Test de Digimon Survive. Roman visuel et monstres numériques font-ils bon ménage ?

Test de Digimon Survive réalisé le 10 août 2022 sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Avec Digimon Survive, Bandai Namco propose une nouvelle aventure de ses monstres numériques sous une forme inédite, puisqu’il s’agit majoritairement d’un VN. Son long développement, débuté en 2018, ainsi que sa réalisation soignée intriguent. Plus encore, son mystère construit autour d’un monde dont des lycéens souhaitent s’échapper se montre nettement moins guilleret que ce que suggère Digimon.

Test de Digimon Survive

Car les histoires des jeux Digimon sont généralement assez simples. Des humains pénètrent parfois dans le monde des dites-créatures, ou vice-versa. Digimon Survive étant une expérience narrative avant tout, le synopsis est toutefois légèrement plus développé. Un groupe de lycéens se retrouve téléporté dans une dimension a priori parallèle, où des enfants sont sacrifiés pour les besoins de divinités locales. En proie aux Digimon sauvages et ne sachant pas comment rentrer chez eux, les jeunes héros se retranchent alors dans une école désaffectée au milieu de la forêt. Ils rencontrent aussi des Digimon avec lesquels ils peuvent communiquer et qui deviennent leurs alliés pour résoudre ce mystère.

Cette expérience narrative se révèle-t-elle immersive ?

Digimon Survive est donc principalement un roman visuel avec ce que cela implique de lecture. En tant que tel, il faut accepter de traverser de longs tunnels de texte avec des choix à effectuer de temps à autre. Ces derniers n’ont en réalité pas une très grande influence sur le déroulement de l’histoire, mais ils feutrent notamment les relations que l’on a avec les autres lycéens.

Le jeu s’avère extrêmement soigné avec ses dialogues doublés, ses grandes illustrations et la richesse de ses décors. Mais son écriture se révèle finalement perfectible, surtout pour un genre où la narration est essentielle. L’un des principaux problèmes de Digimon Survive concerne le rythme car l’histoire se déroule lentement. Par ailleurs, on regrette la pauvreté de la narration environnementale. Le joueur peut notamment survoler les arrière-plans pour des descriptions supplémentaires, mais celles-ci n’apportent rien au lore. Par exemple, en cliquant sur une fresque représentant des Digimon au combat, Takuma, le personnage principal, précisera : « il s’agit d’une fresque représentant des Digimon au combat… ».

Par ailleurs, le titre est intégralement sous-titré en français mais la localisation n’aide pas à l’immersion. Pour quiconque n’est pas à l’aise avec l’anglais, elle s’avère salutaire mais elle donne trop souvent l’impression d’être passée par la moulinette d’un traducteur automatique. Les dialogues, visiblement traduits de la version anglaise car ils ne correspondent pas toujours aux doublages japonais, manquent donc de sens. Ils donnent parfois l’impression de discussions artificielles qui agissent comme des éléments de distanciation.

Peut-on collectionner les Digimon comme dans d’autres RPG ?

Les segments narratifs sont malgré tout ponctués de combats sous la forme de mécaniques tactics tout à fait sommaires. Ceux-ci manquent un peu de pêche également, mais ils permettent d’entrecouper la narration dès que le joueur le souhaite. Certaines batailles clôturent une séquence, mais le joueur peut aussi choisir de participer à un combat libre à sa guise, pour faire progresser ses monstres ou en recruter de nouveaux.

Les possibilités intra-jeu sont finalement assez simples mais ne manquent pas d’intérêt. L’une des mécaniques les plus en vue est l’évolution. Après quelques chapitres, le joueur peut demander à son Digimon d’évoluer en plein combat, puis de régresser pour économiser des SP. Chaque créature est affiliée à l’un des lycéens qui peut l’encourager pour offrir des actions spécifiques ou des buffs bienvenus. D’une certaine manière, les combats font un peu penser à ceux de Pokémon Conquest.

Le côté « collection » propre au genre est également de la partie. Pour recruter l’un des plus de cent-quarante Digimon, le joueur doit discuter avec chacun. Le système rappelle celui de Megami Tensei mais en plus chiche cependant. Hélas, les traductions n’aident pas toujours, une fois de plus, à capter l’humeur de l’ennemi. On répond donc un peu au hasard dans certains cas, en espérant ne pas froisser son adversaire.

Digimon Survive est-il bien équilibré entre narration et combats ?

Digimon Survive n’est pas la première expérience où alternent roman visuel et combats. On pense à Sakura Taisen et 13 Sentinels: Aegis Rim, par exemple. Comme dans ce dernier mais dans une moindre mesure, le joueur peut déterminer quand participer aux combats libres, ce qui permet de doser à sa guise le ratio texte/action. Mais comme dans d’autres romans visuels, la narration prédomine évidemment. Il faut donc s’attendre à lire beaucoup puisque l’aventure s’étale sur plus de vingt heures. On peut malgré tout sauvegarder sa partie quand on le souhaite et la simplicité de l’intrigue permet de vite se replonger dans le bain en cas de pause.

Et malgré les quelques désagréments que l’on a cités plus haut, dont la traduction que l’on regrette principalement, on se réjouit de ce changement de genre pour Digimon. Il n’est très certainement pas la meilleure porte d’entrée vers le VN japonais… et tant mieux, puisqu’on n’attendait pas non plus de jouer au successeur de Zero Escape. Mais il s’agit au moins d’une nouvelle piste pour s’initier en douceur au monde des monstres numériques de Bandai Namco.

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