Test de Pathologic 2 : l’arbitraire est au moral ce que la peste est au physique

Test réalisé à partir d’une version fournie par tinyBuild sur une PlayStation 4 de première génération

Développé par Ice-Pick Lodge et édité par tinyBuild
Sorti le 23 mai 2019 et disponible sur PlayStation 4, Xbox One et PC

InterfaceAnglais / Russe
AudioAnglais / Russe
Sous-titresAnglais / Russe

D’abord imaginé comme un remake de Pathologic, Pathologic 2 est une réécriture complète du jeu de survie de Ice-Pick Lodge. Au lieu de trois histoires, on n’en vit désormais qu’une : celle de l’haruspice. Ce que Pathologic 2 n’a pas perdu est son extrême impitoyabilité ainsi que la noirceur du monde dans lequel il nous plonge.

On incarne Artemy Burkah, un chirurgien de retour à Town-on-Gorkhon à la demande de son père guérisseur. Dès son arrivée dans l’étrange cité, Artemy est accusé du meurtre de son père Isidor décédé quelques heures plus tôt. En plus de devoir laver les soupçons qui l’entourent, Artemy est confronté à une peste extrêmement meurtrière pour laquelle il doit trouver le remède.

Pathologic 2 se présente comme un petit monde ouvert étalé sur douze jours, douze jours où le joueur doit obtenir le vaccin-miracle pour Town-on-Gorkhon. En tant que chirurgien, on est amené à opérer des patients, à condition d’avoir les outils adéquats, mais aussi à concocter des remèdes à base d’herbes. Seulement, il est impossible de soigner tout le monde et on doit constamment faire des choix.

Toutes les quêtes disponibles sont consignées dans un onglet « Pensées ». Celles-ci ne sont valables qu’une journée et on doit trancher arbitrairement entre celles qu’on décide de poursuivre et celles qu’on abandonne. Le temps imparti est trop court pour toutes les réussir et on n’est que trop souvent témoin malheureux des événements tragiques qui découlent de nos décisions, le lendemain matin, à condition d’avoir survécu à ce monde de fou.

Survivre dans Pathologic 2 est une défi abominable. La difficulté prévue par Ice-Pick Lodge est censée être « presque insupportable » mais de nombreuses options permettant de la régler à la carte ont été implémentées. Ce ne sont pas les combats, ni l’action qui rendent Pathologic 2 si laborieux : c’est son aspect survie intransigeant.

Le joueur doit effectivement gérer sa santé, sa fatigue, sa faim et sa soif. Lorsqu’on prend la mesure des mécaniques de survie, Pathologic 2 complique les choses avec l’eau potable qui se rarifie et l’inflation qui explose en raison de la crise sanitaire, sans compter la jauge d’infection qui apparaît et qu’il faut aussi gérer si jamais on attrape la peste. Mourir n’est pas une fin, le joueur peut « ressusciter » à Town-on-Gorkhon mais avec une pénalité, comme si la vie dans Pathologic 2 n’était pas déjà assez dure.

En contrepartie, Pathologic 2 offre une mise-en-scène inoubliable avec un savoir-faire proprement russe. Le folklore et l’atmosphère de Town-on-Gorkhon donnent l’impression d’évoluer dans un monde intemporel, complètement détaché du monde réel. Le malaise s’installe dans chaque conversation aux portraits inquiétants et dans chaque comportement désinvolte aux événements tragiques qui ont lieu. C’est à se demander si la maladie ne se propage pas davantage dans les têtes que dans les corps.

Les joueurs capables de passer outre un volet technique modeste résultant d’un maigre budget, ceux capables d’accepter la difficulté impardonnable non pas comme un défi mais comme vecteur narratif et ceux qui donneront aux enfants de Pathologic 2 l’importance qui leur est due pourraient bien vivre l’une des expériences de survie les plus stupéfiantes jamais contées dans un jeu vidéo. L’investissement peut sembler coûteux mais c’est le minimum que l’on puisse offrir à ce chef-d’œuvre rarement reconnu à sa juste valeur.

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