Test de « Kena: Bridge of Spirits » sur Steam Deck et PC. Pour sa première production, Ember Lab réalise un jeu d’aventure enchanteur mais académique

Test de Kena: Bridge of Spirits réalisé sur Steam Deck et PC à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Propulsé sur le devant de la scène grâce à son court-métrage en hommage à The Legend of Zelda: Majora’s Mask, le premier jeu d’Ember Lab était particulièrement scruté. Mike et Josh Grier sont capables de réaliser des merveilles dans le domaine de l’animation, mais sont-ils aussi compétents pour créer un jeu complet ? Kena: The Bridge of Spirits prouve l’étendu de leur savoir-faire en game design, parfois académique certes, mais extrêmement prometteur pour l’avenir du studio.

Test de Kena: Bridge of Spirits

Dans Kena: Bridge of Spirits, le joueur incarne Kena, jeune guide des esprits qui aide les âmes tourmentées à trouver le repos. Son voyage l’amène jusqu’à un village corrompu et abandonné où des âmes tourmentées l’empêchent de progresser vers le temple de la montagne sacrée, sa destination finale. Mais dans sa quête, Kena n’est pas seule. Elle est aidée par de petites créatures sylvestres, aussi mignonnes que puissantes : les Rot.

Quel genre de jeu d’aventure est Kena: Bridge of Spirits ?

Parfois comparé à StarFox Adventures, à cause du bâton sans doute, Kena: Bridge of Spirits prend la forme d’un jeu d’action/aventure finalement classique, voire linéaire. On ne s’écarte que très rarement de la ligne jaune, même si les collectables nous encouragent à revenir sur nos pas avec de nouvelles compétences, pour trouver des objets laissés en chemin. Mais le level design ne permet pas de se perdre dans l’environnement car il se révèle assez pauvre. Par exemple, on ne peut s’agripper qu’aux plateformes marquées d’une ligne blanche, tout comme on ne peut pas marcher sur certaines pentes pourtant douces.

Les situations sont variées malgré tout, avec une alternance de combats, d’énigmes et de plateformes. En général, les mécaniques tournent autour des capacités les plus récentes qu’obtient Kena pour mieux les assimiler. À ce propos, le move pool s’élargit tout au long de l’aventure et les contrôles peuvent parfois prêter à confusion, mais quelques aides sont bienvenues comme le ralenti lorsque l’on vise à l’arc.

Kena peut aussi contrôler les fameux Rot et leur donner des ordres très simples. On est loin de pouvoir réaliser autant d’actions qu’avec les Pikmin, mais il est possible de déplacer des objets ou de les transformer en créature aquatique pour les besoins de l’exploration. Leurs capacités augmentent avec leur nombre et il revient au joueur d’en débusquer jusqu’à cent. Il est d’ailleurs possible de les personnaliser avec une multitude de chapeaux. Leur rôle est aussi et surtout de purifier les zones corrompues après les avoir vidées de tous leurs ennemis.

Les combats sont-ils aussi enchanteurs que l’univers ?

Les Rot servent aussi à désorienter les ennemis ou à regagner des points de vie. Et leur aide n’est pas un luxe tant les combats s’avèrent difficiles. On est toujours surpris par la brutalité des boss car ils ponctuent généralement des séquences somme toute accessibles. On peut y voir un sérieux manque d’équilibrage, accentué par une fenêtre de parry minuscule voire ridicule, un input lag franchement désagréable et un manque de visibilité parfois.

Pire encore, ces combats manquent souvent de variété. Kena dispose de tout un arsenal mais il s’agit la plupart du temps d’occuper son adversaire avec les Rot, toucher un point faible à l’arc et l’enchaîner sans être trop gourmand. Les combats sont quelques fois comparés à Dark Souls, mais ils n’en ont pas vraiment la profondeur, notamment parce que l’enchaînement d’attaques faibles et lourdes n’est pas toujours naturel.

