jeudi 22 avril 2021
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Test de Root Film : la mort est comme une pellicule, elle se développe dans le noir

Test réalisé à partir d’une version fournie par l’éditeur sur Switch

Développé par Kodakawa Games et édité par PQube
Sorti le 19 mars 2021 et disponible sur PlayStation 4 et Switch

InterfaceAnglais
AudioJaponais
Sous-titresAnglais

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Ces prix ont été actualisés le 22/04/2021 par All4affiliates. Ils sont listés en ordre croissant et hors frais de livraison. Seuls les prix affichés chez les marchands font foi.
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Test de Root Film

Comme les fans de Shenmue qui partent en pèlerinage à Yokosuka, des joueurs de Root Letter visitent la ville de Matsue et ses nombreux trésors culturels. Le culte n’est peut-être pas aussi palpable que pour l’épopée de SEGA, mais suffisamment concret pour que la préfecture de Shimane s’en aperçoive. Comme l’explique Yasuda Yoshimi, « le succès de Root Letter a amené des personnes d’Angleterre, de France, d’Australie et de nombreux autres pays dans la préfecture de Shimane ». Ce flux touristique est d’autant bienvenu qu’il permet la découverte d’une région du Japon loin d’être envisagée comme une destination de rêve, alors même que son importance est capitale dans la mythologie japonaise. Par exemple, le portail entre le monde réel et celui des morts est censé s’y trouver. La préfecture a donc contacté Kadokawa Games pour la production d’un deuxième roman visuel dans la série que l’on appelle désormais Kadokawa Games Mystery : Root Film.

Lire aussi : Test de Root Letter: Last Answer

Root Film n’a que peu de points communs avec Root Letter. Le lieu où se déroule son mystère en est un, tout comme la présence d’une musique d’arrière-plan bien connue des joueurs de Root Letter –oui, la fameuse piste ! On retrouve également Mino Taro pour dessiner les personnages mais Root Film est désormais écrit et réalisé par Hifumi Kōno, notamment célèbre pour Clock Tower. Travailler avec un vétéran n’est que l’un des signes d’une plus grande ambition pour Root Film. Le groupe i☆Ris en est un autre : les six idols ont été choisies pour promouvoir le projet, interpréter le thème principal du jeu et prêter leurs voix à différentes protagonistes. Wataru Komada (Hypnosis Mic: Division Rap Battle, Kyochū Rettō…) incarne quant à lui Yagumo Rinatarō, le personnage principal de Root Film.

On aurait alors pu s’imaginer que, comparé à Root Letter dont les cinq fins altèrent la compréhension que l’on a de l’intrigue, Root Film serait plus riche, plus complexe, plus long aussi puisqu’il affiche un casting plus élaboré. Il n’en est rien : Kadokawa Games signe un jeu plus simple, presque plus modeste par certains aspects, mais également mieux maîtrisé. Root Film n’a finalement plus grand-chose à voir avec Root Letter, si ce n’est la préfecture de Shimane où il se déroule.

Ancrer le récit dans un lieu réel possède un double-intérêt : on l’a dit, cela permet de promouvoir Shimane, qu’il s’agisse de ses nombreux temples mais aussi de son patrimoine immatériel. L’intérêt du point de vue strictement littéraire est d’apporter de la vraisemblance au texte, d’autant qu’il peut être difficile pour le joueur d’accepter le contrat de lecture. Root Film met en scène Yagumo Rinatarō, un jeune réalisateur impliqué dans un « nouveau » projet de série sous la forme d’un thriller. Le pilote a été enregistré il y a dix ans mais le tournage a été interrompu pour des raisons inconnues.

La particularité de la série est de mettre en compétition trois réalisateurs, chaque cinéaste mettant en scène une actrice différente. Yagumo Rinatarō est l’un d’entre eux, tandis que sa petite sœur, elle-même comédienne, fait partie des actrices retenues pour ce projet maudit. Le récit fait alterner des parties où le joueur incarne tour à tour Yagumo et Hiro. À chaque chapitre, sa tragédie : l’entourage des héros est frappé par la mort et, à chaque fois, le joueur doit enquêter pour en déceler les mystères. Ils sont extrêmement réussis grâce à leur part d’imprévisibilité. Mais l’on s’étonne tout de même de voir les protagonistes aussi excellents détectives, meilleurs même que la police locale. Yagumo et Hiro, respectivement réalisateur et actrice en devenir, font preuve d’un flegme exceptionnel pour résoudre ces mystères, dont certains donneraient du fil à retordre à Hercule Poirot lui-même.

