à les briser pour obtenir de très nombreuses ressources. On subit donc moins l’interminable ascension de ce donjon central.

La vie scolaire est plus permissive

En dehors du Tartare, ces améliorations sont aussi bienvenues. Pêle-mêle : des indicateurs aiguillant le joueur vers les activités disponibles à droite à gauche. Les messages téléphoniques sont plus riches avec des notifications pour les promotions et les nouveautés, en plus des liens sociaux qui nous invitent à passer du temps avec eux. Le café Chagall recrute dans l’urgence ? Un e-mail nous prévient pour profiter d’un bonus pécunier. La fonctionnalité réseau de Persona 5 est enfin de retour pour savoir ce qu’ont répondu les joueurs du monde entier, ou ce qu’ils ont choisi d’accomplir pendant leur temps libre. Cette fonctionnalité reste un guide efficace et original donnant le sentiment de partager une expérience commune avec de nombreux inconnus.

Car le joueur doit toujours sélectionner soigneusement ses actions pour faire évoluer ses relations et statistiques sociales. De ce point de vue, Persona 3 Reload semble plus permissif, offrant une variété d’occupations introduites aujourd’hui. La salle commune dispose désormais d’un ordinateur pour installer des logiciels et visiter des sites Internet méconnus. Le jardinage et la cuisine fournissent des consommables bienvenus. À l’approche des partiels, il est enfin possible de réviser tous ensemble, pour engranger un maximum de points de savoir et découvrir des dialogues inédits.

Des relations renforcées

P-Studio a effectivement affiné les relations entre les membres du S.E.E.S, jadis très sympathiques mais dont la popularité a peut-être décliné depuis l’émergence des célèbres Voleurs fantômes. De nouveaux événements ont donc lieu à intervalles réguliers entre les personnages, en dehors du système de liens sociaux. STREGA, principal antagoniste de l’histoire, bénéfice aussi d’une exposition renforcée avec quelques scènes cinématiques supplémentaires. L’écriture est ainsi davantage cohérente et l’univers semble plus riche, même en l’absence de l’épilogue The Answer. On apprécie toujours l’humour caractéristique d’Atlus qui apporte de la légèreté à une œuvre massive de plus de soixante-dix heures. Comment réprimer un sourire quand, au cours d’une mission intérimaire au cinéma, le protagoniste gagne un point de courage pour « avoir affronté le regard des zombies sur les affiches » ?

La localisation n’est pas étrangère à cette réussite, car la version française est largement supérieure aux traductions de Persona 5 Royal et Persona 3 Portable. Victoire, 01/12 ne signifie plus « 12 janvier » mais « 1er décembre ». De petites erreurs subsistent, comme pour perpétuer la tradition, mais de ce point de vue, SEGA se dirige dans la bonne direction.

Une cinquième jeunesse

Persona 3 Reload, qui n’avait que trop peu évolué au fil des versions, n’a donc plus à rougir devant le cinquième épisode. Par certains aspects, Persona 5, qui fêtera tout de même ses six ans en 2024, paraît plus désuet que ce remake intégral. Même en connaissant sur le bout des doigts l’aventure d’il y a dix-huit ans, on cache difficilement notre enthousiasme à replonger dans ce récit ésotérique avec la sensation, très agréable, de rajeunir d’autant d’années. On espère de tout cœur que, dans un souci d’harmonisation, Persona 4 aura droit au même traitement mais rien n’est moins sûr. Car, on le répète, Atlus reste Atlus.

Lire aussi | Test de « Persona 3 Reload » sur Steam Deck. L’excellent remake de « Persona 3 » est-il bien adapté à la console de Valve ?

Plus loin | Lire aussi le test de For What It’s Worth

Notre avis | 9

Note : 9 sur 10.

Persona 3 Reload n’est pas qu’un simple remake, il s’agit d’une véritable cure de jouvence. En rafraîchissant tous les aspects de ce JRPG légendaire, P-Studio remet Persona 3 au niveau de Persona 5 et Dieu sait que la barre était haute. Au-delà d’une réalisation immersive et d’une écriture enrichie, le titre se distingue par sa multitude d’améliorations de qualité de vie. Combats, exploration, vie sociale : tous les aspects du gameplay ont été assouplis pour offrir une nouvelle jeunesse à cet épisode fondateur.

On aime

  • La réalisation graphique
  • Les remixes musicaux
  • Les améliorations de qualité de vie indénombrables
  • L’enrichissement du scénario par des saynètes inédites
  • La version française

On n’aime pas

  • L’absence de l’épilogue The Answer et du protagoniste féminin
  • Des animations qui manquent de soin

Merci d’avoir lu notre test de Persona 3 Reload sur Xbox Series X.

Lire aussi | Les meilleurs jeux vidéo de 2024. Tous nos tests classés par note

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