Test de « The Legend of Nayuta: Boundless Trails » sur Switch. Ce chef-d’œuvre synthétise tout le savoir-faire de Nihon Falcom

Ce hors-série éloigné de The Legend of Heroes, que l'on pourrait considérer comme un troisième épisode de Zwei!!, est une véritable démonstration du talent du studio japonais.

Test de The Legend of Nayuta: Boundless Trails réalisé sur Switch à partir d’une version fournie par le distributeur.

The Legend of Nayuta: Boundless Trails, initialement sorti le 26 juillet 2012 sur PlayStation Portable, n’avait jamais quitté le Japon. Mais à l’occasion des versions PlayStation 4, Switch et PC, l’action-RPG de Nihon Falcom sera disponible, pour la première fois, en anglais. On attendait de pied ferme la localisation de NIS America pour mettre la main sur un hors-série que l’on imaginait sympathique. On n’avait toutefois pas prévu qu’il s’agirait d’un tel chef-d’œuvre, véritable synthèse de tout le savoir-faire de ce studio historique. Les joueurs PC y auront accès le 19 septembre 2023, tandis que les versions PlayStation 4 et Switch sortiront le 22 du même mois.

Test de The Legend of Nayuta: Boundless Trails sur Switch

Non, en dépit de son titre, il n’est pas nécessaire d’avoir la moindre connaissance de The Legend of Heroes pour apprécier The Legend of Nayuta: Boundless Trails. Il s’agit d’un hors-série au sens très large. Comme dans Final Fantasy où le gil est la devise, le mira fait office de monnaie locale. Tout comme diverses créatures fantastiques apparaissent au fil de la saga de Square Enix, on retrouve ici Mishy, la mascotte de Nihon Falcom. Mais hormis ces clins d’œil, le titre n’a rien à voir avec Zemuria et le nom de famille de son protagoniste, Nayuta Herschel, n’est qu’une coïncidence.

L’histoire se déroule sur Remnant Isle, une île minuscule se trouvant au milieu d’un vaste océan. La ville la plus proche s’avère être Saint Andrée, à une demi-journée de voyage maritime. Les communautés locales imaginent que la terre est plate et qu’il n’existe rien au-delà de ses confins. Mais Nayuta est convaincu du contraire et recherche « Lost Heaven », un autre monde qui apparaît au creux de cristaux qui tombent parfois du ciel.

Au cours des vacances d’été, ce sont d’immenses ruines venues des cieux qui s’échouent sur les côtes de Remnant Isle. Nayuta et son fidèle ami Cygna les explorent pour s’assurer qu’elles ne présentent aucun danger. Au sommet, ils découvrent une fée se trouvant dans une situation de détresse. Deux mystérieux individus lui arrachent ce qui semble être un rouage. Pour l’aider à le récupérer, les deux compères traversent un portail vers Terra, l’autre monde qu’a toujours rêvé d’explorer Nayuta.

Un action-RPG particulièrement dynamique

On est davantage tenté de comparer The Legend of Nayuta: Boundless Trails à Ys qu’à The Legend of Heroes. Mais il ressemble plutôt à Zwei: The Ilvard Insurrection, développé par la même équipe. On n’explore par exemple pas de carte du monde. Depuis un hub central, on se dirige vers quatre continents de Terra comportant chacun trois stages relativement courts, un temple scindé en deux puis un boss. Le level design est extrêmement élaboré avec des combats ponctuels mais dynamiques, des phases de plateforme bien plus lisibles que dans Gurumin, des mécanismes intelligents et des tas de collectables à dénicher.

À l’issue de chaque stage, la performance du joueur est évaluée par une système d’étoiles dans la veine des jeux mobile. La première est décernée quand on termine le niveau en cours, la deuxième seulement si l’on ramasse tous les cristaux et coffres. Pour obtenir la troisième, le joueur doit accomplir un objectif annexe tel vaincre cinquante ennemis, être touché moins de dix fois ou terminer le stage en moins de trois minutes, par exemple. Comme ces derniers sont courts, le système est extrêmement addictif. Pour viser les 100%, on n’a de toute façon pas d’autre choix que de revenir dans divers stages, certains accès n’étant pas ouverts au premier passage.

