Test réalisé à partir d’une version fournie par PQube sur une Switch de première génération
Développé par Appnormals Team et édité par PQube
Sorti le 16 mai 2018 et disponible sur PS Vita, PlayStation 4, Xbox One, Switch et PC
Le jeu vidéo ne manque pas d’expériences cathartiques abordant la question des affections mentales. Mais de multiples sorties comme The Cat Lady ou STAY montrent progressivement que ce sujet n’est plus seulement un paramètre de jeu : il peut aussi devenir le message central de l’œuvre. S’il n’a pas les moyens ni l’ampleur d’un Hellblade: Senua’s Sacrifice, STAY puise ses ressources ailleurs pour traiter habilement de la question de la dépression selon un angle différent : la lutte contre l’isolement.

Le jeu nous immisce dans la vie de Quinn, un jeune psychothérapeute esseulé et atteint de dépression, faisant face lors d’une nuit d’insomnie à un enlèvement brutal par une silhouette cagoulée. Il se réveille dans une salle fermée dans le noir complet avec, pour seule compagnie, un ordinateur. Ou plutôt : le joueur qui se trouve de l’autre côté de l’écran. Une collaboration est alors nécessaire entre les deux alliés de fortune dans une course pour la survie qui lèvera dans le même temps le voile sur un passé douloureux.
STAY vous place donc dans la peau de l’ange gardien du protagoniste. Le jeu se partage entre séances de discussion, conduisant à des choix qui influent sur les différentes fins, et des phases de puzzle où les interactions avec le décor vous mèneront progressivement vers la sortie. La parfaite synthèse d’un visual novel et d’un escape game, au détail près que chaque décision peut avoir une conséquence funeste.

Cette expérience à la fois sensible et brutale traite frontalement des questions de la solitude et des troubles mentaux, et il est important d’en être informé avant d’envisager de lancer une partie. La question du lien est centrale : Quinn prend rarement une décision sans vous consulter, et chaque minute passée hors du jeu impacte directement son état mental ainsi que les dialogues. Des statistiques permettent d’évaluer votre niveau d’amitié ainsi que sa condition actuelle (mélancolie, colère…). Ces paramètres influent directement sur les différentes fins proposées.
Les énigmes consistent principalement à agir sur des objets du décor. Recomposer des assiettes cassées, replacer des livres selon un ordre logique, les situations sont classiques mais diversifiées. Il faut toutefois composer avec des mécaniques de jeu très complexes et sans aucune forme d’explication. La progression s’en trouve artificiellement ralentie, d’autant plus lorsque l’on joue à la manette. L’ajout d’un système d’indices aurait été opportun. Reste que ces énigmes permettent de rompre avec les longues phases de lecture et apportent de l’implication dans l’exploration, puisque l’on ne contrôle jamais directement Quinn par ailleurs.

Le jeu reste simple sur le plan technique, mais la direction artistique fonctionne parfaitement. Le recours au pixel art ne limite pas l’immersion, car le jeu fourmille d’animations et de petits détails : mimiques de visage, temps d’écriture au clavier, fautes de frappe qu’il corrige, etc. De jolies illustrations permettent d’apprécier les décors à l’entrée dans une nouvelle salle. La musique, composée de nappes de synthétiseurs discrètes et mystérieuses, sait s’effacer pour mettre en valeur les sons environnant.
On se surprend à ressentir une pointe de culpabilité à laisser seul notre compagnon d’infortune, qui s’avère être tour à tour drôle et agaçant, sans jamais cesser d’être attachant. Les 24 chapitres qui découpent le jeu passent à grande vitesse. Si des énigmes retorses ne vous font pas peur et que vous avez le cœur bien accroché, nul doute que vous saurez apprécier la compagnie de Quinn. Dans tous les cas, lui vous attend désespérément.





