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Test de Shenmue III : l’heure de régler les comptes

Test réalisé à partir d’une version commerciale sur PC (Core i5-3470, 16 Go de RAM, GeForce GTX 1060 6 Go)

Développé par Ys Net et Neilo et édité Deep Silver
Sorti le 19 novembre 2019 et disponible sur PlayStation 4 et PC

Sans fanfare ni effusion de joie, Shenmue III reprend précisément où s’arrête le II : dans la grotte de Guilin d’où sortent modestement Ryo et Shenhua, après quelques minutes d’introduction, pour partir à la recherche du père de cette dernière. On comprend très vite que les 18 ans qui séparent les deux épisodes n’ont en rien altéré la vision de Yū Suzuki dont l’ambition est de poursuivre simplement l’histoire d’une vengeance. Shenmue III est d’ailleurs si fidèle à sa lignée qu’on peine à croire que tant d’années se sont écoulées : il s’inspire uniquement de ses prédécesseurs, occultant 18 ans de tendances qui ont émergé depuis, au risque de sembler un brin désuet aux non-connoisseurs.

Le choix était en tout cas le plus judicieux pour les fans de Shenmue qui ont attendu si longtemps : Shenmue III est un Shenmue, soit précisément ce qu’on attendait de lui. Il est raconté comme tel, il se joue comme tel et il ne faut pas longtemps avant de retrouver tous ses repères. Il s’agit d’un jeu à destination de ses fidèles, ce qui est loin d’être une hérésie : après tout, qui l’a réclamé à longueurs de forums ?

De la même manière qu’il semble peu pertinent de critiquer NBA 2K19 parce qu’il pourrait être considéré comme hermétique à quiconque n’aime pas le basket, il n’y a pas de raison de critiquer Shenmue III pour être un Shenmue. Shenmue III ne s’adresse qu’à ceux qui l’ont aimé à en pleurer la fin prématurée, pour les autres il reste 50 ans de jeux vidéo moins ces trois-là.

Comme Shenmue II, ce troisième opus se découpe en deux parties distinctes : le village de Bailu puis la ville portuaire de Niaowu. La première partie est quelque peu déconcertante, parce que Shenmue nous avait jusqu’alors habitué à des environnements urbains, pour ne pas dire ultra-urbains en ce qui concerne Kowloon. Le côté bucolique de Bailu a cependant le mérite d’offrir aux joueurs une reprise en douceur et des panoramas saisissants. Niaowu peut sembler plus familière en raison de sa ressemblance à Aberdeen : il s’agit d’une ville chinoise avec une grande densité de commerces, à défaut d’être densément peuplée en raison d’un clipping qui a tendance à gâcher l’impression de prendre un bain de foule.

La progression reprend également les carcans des anciens épisodes : des scènes d’action (combats et QTE) ponctuent des quêtes à tiroirs qui font avancer la trame, sans jamais la précipiter d’ailleurs. L’histoire se déroule lentement puisqu’elle laisse largement le quotidien et la routine s’installer pour que les joueurs s’attachent aux lieux qu’ils visitent.

Pourtant, voilà sans doute le principal défaut du jeu, il est difficile d’avoir autant d’affection pour les deux régions que l’on explore que pour toutes les précédentes. Non pas qu’elles soient moins intéressantes, loin de là, mais on passe peu de temps à dialoguer avec leurs habitants et on a fatalement moins d’attaches. Quand Ryo quitte Bailu puis Niaowu, il donne l’impression de se sauver comme un voleur, loin des émouvantes séparations avec Yokosuka, sa commune maternelle, ou Aberdeen, où il prend le temps de saluer tout le monde avant le grand saut.

En revanche, le monde de Shenmue n’avait jamais semblé aussi crédible et cohérent, notamment parce que tous les éléments de gameplay sont interconnectés. Par le passé, certaines activités ne servaient qu’à tuer le temps en attendant un événement consigné dans le carnet. Ici, chaque action a son utilité : collectionner les gashapons permet d’obtenir beaucoup d’argent ou des manuscrits de kung-fu, s’ils sont vendus ou échangés par collections, de la même manière que les mini-jeux permettent de se graisser la patte vite et bien ou d’obtenir de nouvelles techniques de combat.

L’économie est simple à comprendre : le joueur peut acheter des jetons pour participer à des mini-jeux, grâce auxquels il gagne des lots : peluches, jouets, objets de collection, pierres précieuses, etc. Il peut dès lors les revendre aux prêteurs sur gage pour acheter de nouveaux jetons ou pour tous les autres besoins financiers de l’aventure avec un objectif en ligne de mire : augmenter le niveau de kung-fu de Ryo.

Ryo doit en effet s’entraîner quotidiennement pour progresser dans deux caractéristiques de combat : son kung-fu et son endurance. Pour cette dernière, il existe trois courts mini-jeux qui permettent d’augmenter, petit à petit, ses points de vie. Pour le kung-fu qui correspond à la puissance d’attaque, il faudra faire des combats d’entraînement pour perfectionner les techniques que l’on a apprises. Plus on a de techniques en poche (achetées, gagnées ou apprises auprès d’un spécialiste), plus il est possible de monter son niveau.

Le système de combat est d’ailleurs très différent de celui de Virtua Fighter, qui était celui d’antan et que l’on peut légitimement regretter. Shenmue III n’est cependant pas inintéressant puisqu’il requiert du joueur qu’il entre des commandes plus ou moins complexes pour attaquer. Une jauge de parade permet également de se protéger et il est possible d’inscrire quelques techniques sur la gâchette droite, qui fait office de raccourci.

