Test de « The Great Ace Attorney Chronicles » sur PC. N’est-il réservé qu’aux plus fervents adorateurs de la série ?

Le diptyque se déroulant pendant l'ère Meiji est désormais disponible au plus grand nombre d'utilisateurs.

Test de The Great Ace Attorney Chronicles réalisé sur PC à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Depuis le 27 juillet 2021, The Great Ace Attorney Chronicles regroupe The Great Ace Attorney: Adventures et The Great Ace Attorney 2: Resolve sur PlayStation 4, Switch et PC au prix de 39,99 €. À la fois compilation, restauration et localisation, le titre rend accessible deux des meilleurs jeux d’enquête de la grande saga Ace Attorney de Capcom.

Test de The Great Ace Attorney Chronicles sur PC

Doit-on voir le calice à moitié vide ou à moitié plein ? On peut accuser Capcom de ne pas proposer de localisation en français pour accompagner la sortie de The Great Ace Attorney Chronicles. Cette absence s’avère préjudiciable pour les joueurs non-anglophones. On est cependant bien obligé de plaider non coupable lorsque l’on détaille les efforts de l’éditeur pour rendre plus accessibles deux des épisodes les plus obscurs de la saga.

Finalement disponibles en Europe, traduits en anglais et portés sur différentes consoles et PC, The Great Ace Attorney: Adventures et The Great Ace Attorney 2: Resolve sont en plus compilés au sein d’une seule et unique édition. The Great Ace Attorney Chronicles s’adresse-t-il toutefois aux plus fervents adorateurs d’Ace Attorney uniquement ? Absolument pas. Et à condition de maîtriser la langue d’Arthur Conan Doyle bien sûr, cette grande compilation, aussi inattendue qu’inespérée, constitue la plus grande porte d’entrée vers l’une des plus grandes sagas du roman visuel. Mais comme on a souvent lu qu’« in court, evidence is everything », on va bien sûr le démontrer.

Lire aussi | Test de Dai Gyakuten Saiban: Naruhodō Ryūnosuke no Bōken sur 3DS. Ce hors-série d’Ace Attorney se situe à la fin du XIXe siècle

Entre le Japon et l’Empire britannique

On situe souvent The Great Ace Attorney Chronicles pendant l’ère Meiji et c’est tout à fait vrai. Il conviendrait toutefois mieux de parler d’époque victorienne puisque la majorité des enquêtes se déroule à Londres. Par un concours de circonstances, le jeune Naruhodo Ryunosuke est propulsé à Old Bailey, Cour centrale de la Couronne britannique où sont jugés les cas criminels. Dans l’immense et glaciale capitale de l’Empire, le jeune avocat est accompagné par Susato Mikotoba, un véritable rayon de soleil qui officie en tant qu’assistance judiciaire. Le duo se trouve brusquement au cœur de procès engageant la diplomatie internationale, aux griffes de Lord Van Zieks, le procureur plus connu sous le titre du Faucheur. Aucun accusé n’échappe à ses poursuites judiciaires, pas même ceux qui sont pourtant acquittés par le jury de la cour.

Un arc à part entière

The Great Ace Attorney: Adventures et The Great Ace Attorney 2: Resolve possèdent leur propre mythologie et ne s’appuient aucunement sur les événements contemporains du célèbre Phoenix Wright. Ces épisodes ne sont pas de simples hors-séries. Ils entament un nouveau cycle avec de nouvelles histoires et de nouveaux personnages surtout. On retrouve quelques archétypes, comme Natsume Sōseki que l’on peut comparer à Paul Defès et qui est inspiré par l’auteur éponyme, figure de la transition du Japon traditionnel vers le Japon moderne. Que dire d’Herlock Sholmes, localisation de Sherlock Holmes ainsi renommé pour des questions de droit ? Aussi agaçant qu’attachant, il héberge Iris Wilson, rédactrice de ses grandes aventures pour The Randst Magazine.