Plusieurs points rappellent l’excellent Napple Tale: Arsia in Daydream, dont la thématique des saisons. Chaque stage, hors-temples, connaît quatre variations. Au printemps, des plantes bloquent le passage. L’hiver, les lacs gelés sont praticables. Tout le level design s’en trouve chamboulé, ainsi que les objets et le bestiaire. On peut décemment les considérer comme des niveaux à part entière. Au cours de la progression, on traverse deux variations pour chaque stage avec un troisième en bonus. La quatrième saison ne se dévoile qu’à posteriori, lors d’un New Game+.

Le gameplay se révèle de plus en plus profond

Les contrôles sont globalement similaires à ceux d’Ys Seven. Nayuta est capable d’esquiver à l’aide d’une roulade, en plus de sauter. Les combats sont moins nerveux mais la palette de mouvements s’étoffe plus largement au fil de l’évolution du jeune explorateur. Avec les étoiles obtenues en stage, il apprend de nouvelles techniques : combos plus élaborés, attaques ascendante et descendante, garde… L’expérience reste de toute façon assez facile dans l’ensemble ; trois modes de difficulté sont d’ailleurs disponibles. Par ailleurs, les sensations et le rythme diffèrent en fonction de l’arme que l’on manie. Ces variations sont bienvenues pour casser la monotonie.

Outre Nayuta, on contrôle également Noi, la fée que l’on évoquait à l’occasion du synopsis. Cette dernière envoie notamment de multiples sorts à découvrir tout au long du jeu. Comme les skills d’Ys Seven, ils évoluent en fonction du nombre d’utilisations. Au début, Noi ne peut en équiper qu’un seul mais, à terme, on obtient quatre emplacements. Une pression de gâchette suffit alors à changer d’attaque. La fée est également personnalisable avec son propre set d’équipements. Chez Nayuta, les armures et les casques modifient surtout les statistiques. Du côté de Noi, les vêtements réduisent par exemple le taux de paralysie ou les dégâts de chute.

Au fil du jeu, elle apprend enfin des compétences. L’une d’entre elles permet de briser d’immenses blocs, une autre de s’accrocher à des points d’attache, façon Castlevania: Order of Ecclesia. Mention honorable au Gear Buster avec lequel Nayuta se déplace en roulant et escalade des parois prévues à cet effet. Avec toutes ces techniques, on atteint finalement des points de stage que l’on aurait précédemment laissés de côté. Nettoyer les objectifs manquants vire à l’obsession. Avec ce move pool croissant, le début semble presque banal par rapport à la moitié du jeu.

Le monde évolue au fil de la progression

Au-delà des quatre continents de Terra que l’on explore stage après stage, Nayuta passe beaucoup de temps à Remnant Isle qui fait office de hub central. Sa construction bénéficie du savoir-faire de Nihon Falcom en la matière. Après chaque événement majeur, les personnages obtiennent de nouvelles lignes de dialogue. Cela renforce non seulement l’immersion, mais aussi les liens que l’on tisse avec chacun d’entre eux. Le village est de toute façon un passage obligatoire pour s’équiper et se restaurer.

Nayuta transporte effectivement quelques bentō qui rendent des points de vie en plus d’octroyer de l’expérience. Déjeuner est donc essentiel dans The Legend of Nayuta: Boundless Trails. Le joueur peut lui-même cuisiner mais uniquement si sa grande sœur Eartha, véritable cordon bleu, lui a déjà préparé la recette et à condition de posséder les ingrédients adéquats. On ne peut néanmoins transporter qu’un nombre limité de repas, qui augmente petit à petit.