Cela étant, il faut admettre que l’écriture de Root Film est largement plus fine que celle de Root Letter. L’intrigue, le développement des personnages et le folklore, qui s’appuie désormais sur une préfecture tout entière et non plus sur une seule ville, sont davantage soignés. Le passage d’une narration à la troisième personne permet enfin d’avoir plus de recul sur les événements. Dans Root Letter, l’identification au protagoniste était de toute façon loin d’être évidente, tant celui-ci se comportait comme un mufle. Au contraire, les personnages de Root Film sont très attachants. Ceux-ci fonctionnent par duos : Yagumo Rinatarō est suivi par Magari Aine, son assistante loquace, tandis que Riho est accompagnée par sa manager. Les couples fonctionnent à merveille et permettent de souffler entre les moments de tension. Root Film bénéficie du savoir-faire typiquement japonais qui fait alterner des séquences dramatiques à des instants plus légers et empreints d’humour.

L’intégralité de la mise en scène a fait l’objet d’un énorme travail. Kadokawa Games ne s’est que très rarement contenté d’un hors-champ pour raconter l’histoire : les illustrations sont nombreuses et les environnements magnifiques. Certains donnent toujours l’impression d’avoir subi un filtre « aquarelle » sur une véritable photo, mais le rendu est vivant et coloré. Les développeurs n’ont pas seulement affiché de portraits au premier plan : les sprites sont directement intégrés au décor et à la bonne échelle. On a parfois le sentiment d’être face à un point and click, à la différence près que Root Film est le plus souvent statique. L’habillage façon thriller, grâce à ses jingles et ses menus stylisés, donne vraiment du cachet à l’ambiance.

D’ailleurs, les menus sont plutôt rares puisque Kadokawa Games a préféré faire la part belle à ses magnifiques panoramas. Root Film se trouve même purgé de nombreux éléments de gameplay et le joueur ne fait que très peu de choix, qui ne feutrent guère l’histoire. Notamment, une carte de la préfecture permet de se déplacer et donne un faux sentiment de liberté. Root Film est en réalité parfaitement linéaire et de nombreux scripts ne se déclenchent qu’à condition de les avoir activés au bon endroit. Il n’est pas rare que le joueur se retrouve à tester tous les dialogues possibles, jusqu’à découvrir par hasard celui qui fait progresser l’histoire. Un élément discutable de Root Film est qu’il faille souvent examiner plusieurs fois un objet, ou discuter plusieurs fois d’affilée avec un même personnage non-jouable, pour que se succèdent différents dialogues. Alors seulement on tombe sur celui qui nous intéresse.

Yagumo et Riho peuvent tous les deux enregistrer des phrases grâce au pouvoir de la synesthésie. Les chapitres sont découpés en différentes parties : des phases d’enquête où l’on recherche ces fameuses phrases-clés, et les interrogatoires où l’on s’en sert pour argumenter. Là encore, Root Film allège son système par rapport à Root Letter avec de simples « questions » où employer les bons indices aux bons moments. Cela permet à une jauge de se remplir et, en cas d’erreur, les conséquences sont epsilonesques puisque l’on revient au début de l’interrogatoire, dans le pire des cas.

Les interrogatoires manquent par ailleurs cruellement de mordant : on les aurait aimés plus palpitants car, en l’occurrence, ils ne durent pas plus de quelques minutes. Sans tomber dans l’excès d’un Ace Attorney où les procès s’étalent sur plusieurs heures, on n’aurait pas été contre sortir de ces séquences sur les rotules. Malgré les drames qui se produisent dans la préfecture de Shimane, on a parfois l’impression que Root Film est un peu trop tendre avec les joueurs, ne serait-ce qu’à cause d’une musique réconfortante qui démarre pour dégoupiller la tension. Qui sait si les développeurs n’ont pas volontairement édulcoré l’intrigue pour que la préfecture ne devienne pas un repoussoir.

Dans la simplicité de son exécution et purgé du gameplay, des choix et d’une grande partie des interactions de Root Letter, Root Film est, à bien des égards, un jeu qui implique davantage le joueur. Les tenants et les aboutissants du mystère du thriller abandonné tiennent en haleine, et les intrigues sont merveilleusement bien construites. On se demande toutefois s’il était bien nécessaire d’insister de la sorte sur la préfecture de Shimane : des tunnels de dialogue expliquent, donnent le contexte, présentent, racontent l’histoire des sites que l’on visite. Un hurluberlu apparaît même parfois pour tester les connaissances du joueur, l’incitant à bien digérer les informations qu’on lui donne. Mais la préfecture de Shimane ne se présente jamais comme un « personnage » : les mystères ne sont pas liés aux divinités que l’on y vénère, à la topographie des lieux ou aux coutumes locales. Les intrigues pourraient presque prendre place n’importe où au Japon sans que ça ne change profondément leur déroulement. Reste que, si l’histoire n’est pas foncièrement enracinée à Shimane, dont le rôle se résume presque à être une authentique carte postale, et malgré l’obscurité de ses événements, Root Film est un thriller étonnamment lumineux et agréable à parcourir. On reconnaît que l’on aimerait volontiers, dans d’autres circonstances bien sûr, se promener sur les magnifiques plages de la préfecture.

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Julien Capronhttps://actua.blog/
On n'a pas la même manette mais on a la même passion

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