Test de Bayonetta 3. Après huit ans d’attente, la sorcière de l’Umbra est-elle toujours aussi fringante ?

Test de Bayonetta 3 réalisé le 1er novembre 2022 sur Switch à partir d’une version fournie par l’éditeur.

L’existence de Bayonetta 3 est un miracle. Les deux premiers épisodes, vitrines du savoir-faire de PlatinumGames, n’ont pas réalisé de ventes extraordinaires. En 2017 toutefois, le studio convainc Nintendo de produire un troisième volet exclusif à la Switch. Que s’est-il passé depuis ? Après un développement de cinq ans, le beat ’em all est disponible avec des déficiences techniques que l’on ne connaissait pas à la série. Doit-on tout imputer aux capacités de la console nomade ? Pour notre part, on est persuadé que la Switch n’est pas responsable de toutes les carences de Bayonetta 3.

Test de Bayonetta 3

On s’interroge tout d’abord sur le scénario. Au fil de Bayonetta puis Bayonetta 2, PlatinumGames a construit un lore finalement assez riche pour un beat ’em all. La sorcière de l’Umbra y a respectivement combattu les anges puis les démons tout en tissant sa relation avec Jeanne.

Pour Bayonetta 3, le studio balaie tout d’un revers de main. On combat ici des homonculi, créatures créées par l’homme et dirigées par l’énigmatique Singularity. Son objectif est de détruire les différents mondes du multivers, pour qu’il n’existe plus que l’Alphavers. Le monde de la Bayonetta que l’on connaît est justement envahi par ces monstres difformes, mais aussi par Viola qui recherche l’aide de la célèbre sorcière.

Ce postulat donne l’occasion à PlatinumGames de créer d’autres Bayonetta. Dans les mondes parallèles, elles ne vivent pas forcément à New York cependant. On entreprend alors un voyage vers le Japon, la Chine et d’autres destinations, que l’on préfère ne pas dévoiler, pour trouver ses semblables.

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Les combats de Bayonetta 3 sont-ils toujours aussi plaisants ?

L’histoire reste un prétexte à d’innombrables combats qui s’enchaînent au cours de chaque chapitre. Bayonetta dispose toujours d’armes à feu et de coups faible et fort à alterner pour une multitude de combos. Sa plus grande force reste l’envoûtement grâce auquel on ralentit le temps. Quand on effectue une esquive dans le bon timing, les ennemis se déplacent au ralenti et on leur inflige des dégâts plus importants. Le système est éprouvé et procure un plaisir quasiment inaltéré aujourd’hui.

Dans Bayonetta 3, une nouvelle mécanique fait toutefois son apparition. La sorcière peut désormais invoquer des démons, à la manière de Devil May Cry 5, en plein milieu d’un combat. Dans ces moments-là, Bayonetta est vulnérable mais ses monstres infligent de lourds dégâts. On doit malgré tout veiller à ce que la jauge de magie ne se vide pas, et la recharger dans le cas échéant. Le système est plutôt dynamique : le choix des familiers est conséquent et on peut changer de créature à la volée. Mais cette mécanique à un coût, celui de la lisibilité.

L’écran des jeux Bayonetta est très chargé en effets spéciaux et HUD. Si l’on y ajoute une invocation qui dépasse de l’écran, masquant les ennemis et l’héroïne parfois, on reconnaît des difficultés à produire certains combos. La caméra est alors trop éloignée et la sorcière apparaît minuscule. D’un autre côté, les démons sont souvent trop grands et dépassent des bords de l’écran. Et la lisibilité se dégrade encore quand la résolution tombe sous les 480p pour conserver tant bien que mal le frame rate. Les effets de transparence en pointillés façon Saturn et la pixellisation outrancière n’aident pas. On n’est donc pas pleinement convaincu qu’en 4K et sur un matériel plus puissant, la lisibilité soit miraculeusement meilleure.

La variété augmente-t-elle le plaisir de jeu ?

Mais toutes les séquences de Bayonetta 3 ne sont pas soumises à ce problème. En contrôlant Viola, il est plus facile de lire l’action car sa propre invocation fait sa petite vie. Cette jeune rebelle possède un katana et son envoûtement se déclenche en réalisant une parade. Quand elle appelle Chouchou, son démon au monster-design atroce, on tenait à le dire, elle perd son arme et combat à mains nues. Les chapitres où Viola figure ressemblent à ceux de Bayonetta, mais la narration est souvent plus loufoque et le gameplay moins varié. Au contraire de l’héroïne qui prête son titre au jeu, Viola ne possède qu’une arme et n’a pas le choix du monstre qu’elle invoque.

