Critique de Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City réalisée le 20 novembre 2021 à partir d’une diffusion en avant-première. Dernière mise à jour de l’article le 26 mars 2023.
- Horreur
- Produit par Constantin Film, Screen Gems, Davis Films, The Fyzz Facility et The Tea Shop and Film Company | Réalisé par Johannes Roberts
- Interprété par Robbie Amell, Hannah John-Kamen, Kaya Scodelario, Avan Jogia, Tom Hopper
- Sorti le 24 novembre 2021
- Interdit aux moins de 12 ans
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Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City est la nouvelle adaptation de Resident Evil au cinéma. Après la série de six films de Paul W. S. Anderson, Johannes Roberts opère un véritable reboot, sans l’emblématique Milla Jovovich. Pour débuter ce nouveau cycle, le réalisateur britannique conçoit un long-métrage étonnamment fidèle. Malgré une réalisation au budget modeste parfois, les fans des jeux d’horreur peuvent se réjouir : l’adaptation n’a rien à envier au très apprécié Silent Hill de Christophe Gans dans le même registre.
Critique de Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City
Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City couvre les événements de Resident Evil et Resident Evil 2. Grâce à une pirouette scénaristique, ceux-ci se déroulent au cours de la même nuit. D’un côté, Chris Redfield, Jill Valentine et compagnie sont dépêchés au manoir Spencer. De l’autre, Leon S. Kennedy et Claire Redfield tentent de s’échapper de Raccoon City avant un bombardement censé raser la ville à six heures du matin. Tout le film est d’ailleurs construit comme une course contre la montre jusqu’à trouver une échappatoire.
On retrouve les moments-clés de la saga mais le grand absent est évidemment Resident Evil 3: Nemesis. C’est-à-dire que le film ne dure que 107 minutes. Il aurait été difficile d’ajouter des intrigues sans coupe supplémentaire dans l’histoire de Resident Evil. Les événements des jeux sont déjà très condensés et certains personnages manquent un peu d’exposition. On pense à Leon qui n’est ici relégué qu’à son statut de bleusaille. Il ne brille jamais jusqu’au combat final.
S’agit-il d’une adaptation fidèle ?
Pour Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City, la fidélité est de mise. Qu’il s’agisse de l’histoire, des personnages, de l’univers ou de l’esthétique, les connoisseurs sont en terrain connu. Certes, le casting ne colle pas toujours au chara design de Capcom, qui a d’ailleurs tendance à changer entre chaque épisode. Mais on peine ici à reconnaître Jill et Leon notamment. Le bestiaire est cependant identique à celui du jeu avec l’apparition du Cerbère ou des Lickers. Le manoir Spencer et le commissariat de police de Raccoon City sont parfaitement retranscrits aussi. Ils sont d’ailleurs mis en valeur par des plans généraux à leur honneur.
Tout au long du film surtout, de nombreux clins d’œil sont destinés aux fans de la série de jeux. La scène du premier zombie dégustant un membre de l’escouade Bravo est notamment présente. Quelques célèbres énigmes sont aussi de la partie, dont celle du Sonate au Clair de lune de Beethoven. On n’en dévoile pas davantage pour ne rien divulgâcher, mais on a véritablement l’impression que le film est réalisé par un fan. Les œuvres d’origine servent ici largement de fondations et Resident Evil n’est pas qu’un nom d’emprunt.
Quelles libertés ont pris les réalisateurs ?
Pour les besoins de l’adaptation, quelques aménagements ont été réalisés. Le lore a notamment été densifié avec l’enfance de Claire et Chris Redfield. Le film s’ouvre sur leur passé à l’orphelinat d’Umbrella Corporation, car l’entreprise pharmaceutique s’occupe ici d’enfants esseulés. En réalité, cela n’a que peu d’incidence sur la trame, si ce n’est expliquer l’attachement de Chris à Raccoon City, décrite ici comme une bourgade qu’il est préférable de ne pas fréquenter. De nombreuses scènes enfin sont volontairement omises. On a donc l’impression que Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City défile à toute vitesse. On peut regretter l’absence de certains passages iconiques, mais le rythme du film s’en trouve bonifié.
Un changement plus profond toutefois est celui du traitement de la peur. Les premiers Resident Evil font la part belle à la panique. On pense au Cerbère qui traverse la vitre du manoir dans le premier épisode. Le deuxième n’est pas en reste avec ses hordes de zombie qui grouillent dans les rues enflammées. On ne retrouve que très partiellement ce sentiment, au profit d’une peur plus insidieuse dans la veine de Silent Hill. Il n’est pas rare que le danger se tapisse plutôt dans l’ombre ou dans les reflets plutôt qu’hors-champ. Quelques personnages secondaires renforcent ce sentiment, à cause de leur aspect extrêmement dérangeant.
La réalisation est-elle à la hauteur de Resident Evil ?
Avec Resident Evil, qu’il s’agisse du tout premier ou du récent Resident Evil Village, on est habitué à une réalisation AAA. Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City n’a quant à lui rien d’un blockbuster et les réalisateurs peinent parfois à maquiller les limites du budget. Quelques plans en image de synthèse manquent cruellement de réalisme, la modélisation de William Birkin agit même comme un élément de distanciation. De nombreux affrontements ont en plus lieu dans le noir le plus total. Bien sûr, l’obscurité contribue à l’ambiance mais ressemble ici trop souvent à une solution de facilité.
Le casting, quant à lui, n’est pas composé de Galactiques non plus. Le jeu d’acteur est ce qu’il est, mais on peut aussi considérer ces choix comme un mal pour un bien. Les six premiers films de 2002 à 2016 avaient tendance à reposer sur leur star : Milla Jovovich. Le récit des jeux d’origine s’en trouvait défiguré. On retrouve ici Resident Evil et son ambiance particulière. Et si la réalisation visuelle n’est pas à la hauteur de la série mythique de Capcom, la bande-son est une réussite totale. Les musiques sont composées par Mark Korven et sont aussi fascinantes qu’inquiétantes. La mélodie principale, qui sert de fil conducteur, semble directement issue des jeux vidéo avec ses plages vocales aux aspérités gothiques.
Peut-on apprécier le film sans avoir joué aux jeux ?
Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City aura peut-être plus de mal à séduire un public de non-initiés que les films de Paul W. S. Anderson. Vingt-cinq ans après la sortie du premier survival horror, on a enfin l’impression qu’un réalisateur a su capter ce qui faisait le charme de Resident Evil, jusqu’à l’illusion d’être devant un film de série B. Voilà qui tombe bien puisque c’est exactement ce qu’est ce long-métrage. Il n’est pas le premier à s’adresser aux fans avant tout puisque les films en image de synthèse sont aussi voués à alimenter la passion des fans : Resident Evil: Degeneration, Damnation puis Vendetta. Mais comme la série Resident Evil: Infinite Darkness récemment diffusée sur Netflix, ils servent surtout à prolonger le lore des jeux.
Ce nouveau film Resident Evil prend la forme d’une réécriture et permet de découvrir son univers, y compris pour un public ne s’intéressant pas aux jeux vidéo. Néanmoins, les spectateurs n’étant pas déjà acquis à la cause auront certainement plus de difficulté à l’apprécier. Si l’on occulte qu’il est l’adaptation d’un célèbre survival horror, Resident Evil : Bienvenue à Raccoon City n’est rien de plus qu’un film d’horreur sans grande originalité. Son budget limite d’ailleurs souvent la peur, même s’il contribue aussi à ses charmes.




