mardi 22 septembre 2020
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Transidentité : qui sont les personnages transgenres du jeu vidéo ?

En jeu vidéo, la transidentité existe et les exemples ne manquent pas, bien qu’elle soit largement moins représentée qu’au cinéma ou en littérature. Cette différence dans la représentativité et dans le traitement vient peut-être du fait que, comme on l’écrivait dans notre test de Coffee Talk, les jeux ont tendance à dépeindre de grandes fresques aux dépends des questions fondamentales de l’existence.

Les actes héroïques de nos avatars pour sauver le monde voire l’humanité laissent peu de place à l’introspection et encore moins aux questionnements du genre. On peut tout de même dresser une galerie de personnages qui se situent « quelque part » sur le large spectre de la transidentité. Le plus célèbre d’entre eux, bien qu’il ne soit pas le premier, n’est autre que Cloud dans Final Fantasy VII qui se travestit pour infiltrer la Ruche. Car pour que la transidentité existe, il y a longtemps eu besoin d’une justification, légitimant l’acte du travestissement ou le changement de sexe.

Un célèbre exemple est celui de Bridget dans Guilty Gear XX qui, malgré son prénom et son apparence, est masculin. Il est né dans un village de l’Angleterre où la naissance de deux jumeaux du même sexe est considéré comme un très mauvais présage. Pour éviter qu’il ne soit sacrifié, ses parents l’ont tout simplement fait passer pour une petite fille. Autrement dit, Bridget subit sa transidentité.

Des travesties choisissent également de vivre en homme pour rester libres ou pour échapper à une menace, comme Faris de Final Fantasy V qui se fait passer pour un pirate ou la Princesse Zelda, sous l’apparence de Sheik, qui tente d’échapper aux griffes de Ganondorf dans Ocarina of Time.

L’autre ressort de la transidentité en jeu vidéo est l’effet comique que certaines séquences provoquent. Dragon Quest grouille ces hommes qui rêvent de devenir des soubrettes (Dragon Quest VI) ou qui proposent un paf-paf au héros avant que l’on ne devine leur sexe (Dragon Quest XI). Dans Yakuza 6: The Song of Life, Kiryu glisse des mots doux à un travesti pour s’entraîner à l’exercice de la drague urbaine, ce qui ne manque pas de faire sourire quand on connaît l’auto-dérision du RGG Studio.

Même chez Nintendo, ce vieux ressort de l’humour potache existe chez Birdo (Catherine au Japon). Le sexe et le genre de cette étrange créature, apparue la première fois dans Yume Kōjō: Doki Doki Panic (puis Super Mario Bros. 2), se sont toujours ponctués d’un point d’interrogation. Une ligne du manuel d’utilisation de la version NES du jeu décrit : « Birdo est un garçon qui se prend pour une fille, et qui préfère qu’on l’appelle Birdetta ». En 2008, Captain Rainbow tranche en expliquant que Birdo est en réalité une femme biologique. Peut-être que depuis lors, Nintendo considère ce genre d’humour non-adapté à son très grand public.

Ce changement de discours s’est aussi ressenti dans la très récente bande-annonce de Final Fantasy VII Remake. Pendant que Cloud se prépare pour piéger Don Cornéo, un autre personnage de la Ruche évoque la question du genre : « la véritable beauté vient du fond du cœur. Écoute Cloud, être un homme ou une femme n’a aucune importance ». De l’eau a coulé sous les ponts depuis 1997 et ce qui pouvait alors être sujet au badinage est peut-être depuis devenu une vraie question de société.

Consulter la bande-annonce de Final Fantasy VII Remake >

C’est-à-dire que dans les années 90, on ne prenait pas tant de pincettes pour traiter de la transidentité et, dans le cas qui nous intéresse particulièrement ici, de la transsexualité. Quand Final Fight est sorti aux États-Unis, Nintendo s’est ému des personnages de Poison et Roxy, considérant qu’il n’était pas convenable de combattre et frapper une femme. Capcom USA a alors décrété qu’il s’agissait de transsexuelles et non pas de femmes biologiques, s’imaginant qu’il était davantage convenable de frapper une femme trans. La pirouette transphobe n’a cependant pas convaincu Nintendo puisque Poison et Roxy ont été toutes deux remplacées par des punks : Billy et Sid.

Trente ans plus tard, de nombreux personnages transgenres peuplent les mondes virtuels du jeu vidéo avec une différence de taille : il est de plus en plus rare que la transidentité s’accompagne d’une raison pour la justifier. Dans Catherine, Erica (la serveuse du Stray Sheep) est par exemple passée par une transition. AI: The Somnium Files et Persona 5 abritent tous les deux une Mama très spéciale dans un bar de nuit. Mais ces exemples ont un point commun : ils donnent vie à des personnages « T » uniquement dans un cadre festif vraisemblablement réservé aux adultes.

Il existe tout de même quelques personnages au genre fluide qui s’inscrivent dans le quotidien. Le premier est particulièrement paradoxal puisqu’il s’agit de Elihal dans The Witcher III: Wild Hunt de CD Projekt RED, qui s’était fait remarquer par des tweets jugés transphobes en 2018. Ce tailleur elfe possède un passe-temps très spécial puisqu’il aime incarner un personnage d’un autre sexe, d’une autre race et d’un autre statut social. L’emploi du terme « personnage » n’est, par ailleurs, pas anodin puisqu’Elihal se distingue lui-même de son avatar féminin. Il n’existe aucune justification à son hobby ; il aime tout simplement se travestir comme il aime jouer au gwynt.

L’autre personnage qu’on souhaite évoquer n’est autre que Mocchi dans le visual novel de Kemco : Raging Loop. Quel drôle d’oiseau que ce Mocchi ! Habitant dans le village abandonné de Yasumizu, il préfère s’habiller en robe plutôt qu’avec des effets masculins, ce qui a le don d’agacer les anciens du village. Mocchi est d’ailleurs un personnage très difficile à lire et qui devient un adversaire terrible dans le cadre de la Fête de la Purge Yumi. Sa sensibilité et sa compréhension des sentiments d’autrui en font l’un des personnages les plus intéressants de l’intrigue, qu’il porte son uniforme du lycée ou sa jolie robe rouge.

Lire le test de Raging Loop >

Cependant, si les personnages transgenres sont nombreux, et on est loin d’en avoir recensé les centaines qui existent, il n’existe pour ainsi dire que très peu de titres qui s’appuient sur la transidentité pour construire un arc narratif… Et encore moins une boucle de gameplay. À ce titre, Bokuhime Project qui doit sortir le 23 avril de cette année sonne comme une petite révolution dans le sens où le travestissement est pour la première fois au cœur de l’expérience.

Bokuhime Project mettra en scène un personnage masculin intégrant une école de jeunes femmes. Il devra se montrer le plus féminin possible pour ne pas être remarqué par les jeunes femmes du lycée. Nippon Ichi promet une aventure qui ne comportera aucun contenu adulte, prouvant sa volonté de désérotiser la pensée trans.

En savoir plus sur Bokuhime Project >

On reste cependant très réticent sur la dimension sexiste des activités permettant à notre héroïne d’augmenter son passing. Mais ne soyons pas plus royaliste que le Roi : un jeu entièrement consacré au travestissement est en lui-même déjà trop rare pour préjuger du discours du titre. Peut-être permettra-t-il à quelques-uns de ses joueurs de s’éveiller à la transidentité et de se découvrir, qui sait ?

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