PlatinumGames a pourtant placé la variété au cœur de l’expérience. Outre les équipements qui modifient profondément la façon de jouer, de nombreux passages, les plus spectaculaires, offrent des mécaniques différentes. Ici, on chevauche une araignée, que l’on croirait issue de Devil May Cry, entre des immeubles qui s’écroulent. Là, on participe à un combat de kaijū qui semble venu de Neon Genesis Evangelion sur Nintendo 64, et qui s’apparente en réalité à un pierre-feuille-ciseaux. Ces phases de gameplay alternatives avaient disparu de Bayonetta 2, n’étant pas les plus passionnantes. Elles sont ici très nombreuses et de qualité inégale. On pense aux niveaux de Jeanne, étrange mélange entre Elevator Action et Metal Gear Solid, qui s’avèrent pénibles à la longue.

L’enrichissement de l’exploration est-il bienvenu ?

Les combats sont enfin toujours entrecoupés d’exploration libre dans les environnements. En fouillant méthodiquement, on trouve de multiples collectables, des énigmes, des ressources, des défis… On devrait s’en réjouir, mais ces moments de calme sont généralement trop longs et ont tendance à hacher le rythme effréné que l’on espère d’un Bayonetta. Et comme les environnements sont de toute façon cloisonnés et esthétiquement discutables, on n’a pas non plus envie de se perdre dans les décors. Heureusement, les défis aux règles spécifiques sont toujours très intéressants à pratiquer, et généreux en bonus.

Bayonetta 3 est-il aussi riche que ses prédécesseurs ?

Car en prenant le temps de fouiller, on obtient toujours des objets et de l’or qui permettent d’augmenter les capacités de la sorcière. On peut enrichir les combos, augmenter ses barres de vie et de magie et obtenir des équipements aux propriétés spéciales. De toute façon, Bayonetta 3 est le plus facile des trois jeux, malgré que certains défis puissent donner du fil à retordre. Un degré de difficulté inférieur est disponible, mais les scores ne sont alors pas envoyés aux classements en ligne. Les joueurs exhaustifs ont de quoi faire pour obtenir le meilleur rang dans chaque combat et l’ensemble des objets à déverrouiller.

Il y a donc à boire et à manger dans Bayonetta 3 pour quiconque apprécie déjà la série. Bien évidemment, le downgrade est manifeste et il donne l’impression, en grossissant le trait, de passer de la Wii à la 3DS. Mais pour l’amour de PlatinumGames, on parvient à fermer les yeux sur les problèmes techniques, sur l’esthétique discutable, sur le lore que les développeurs ont semble-t-il abandonné. Mais on a tout de même du mal à accepter le développement du personnage, car on aime aussi Bayonetta pour Bayonetta, justement. Comme un symbole, la sorcière n’a jamais paru aussi faible tant par la perspective adoptée, qui donne l’impression de contrôler une figurine minuscule, que par les événements de l’histoire.

S’agit-il du meilleur épisode pour découvrir Bayonetta ?

Et malgré son mode « Petit ange » qui permet d’édulcorer la violence et la sexualisation, Bayonetta 3 nous semble être l’épisode le moins qualifié pour découvrir ce pan de l’histoire du beat ’em all. S’il fallait orienter les joueurs désireux d’explorer les merveilles de cette série, on conseillerait plutôt les deux premiers épisodes, aussi disponibles sur Switch. Doit-on s’estimer heureux d’avoir un épisode supplémentaire, quand tous les voyants étaient au rouge pour la suite de la série ? Quelque part, on pourrait s’en contenter car il offre une nouvelle expérience avec des mécaniques inédites. Mais quand on le compare avec sa gloire d’antan, Bayonetta 3 ne procure qu’une infime portion du plaisir de jouer et d’admirer Bayonetta.

Plus loin | Lire aussi le test de Taikenban

Notre avis

Test de Bayonetta 3 - Note

6

Le développement de Bayonetta 3 semble avoir connu des perturbations. Son aspect technique en atteste, comme l’auront sans doute observé de nombreux joueurs. Et si le jeu n’atteint jamais l’apothéose comme Bayonetta et Bayonetta 2, on ne considère absolument pas la Switch comme seule responsable. PlatinumGames a surtout opéré des choix de game design très contestables. On pense à l’intégration des invocations qui gâche la lisibilité des combats. On ne peut pas non plus s’empêcher de penser que les efforts portés sur la variété des situations se révèlent de qualité très inégale. L’exploration enfin hache trop le rythme des combats, pourtant l’essence de la série. Comme un symbole de cet épisode, Bayonetta n’a jamais paru plus faible que dans dans Bayonetta 3 dont la place semble hors du lore pourtant bien construit des deux premiers jeux.

Les joueurs en manque d’un beat ’em all signé PlatinumGames trouveront de quoi faire car le titre regorge de richesses. Mais ceux qui souhaitent découvrir les merveilles de la série auraient plutôt intérêt à se tourner vers les épisodes fondateurs.

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