Sur Remnant Isle, Nayuta et son ami Cygna gèrent une activité… d’hommes à tout faire. Littéralement. Le volet multiservices est représenté par des quêtes secondaires qui apparaissent au cours des chapitres. Ce sont généralement des fetch quests bien intégrées à la progression. Le système s’avère parfaitement ergonomique avec un journal facilement compréhensible et des points d’exclamation qui indiquent les stages où Nayuta a à faire. Par exemple, le jeune héros doit déposer un nid d’œufs en hiver dans un endroit glacé pour faire éclore des pingouins au printemps. L’explorateur collectionne également des artefacts qu’il remet au musée local. Cette affaire, étonnamment lucrative, est également issue de Zwei: The Ilvard Insurrection.

Un chef-d’œuvre enfin accessible au plus grand nombre

Malgré son âge, The Legend of Nayuta: Boundless Trails reste visuellement détaillé, plus qu’Ys Seven qui est construit avec le même moteur. Les intérieurs bénéficient notamment d’un soin particulier. On apprécie aussi le choix de couleurs éclatantes, évoquant les jeux de la série Mana. La direction artistique est une franche réussite. Dans l’autre monde, le concept de rouages est visuellement omniprésent, représentant la différence d’évolution entre Terra et le monde que connaît Nayuta.

La version Switch fait honneur au jeu d’origine avec une adaptation sans-faute. L’aliasing s’exprime parfois, mais le jeu tourne à 60FPS et la résolution est largement supérieure à la version PlayStation Portable, qui pixellisait outrageusement le rendu. Il s’agit en réalité du premier jeu de Nihon Falcom sur la console nomade de Nintendo, qui délègue habituellement les portages à d’autres éditeurs. À cette occasion, le studio a réalisé de nouveaux portraits tout en adaptant chaque asset en HD. On débusque de temps en temps une texture douteuse, mais l’ensemble impressionne compte tenu de l’âge du titre et de son support d’origine. La version de 2012 souffrait de quelques allers-retours, ici atténués grâce à un mode « hi-speed ».

La nouveauté la plus importante reste évidemment la version anglaise, comportant également des doublages. The Legend of Nayuta: Boundless Trails n’a jamais été plus accessible. Sa disponibilité sur différents supports, en éditions numériques et physiques, et cette localisation donnent à ce chef-d’œuvre la visibilité qu’il mérite. On regrette bien sûr l’absence de version française, mais le titre sort d’ores et déjà de plus de onze ans d’anonymat. Pas spécialement difficile, il est en plus assez court avec un run de vingt heures environ. Les joueurs exhaustifs pourraient avoir besoin d’une cinquantaine d’heures pour le terminer complètement. Cette durée de vie peut motiver les joueurs intimidés par le temps de jeu et le nombre d’épisodes que représente la saga The Legend of Heroes.

Plus loin | Lire aussi le test de For What It’s Worth

Notre avis | 9

Note : 9 sur 10.

Attention, chef-d’œuvre. En l’absence d’une localisation en anglais, The Legend of Nayuta: Boundless Trails est resté anonyme pendant près de onze ans. Mais aujourd’hui, on ne peut décemment plus le considérer comme un hors-série mineur de la constellation Nihon Falcom. Cet action-RPG, construit en niveaux courts aux objectifs variés, se révèle extrêmement addictif. Ses contrôles nerveux et l’évolution de Noi et Nayuta offrent un plaisir qui se renouvelle progressivement. L’univers se révèle en plus chatoyant, grâce au savoir-faire du studio en la matière. Les saisons qui modifient le level design relancent constamment l’intérêt et l’histoire passionnante, enfin, maintient en haleine. Seule l’absence de version française ternit un tableau idyllique.

Comment a-t-on pu ignorer un tel trésor de l’action-RPG ? Qu’importe, The Legend of Nayuta: Boundless Trails est désormais accessible au plus grand nombre sur une grande diversité de supports. Le patrimoine de Nihon Falcom ne cessera donc jamais de nous émerveiller.

On aime

  • Enfin en anglais
  • Le level design prodigieux
  • Les saisons qui modifient les stages
  • Le world building
  • La direction artistique colorée
  • La profondeur du gameplay

On n’aime pas

  • L’absence de version française

Merci d’avoir lu notre test de The Legend of Nayuta: Boundless Trails sur Switch.

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