Cette duologie bénéfice d’un lore parfaitement bien conçu. Capcom ne l’a pas altéré au détour de sa localisation, contrairement aux premiers épisodes de la série… Ils mériteront tôt ou tard une Perfect Edition. Les deux épisodes de The Great Ace Attorney Chronicles sont ficelés par Shu Takumi qui semble les avoir écrits pour qu’ils fonctionnent de concert, contrairement à la première trilogie où Phoenix Wright: Ace Attorney n’appelait pas nécessairement de suite. L’intérêt de cette grande compilation est aussi de réunir l’histoire complète sous une même bannière.

Des situations inédites

Les deux The Great Ace Attorney font souffler un vent de renouveau sur Ace Attorney en mettant en scène des situations très différentes de celles que l’on connait. La technologie du XIXe siècle étant ce qu’elle est, les photographies présentées comme preuves sont souvent grossières et couleur sépia. Les objets que l’on manipule ne présentent pas d’empreintes digitales, par exemple. La valeur de la médecine légale et l’évolution des méthodes scientifiques, en plein basculement à cette époque, font souvent partie des problématiques débattues au cours des procès. Quelles preuves sont recevables par la Cour de la couronne ? Naruhodo, qui s’appuie ponctuellement sur les inventions d’Herlock Sholmes, joue un rôle déterminant dans cette transition d’un Empire britannique en pleine modernisation, lui aussi.

Le détective britannique se montre étonnamment créatif lorsqu’il conçoit de nouvelles méthodes pour enquêter, mais le gameplay ne s’en trouve pas chamboulé pour autant. Par rapport aux autres épisodes 3DS, Phoenix Wright: Ace Attorney – Dual Destinies et Phoenix Wright: Ace Attorney – Spirit of Justice, The Great Ace Attorney Chronicles semble même relativement brut en l’absence du magatama ou de Little Thief pour venir en aide à Naruhodo et l’admirable Susato. Quelle grande femme vraiment. De nouveaux éléments ont malgré tout été intégrés, davantage pour rythmer la progression plutôt que pour changer l’approche que l’on a d’Ace Attorney.

Des enquêtes mieux rythmées

Les grandes déductions d’Herlock Sholmes, tout d’abord, dynamisent les phases d’enquête. Au cours de celles-ci, le célèbre détective tente de percer un mystère en s’appuyant sur son environnement. Mais ses déductions sont en réalité, eh bien, affreusement épouvantables. Naruhodo doit alors amender et corriger ses affirmations en observant la scène. Il est possible de tourner la caméra pour voir ce qui se cache dans le dos d’untel, ou pour suivre le regard d’un autre, par exemple. Aussi amusantes que rares, ces séquences permettent notamment de ne pas décrocher au cours des enquêtes, toujours aussi longues que d’habitude, surtout lorsqu’elles ne sont pas entrecoupées d’un procès, comme dans le deuxième chapitre du premier épisode. On perd tout de même le fil, voire la motivation parfois, quand les intrigues s’éternisent.

Des nouveautés au cours des procès

Au cours des procès, plusieurs nouveautés font leur apparition. Tout d’abord, les témoins vont généralement de pair et se présentent à la barre par deux ou plus parfois, à la manière de Professeur Layton vs. Phoenix Wright: Ace Attorney. Il faut alors confronter leurs réactions en pointant leurs exclamations ou leurs réactions ostentatoires. Dans les faits, on ne peut pas rater ces interjections qui manquent légèrement de subtilité, surtout quand on les compare aux capacités d’Apollo Justice ou d’Athena Cykes à déceler les TIC et les émotions des témoins dans la « nouvelle » trilogie. Enfin, le juge est accompagné d’un jury de six civils qui peuvent déclarer un accusé coupable s’ils accordent leurs violons. Si tous les six tombent d’accord, Naruhodo doit faire tourner les girouettes à l’aide d’une démonstration dont il a le secret.

