Test de Broken Mind réalisé sur Xbox Series X à partir d’une version fournie par l’éditeur.
- Horreur | FPS
- Développé et édité par 2Bad Games
- 21 juin 2022
- PlayStation 4 | PlayStation 5 | Xbox One | Xbox Series X | Switch
- Sous-titré en français – PEGI 16
- Toute l’actualité du jeu
Les jeux de 2Bad Games ont la particularité d’être développés par le seul Tony De Lucia. Si l’on excepte le travail d’un musicien et de comédiens pour donner vie aux personnages, c’est également le cas de Broken Mind. Ce troisième titre du minuscule studio montre pourtant de plus grandes ambitions que 2urvive et Brutal Rage, notamment parce qu’il adopte une représentation en trois dimensions. Le développeur indé est-il parvenu à produire un titre à la hauteur de ses aspirations ? Pour notre part et derrière la modestie du projet, on reconnaît n’avoir pas pu lâcher la manette jusqu’au dénouement de l’histoire.
Test de Broken Mind sur Xbox Series X
Dans Broken Mind, le joueur incarne Frank Morgan, un détective enquêtant sur la disparition d’une jeune streamer. Au cours d’une diffusion, Laura Campbell est kidnappée chez elle par un étrange ravisseur au masque de renard. On s’élance alors à sa poursuite tandis que le signal de son téléphone est repéré dans un parc du voisinage. Au cours de cette course effrénée, Frank Morgan se remémore involontairement les drames de son passé.
Comment l’aspect graphique participe à l’ambiance sombre de Broken Mind ?
On peut apprécier ou non l’aspect graphique de Broken Mind, mais on peut difficilement rester insensible à celui-ci. Bien que les environnements soient modélisés en 3D, tous les personnages sont représentés par des sprites en 2D. Ceux-ci sont entièrement dessinés à la main dans un style que l’on considère un peu « amateur » par certains aspects. Avant le test, on ne s’en cache pas, on craignait que les illustrations agissent comme un élément de distanciation… alors qu’elles font véritablement partie de l’expérience.

Les dessins, des textures des décors jusqu’à l’UI, sont richement colorés pour la plupart et tranchent radicalement avec la noirceur de la trame. L’auteur a même pris la peine de dessiner l’OS des différents ordinateurs que l’on consulte intra-jeu, alors que de simples captures d’écran auraient suffi. Ce décalage entre l’esthétique et la gravité de la situation crée un malaise finalement palpable.
Celui-ci est aussi souligné par la profondeur de champ réduite. Même lorsque l’on fait l’usage d’une lampe torche, on ne peut pas voir au loin car « l’horizon » est voilé d’une espèce de brouillard noir. De cette manière, l’apparition soudaine d’un ennemi peut surprendre. Et comme les personnages que l’on contrôle sont peu résistants en fin de compte, on craint effectivement ces nez-à-nez.
S’agit-il d’un survival horror traditionnel ?
Malgré tout, Broken Mind n’est pas un jeu particulièrement éprouvant. Le dosage de la difficulté se révèle même extrêmement juste, bien que certaines séquences en particulier obligent à un minimum de doigté. Mais 2Bad Games a prévu des points de contrôle suffisamment fréquents pour ne pas être frustré par la progression, d’une part. Par exemple, au cours de l’un des chapitres, le joueur doit s’échapper alors qu’il est poursuivi. En cas d’échec, on reprend juste au début de la course-poursuite. D’autre part, les conseils indiqués sur les écrans de chargement sont étonnamment judicieux.

D’un côté, on pourrait se lasser du level design qui montre vite ses limites. Les environnements que l’on traverse sont linéaires et l’exploration n’est pas particulièrement valorisée… même si des boîtes à musique à collectionner sont plus ou moins bien cachées dans les décors.
De l’autre, Tony De Lucia s’est assuré que l’on ne s’ennuie pas grâce à des changements de rythme et à des séquences que l’on appréhende différemment. On doit par exemple enchaîner plusieurs combats d’affilée pour progresser, et ceux-ci sont plus techniques qu’il n’y parait. Et pour cause, les munitions sont très limitées et l’on doit donc se battre au corps à corps avec la possibilité d’esquiver. Ensuite, on doit s’infiltrer sans être repéré ou résoudre de petites énigmes. De cette manière, le joueur est maintenu en haleine. On se réjouit également que l’auteur n’ait pas augmenté la durée de vie de manière artificielle. On l’a terminé en moins de trois heures mais sans montrer de signe de lassitude.
Pourquoi la narration prend-elle le pas sur le gameplay ?
Il faut aussi dire que l’histoire est finalement bien construite. L’auteur prend le temps de poser le lore et d’exposer les différents personnages, avec des tunnels de texte bien jaugés encore une fois. On n’a jamais l’impression de subir les dialogues qui sont tous doublés, à ce propos. L’intrigue n’est pas très originale et peut potentiellement décevoir les amateurs de fantastique. Mais elle est suffisamment bien écrite pour que l’intérêt du joueur ne s’estompe pas jusqu’au boss final.

Mais Broken Mind brille surtout par quelques fulgurances. Plusieurs scènes sont véritablement inoubliables, à commencer par l’enlèvement de Laura Campbell que l’on vit en direct. La mise en scène est astucieuse et fait froid dans le dos. Il faut savoir que le projet n’était à l’origine qu’une expérience de quelques minutes autour de cette séquence. Un jeu complet est finalement né autour…
Bien sûr, Broken Mind ne prétend pas être plus qu’un jeu indé au budget et aux ressources humaines extrêmement limités. Il n’est pas excessivement original non plus et n’innove finalement pas. Mais il faut reconnaître toutes les qualités de son game design. L’auteur contourne intelligemment les limites de GameMaker Studio et favorise largement l’expérience utilisateur. Même si on trouvera toujours à redire sur de multiples aspects du titre, on apprécie l’immersion dans un monde plus crédible qu’on ne l’imaginait. Et on se figure enfin ce que pourrait être un jeu de Tony De Lucia avec des moyens plus abondants.