Enfin, le ressenti des combats est rendu plus pénible qu’il ne devrait l’être à cause de points de contrôle éloignés. En cas de défaite, il n’est pas rare de devoir subir trente à soixante secondes pour revenir à l’endroit du duel. Fort heureusement, la difficulté est paramétrable avec cinq degrés différents. Mais même en mode histoire, le plus faible de tous, un joueur occasionnel peut se retrouver au pied du mur. Kena: The Bridge of Spirits est pourtant présenté comme une aventure narrative par Ember Lab.

La direction artistique est-elle à la hauteur de la réputation d’Ember Lab ?

Les scènes cinématiques et les dialogues sont d’ailleurs nombreux pour donner vie à l’univers. La direction artistique est extrêmement soignée, avec des personnages expressifs dont le chara-design rappelle vaguement les films de Pixar. Mais derrière les grands yeux et les visages de poupons se cache une palette d’émotions étonnamment large. Même les Rot transmettent énormément en un sourire ou un regard.

L’ambiance sylvestre est également une grande réussite. Les environnements que l’on traverse paraissent vivants parce que les Rot nous suivent partout et se téléportent tout autour de Kena. Ici, ils se posent sur un menhir. Les voilà assis sur une branche. Quand l’héroïne médite en tailleur, ils font la ronde autour d’elle ou s’installent sur sa tête. Notre seul regret vient du manque de variété dans les décors, car Kena: Bridge of Spirits ne présente, pour ainsi dire, qu’un seul et unique biome.

Mais on s’y attache forcément, d’autant plus quand on nettoie la corruption présente autour d’un lac ou dans un bosquet. À la manière des Schtroumpfs – Mission Malfeuille, les ténèbres disparaissent et laissent leur place à une nature verdoyante et colorée. On reconnaît une immense satisfaction à purifier la carte au fur et à mesure, puis à immortaliser son labeur avec le mode photo très à propos.

Kena: Bridge of Spirits est-il bien adapté au Steam Deck ?

À l’occasion de son anniversaire, Kena: Bridge of Spirits est sorti sur Steam. On l’a donc testé sur PC ainsi que sur Deck. On s’est d’ailleurs étonné de la gourmandise du titre. Certes, le jeu d’aventure est magnifique et les forêts que l’on traverse sont luxuriantes, mais il a parfois du mal à tenir les soixante FPS en 4K. On obtient des performances plus stables en 1440p et en ne poussant pas toutes les options graphiques au maximum, sur une GeForce RTX 2070.

Sur Steam Deck, on descend bien évidemment à trente FPS. Même en 800p, il est difficile de les dépasser tant les environnements sont riches. De plus, on perd énormément en qualité des ombres et des éclairages et l’esthétique enchanteresse est hélas dégradée. Mais le Deck ne souffle pas outre mesure et la prise en main est satisfaisante. On aurait apprécié qu’Ember Lab intègre les commandes gyroscopiques pour viser à l’arc, mais elles ne sont pas configurées par défaut. Kena: Bridge of Spirits est cependant parfaitement jouable dans ces conditions, les seules qui permettent d’en profiter en nomade.

Captures d’écran © Ember Lab

Notre avis | 7

Si Kena: Bridge of Spirits est un examen des compétences d’Ember Lab, le studio des frères Grier le relève haut la main. Le jeu d’aventure n’est peut-être pas un coup de maître, il s’agit après tout de leur première production, mais elle prouve une sensibilité déjà aigüe au game design. On regrette notamment la linéarité de l’exploration, parfois trop académique. On remarque aussi le manque d’équilibrage dans les combats qui sont frustrants pour de mauvaises raisons. Mais on doit bien admettre que l’univers de Kena: Bridge of Spirits est enchanteur. Les personnages et les Rot sont bien sûr attachants, mais on souhaite surtout rendre hommage à la direction artistique. On scrutera désormais le prochain titre d’Ember Lab avec plus d’impatience que de curiosité.

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