Plus facile d’accès

The Great Ace Attorney Chronicles bénéfice en plus d’un « Story Mode » grâce auquel l’histoire défile automatiquement. Pour les joueurs coincés qui n’ont plus la patience d’essayer chaque preuve à chaque déclaration d’un contre-interrogatoire, le Story Mode présente le bon objet au bon moment à leur place. Dans ce cas, effectivement, il ne reste plus beaucoup de gameplay à Ace Attorney mais l’option est plus que bienvenue pour celles et ceux qui ne sont là que pour l’histoire et qui parcouraient, de toute façon, la saga accompagnés d’une FAQ. Chaque épisode durant une trentaine d’heures environ, on comprend parfaitement que certains préfèrent accélérer la cadence. En plus des dix chapitres qui composent la duologie, The Great Ace Attorney Chronicles inclut huit courts épisodes qui servent d’interludes.

Pas de version française

La compilation marque aussi l’arrivée de Dai Gyakuten Saiban en anglais. La localisation officielle est d’excellente facture et Capcom, pourtant peu coutumier du fait concernant Ace Attorney, a scrupuleusement respecté les épisodes d’origine. On retrouve les nombreuses variations de registres de langue, qu’il s’agisse du cockney employé par Gina Lestrade ou des répliques théâtrales de l’insupportable William Shamspeare. Il sera aussi plus facile de s’y retrouver en cas de localisations supplémentaires ou de nouveaux épisodes, contrairement aux protagonistes de la première trilogie tels que Reiji Mitsurugi, devenu Miles Edgeworth en anglais et Benjamin Hunter en français. À cette époque, Capcom n’imaginait certainement pas lui consacrer un diptyque.

Une réalisation de haute volée

Les rares doublages en anglais sont aussi très justes, avec des comédiens japonais pour Naruhodo, Susato ou Natsume. Le joueur peut de toute façon choisir sa langue et profiter de deux des épisodes les mieux réalisés de tout Ace Attorney. On l’écrivait dans notre test de The Great Ace Attorney: Adventures : « la réalisation est […] superbe avec des animations cinq étoiles et l’une des bandes originales les plus épiques de toute la saga ». Les mimiques des personnages, les jeux de regards et les contacts physiques entre les différents témoins à la barre font de The Great Ace Attorney Chronicles le cycle le plus « vivant » de la saga, malgré la brume londonienne et l’atmosphère terriblement oppressante de ses tribunaux.

Plus loin | Lire aussi les tests de For What It’s Worth et Taikenban

Notre avis | 8

Se déroulant plus d’un siècle avant le premier Ace Attorney, The Great Ace Attorney Chronicles ne dispose d’aucun lien avec les autres épisodes. Quiconque n’a jamais tenté l’aventure Ace Attorney peut parfaitement débuter par cette compilation. D’une richesse inouïe, tant au niveau de son lore que de son contenu, The Great Ace Attorney Chronicles est en plus extrêmement spectaculaire. La machine qui se met en route en trame de fond tient en haleine jusqu’au dernier procès de la compilation. Les fans d’Ace Attorney, qui n’auraient pas joué à ces deux merveilles de l’époque victorienne faute de sortie européenne, savent parfaitement pourquoi s’y plonger au plus vite.

Aucune objection non plus pour les nouveaux avocats. The Great Ace Attorney Chronicles est la porte d’entrée idéale pour découvrir l’univers Ace Attorney, son humour, ses mystères et ses personnages inoubliables. Qui sait si la transition entre ces épisodes historiques et les Ace Attorney modernes ne se fera pas ensuite ? Maintenant que l’histoire est en marche, on espère en tout cas que Capcom jugera le même traitement nécessaire pour Ace Attorney Investigations et la nouvelle trilogie d’Ace Attorney, en attendant un véritable nouvel opus.

On aime

  • Deux chefs-d’œuvre enfin disponibles en dehors du Japon
  • La réalisation de très haute volée
  • Le scénario captivant de la première à la dernière seconde

On n’aime pas

  • L’absence de version française
  • Des enquêtes parfois trop longues

Merci d’avoir lu notre test de The Great Ace Attorney Chronicles sur PC.

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