Test de « Scrap Riders » sur PC et Steam Deck. Point and click et beat ’em all font-ils bon ménage ?

Test de Scrap Riders réalisé sur PC et Steam Deck à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Les mélanges des genres de l’extrême ne sont pas nouveaux. Récemment, le roman visuel côtoyait le shoot ’em up dans Yurukill: The Calumniation Games. Aujourd’hui, le point and click à l’ancienne se frotte au beat ’em all dans Scrap Riders, une aventure entièrement réalisée en pixel art de Games For Tutti. Et le studio valencien relève parfaitement le défi de faire cohabiter deux styles de gameplay quasiment opposés sur le spectre du jeu vidéo, même si on reconnaît avoir espéré davantage de l’écriture aussi.

Test de Scrap Riders

Le joueur incarne Rast, contrebandier faisant partie des Scrap Riders qui prêtent leur nom au titre du jeu. Ce gang de bikers est mis à rude épreuve quand un disrupteur qu’il devait livrer disparaît. Le clan rival qui s’en empare n’est autre que le puissant gang des Black Warriors, financé par une multinationale aussi prospère que corruptrice.

Scrap Riders est-il plutôt un point and click ou un beat ’em all ?

Pour mener l’enquête, le joueur doit donc interagir avec l’univers, dans un monde post-apocalyptique, grâce à des mécaniques de point and click. On recherche des objets dans les environnements, on les combine parfois, on glane des indices en interrogeant les différents personnages… Ces phases, majoritaires en temps de jeu effectif, présentent parfois quelques mini-jeux bienvenus qui rythment très légèrement l’aventure. Rien de très original pour un jeu du genre, en somme.

Puis quand des combats ont lieu, Scrap Riders devient effectivement un beat ’em all en 2D. Ces moments sont aussi très classiques. Rast possède des coups faibles et puissants, à l’input mapping maladroit d’ailleurs puisqu’ils se situent à l’opposé l’un de l’autre. Avec une jauge qui se remplit petit à petit, on peut également lancer des attaques spéciales, tandis qu’un révolver permet enfin de tirer à distance. On ne peut pas en abuser cependant car les munitions sont limitées et rares.

Games For Tutti alterne donc astucieusement ces deux séquences. Si l’on chronométrait l’occurrence de chaque phase, le point and click serait bien sûr plus présent. Certaines énigmes peuvent notamment obliger à fouiller des écrans de fond en comble jusqu’à leurs résolutions. Mais le beat ’em all est loin de n’être que ponctuel. Chaque chapitre comporte son niveau et le joueur peut les pratiquer quand il le souhaite depuis son quartier général.

S’agit-il d’une expérience à l’ancienne ?

Ces deux genres, représentant à leur manière l’âge d’or de la 2D, sont souvent associés à des expériences rétro. Et Scrap Riders se revendique, il est vrai, d’une certaine époque du gaming. On le remarque à son humour, à son esthétique impressionnante dans l’ensemble, et à son gameplay bien sûr. Les mécaniques de l’une ou l’autre phases sont simples et ne présentent pas de caractéristiques particulièrement modernes.

Cela ne veut pas pour autant dire que l’expérience est anachronique car Games For Tutti a parfaitement bien dosé la difficulté. Dans les phases de point and click, les énigmes ne sont jamais aussi tordues que dans un jeu LucasArts, Dieu merci. Avec un peu de jugeote, on trouve assez facilement la solution. Les menus sont d’ailleurs plus ergonomiques, malgré des icônes pour observer, discuter ou toucher, comme le veut la tradition.

Les phases de beat ’em all sont aussi plus agréables que dans un Final Fight ou Double Dragon d’époque. Scrap Riders n’étant pas un jeu d’arcade, on n’est jamais submergé au point de mourir en boucle. Les contrôles sont un peu raides, mais les enchaînements sont bons. On peut notamment continuer à attaquer un ennemi en l’air ou après un rebond. Bien évidemment, le système n’est en rien comparable à celui de Streets of Rage 4, par exemple. Mais on peut parfaitement imaginer un jeu complet sur cette base.

L’écriture est-elle à la hauteur de la réalisation ?

Notre principal grief concerne finalement l’écriture. L’univers semble développé, mais on n’en découvre qu’une toute petite partie. Les relations entre personnages n’évoluent qu’à peine. Le scénario enfin paraît un peu académique. On ne peut pas le juger complètement malgré tout, car un bug au cours du test a softlock notre sauvegarde. Selon les dires de l’éditeur, celui-ci est d’ores et déjà identifié et serait absent du jeu final grâce au patch du lancement.

Mais les dialogues également ont tendance à sonner creux. Les nombreuses références et l’humour façon 90’s peuvent paraître un peu lourds ; ce qui est vrai pour de nombreux classiques du point and click, après tout. On n’était sans doute moins exigeant, il y a plus de trente ans. On questionne aussi le choix de deux clics plutôt qu’un pour passer un dialogue, hachant littéralement des phrases en deux car les boîtes de texte sont trop petites. La lecture est alors décomposée, donc robotique.

Mais l’ensemble est surtout gâché par une localisation de piètre qualité. Les grosses motos sont devenues des « vélos », quelques contre-sens parsèment la narration et de nombreux gags tombent ainsi à l’eau. On pourrait se contenter de la version anglaise, mais celle-ci n’est pas exempte de tout défaut non plus. À moins de comprendre le castillan, il est donc difficile de pleinement s’immerger dans le monde imaginé par Games For Tutti, pourtant séduisant par de nombreux autres aspects.

Captures d’écran © Microids

Notre avis | 6

Note : 6 sur 10.

Avec Scrap Riders, Games For Tutti fait habilement cohabiter deux genres de jeu aux styles opposés. Le point and click n’est pas mélangé au beat ’em all, et l’un et l’autre se pratiquent plutôt par séquences interposées. L’ensemble est donc astucieusement rythmé et finalement cohérent, grâce à l’habillage en pixel art de fort belle facture. L’expérience est d’ailleurs assez rafraîchissante car les deux genres sont ici nettement plus faciles d’accès que dans les années 90. Le joueur n’aura pas à combiner une tête de singe avec on-ne-sait-quoi et les combats restent abordables en toute circonstance. Mais Scrap Riders déçoit plutôt du côté de son écriture. Le monde est pourtant évocateur, mais les relations des personnages, un peu téléphonées, stagnent. La localisation n’aide pas non plus à apprécier l’humour, pas toujours finaud il est vrai. On le regrette car le jeu s’appuie, en grande partie, sur ses textes.

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