La barre de vie de Ryo sert également de barre d’endurance : ses points de vie baissent petit à petit au cours de l’exploration. Il suffit de le nourrir pour les faire remonter, ce qui peut sembler contraignant au premier abord. La faim devient moins gênante lorsque le joueur augment son endurance, puisqu’il faudra plus de temps pour qu’elle ne se vide, tout comme les aliments disponibles à l’achat seront de plus en plus nutritifs, à condition d’y mettre le prix. Mine de rien, cela donne de bonnes raisons de s’entraîner quotidiennement et de travailler sans relâche, l’occasion de s’adonner aux nombreux à-côtés que propose le titre.

Globalement, Shenmue III est légèrement plus long que ses prédécesseurs puisqu’il faut compter une bonne trentaine d’heures pour boucler l’aventure une première fois. En plus de la quête principale, YS NET n’a pas lésiné sur les contenus annexes avec énormément de mini-jeux, de combats facultatifs et de quêtes annexes.

On dénombre aussi plusieurs jobs pour rouler sa bosse l’esprit tranquille. Comme dans Shenmue et Shenmue II, l’aventure est balisée par l’argent qu’il faudra rassembler à des moments précis du récit. L’argent se gagne très facilement en étant un minimum malin : pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre la rentabilité de la cueillette d’herbes ! Ryo peut aussi couper du bois et surtout pêcher, une autre manière de mêler détente et chiffre d’affaires. Comment ne pas mentionner le retour du chariot-élévateur, sur le port de Niaowu, qui permet de charger et décharger des marchandises ? Dès lors que Ryo transporte de nouveaux objets (bornes d’arcade, réfrigérateurs, statues), on les retrouve chez les commerçants de la ville, ce qui renforce l’impression que celle-ci évolue en même temps que nous.

Une quête annexe occupera par ailleurs de très nombreuses heures : il s’agit de la recherche de Choubu Chan, une mascotte cachée dans chaque bâtiment de Niaowu. Oui, dans chaque bâtiment. Pour la retrouver, il convient de fouiller chaque recoin de chaque commerce, à la première personne, pour la découvrir : parfois sous la forme d’une sculpture, d’un autocollant, ou d’un aliment qui reprend son design. Cette partie de l’aventure, 100% facultative, permet d’apprécier le travail quasi-maniaque apporté aux lieux que l’on visite dans Shenmue III.

Car techniquement, tout n’est pas à jeter, bien au contraire : certains aspects du développement sont même capables d’impressionner. Au cours de sa création et en raison d’une communication parfois douteuse, les aspects visuels de Shenmue III ont été décriés voire moqués sur Internet. Il faut bien admettre que les animations sont pauvres, il faut aussi reconnaître que des chutes de framerate gâchent un peu l’exploration de Niaowu et même sur PC, en plus d’un clipping qui nous ramène à des années en arrière, comme si Shenmue II se rappelait à notre bon souvenir.

Mais ça n’empêche jamais Shenmue III d’être beau, avec des panoramas que l’on aurait osé imaginer au cours des premières années du développement, embellis par des effets de lumière spectaculaires. Les plus observateurs ne cesseront de s’ébahir devant la folle quantité de détails apportés aux lieux que l’on visite, avec des étagères pleines d’objets différents, des tiroirs que l’on ouvre, souvent en vain, des personnages non-jouables tous modélisés différemment.

En 2019, combien existe-t-il de jeux dans lesquels chaque pièce possède son ambiance musicale, chaque personnage possède une réaction différente à la centaine de questions qu’on lui pose, chaque collectible est entièrement modélisé en 3D ? Il faut se rendre compte de la prouesse que cela représente avec le budget qui était celui d’YS NET et de l’ambition folle de son créateur, qui ne s’est jamais rendu la tâche facile.

De toute manière, les fans vous le diront : « qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse ». Il n’y a pas si longtemps, de nombreux amoureux de Shenmue se seraient contentés d’un PDF racontant les aventures de Ryo. Malheureusement, comme on le savait déjà, Shenmue III ne boucle pas l’histoire et il se termine sur une nouvelle fin ouverte, laissant à nouveaux les fans dans l’expectative.

Cependant, ce troisième épisode répond à de très nombreuses questions et enrichit très largement le lore. Le joueur connait enfin la nature des miroirs et on en apprend beaucoup sur le père de Ryo, disparu et pourtant omniprésent. Surtout, on connaît enfin le lien qui existe entre Ryo et Shenhua qui, pendant tant d’années, ont été séparés par des milliers de kilomètres. Maintenant, qui sait combien de décennies il faudra pour connaître le fin mot de ce périple ? Il n’y a qu’à espérer que Dieu protège Yū. En attendant, Shenmue III devrait de toute façon s’enrichir de plusieurs contenus additionnels.

Pour ceux qui ne connaissent pas Shenmue mais qui brûlent d’envie de découvrir ce troisième épisode, nous ne saurions que trop leur recommander d’essayer le premier Shenmue, disponible dans la compilation Shenmue I & II : il ne suffira que de quelques minutes pour savoir si la saga leur plaira puisqu’ils sont tous les trois faits du même bois. Ce que l’on doit garder en mémoire est que Shenmue III est par définition un jeu qui divise, parce qu’il ne s’adresse qu’à une frange de joueurs. Comme pour Death Stranding sorti ce mois-ci, il faut néanmoins saluer le jusqu’au-boutisme de Yū Suzuki qui impose une vision d’auteur tranchée, au détriment de l’accessibilité et au profit d’une proposition différente et d’une expérience singulière. Et puis Shenmue III existe, rien que cela est une raison de se réjouir pour ceux qui n’ont jamais cessé de croire en lui.

Joueur Citoyenhttps://actua.blog/
On n'a pas la même manette mais on a la même passion

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