Test d’« Alone in the Dark » sur Xbox Series X. Dans la limite de ses capacités, Pieces Interactive réinvente le mythe de Frédérick Raynal

Le 19 septembre 2018, THQ Nordic faisait l'acquisition de la licence, cédée par Atari SA (ex-Infogrammes).

Test d’Alone in the Dark réalisé sur Xbox Series X à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Le 20 mars 2024, Alone in the Dark sortira sur PlayStation 5, Xbox Series X et PC à partir de 59,99 €, en éditions physiques et numériques. Développé par Pieces Interactive (Magicka 2) sous la houlette de THQ Nordic, détenteur de la marque depuis 2018, ce nouvel épisode revisite le survival horror fondateur, réalisé par Frédérick Raynal en 1992.

Test d’Alone in the Dark sur Xbox Series X

On connaît l’influence d’Alone in the Dark dans le succès de Resident Evil, sans qui le survival horror de Capcom « serait probablement devenu un jeu de tir en vue subjective », estimait Shinji Mikami lors d’un entretien conduit par Le Monde le 14 octobre 2014. Aujourd’hui, le transfert d’idées fait le chemin inverse puisque, pour réinventer le mythe du manoir Derceto, les développeurs s’inspirent principalement du remake de Resident Evil 2.

Mais avant de moderniser le gameplay qui avait grand besoin d’un dépoussiérage, Mikael Hedberg (Amnesia: The Dark Descent, SOMA) a d’abord densifié le scénario somme toute très sommaire du jeu d’origine, jadis puisant dans le mythe de Cthulhu. Dans la Louisiane des années 1920, Emily Hartwood et Edward Carnby, détective privé, enquêtent au manoir Derceto, foyer pour les personnes présentant des troubles psychiques. Ils suivent la trace de Jeremy Hartwood, l’oncle d’Emily. Son dernier courrier avant de disparaître, envoyé à sa nièce, laisse entendre qu’il est poursuivi par l’énigmatique Homme ténébreux.

Un thriller psychologique

Loin de l’ambiance « spooky » que présentait le jeu d’origine, ce nouvel Alone in the Dark prend la forme d’un thriller psychologique, teinté de roman noir, se déroulant entre le manoir Derceto et la psyché de Jeremy Hartwood. La présence d’un « monde alternatif » rappelle évidemment le survival horror de Konami, et plus particulièrement Silent Hill: Shattered Memories auquel il emprunte partiellement, mettant en scène des personnages particulièrement détachés des terribles événements qui s’apprêtent à se produire.

L’expérience est donc très différente du chef-d’œuvre de Frédérick Raynal, que cette nouvelle interprétation ne remplace et n’annule pas. On n’est jamais « seul », pas toujours dans le « noir » et le manoir Derceto, alors considéré comme un personnage, ne forme désormais plus un espace diégétique compact. On retrouve des personnages, des lieux, des thèmes et de nombreux clins d’œil issus de la trilogie d’origine, mais il n’est absolument pas nécessaire de la connaître pour pratiquer ce nouvel épisode.

En revanche, on conseille d’explorer l’histoire avec les deux personnages, à raison de sept heures environ par partie, pour pleinement l’apprécier. D’abord très confus, le scénario se décante avec les révélations finales. Une deuxième sauvegarde, avec l’autre personnage, permet non seulement d’apprécier les scènes introductives sous un nouvel angle, mais aussi de découvrir toutes les facettes d’une enquête complexe. Il revient en fin de compte au joueur de recoller les morceaux.

Dans la veine de Resident Evil 2

La progression d’Alone in the Dark est distinctement scindée en deux parties qui alternent. La première se déroule dans le monde réel, au manoir Derceto, que l’on explore en résolvant divers puzzles. On ouvre de nouvelles salles grâce aux outils et aux clés que l’utilisateur acquiert, parfois dans le monde alternatif qui fait office de goulot d’étranglement. La modernité du gameplay se manifeste notamment par le système de carte de Resident Evil 2. Les pièces passent du rouge au bleu, selon qu’il reste des énigmes à résoudre, ou des collectables à dénicher. Par ailleurs, les vétérans peuvent opter, s’ils le souhaitent, pour un mode classique qui limite les guides et les indices.

La seconde prend place dans le monde alternatif, dans des environnements variés, présentant des niveaux linéaires grouillant de créatures cosmiques. L’action suit aussi le modèle implacable qu’est Resident Evil 2 avec sa caméra derrière l’épaule, son esquive, ses raccourcis sur la croix directionnelle… Les sensations ne sont bien sûr pas aussi convaincantes, mais on apprécie la diversité des approches. On pense aux bouteilles dans les décors pour détourner l’attention des monstres et éviter la confrontation. D’autres objets, hautement inflammables, donnent l’occasion de se défaire d’un groupe efficacement.

Quoi qu’il en soit, Emily Hartwood et Edward Carnby présentent le même gameplay. Mais au contraire de Resident Evil 2, leurs cheminements diffèrent plus nettement avec des niveaux exclusifs et des cinématiques propres à chacun. L’accessibilité est enfin assurée par une difficulté paramétrable, une sauvegarde automatique et une version française, à activer dans les options au préalable.

Une immersion mise à mal par l’aspect technique

Malgré tout, Alone in the Dark souffre, à ce jour, de nombreux problèmes d’ordre technique. Éviter Alan Wake II n’était probablement pas la seule raison de ses multiples reports. Pour que l’ambiance d’un survival horror s’avère immersive, la réalisation doit être irréprochable. En l’occurrence, de nombreux bugs agissent comme des éléments de distanciation. Textures qui disparaissent trop subitement en sortant du champ de vision, cadavres ennemis qui traversent les décors, coups de feu qui retentissent plusieurs secondes après avoir pressé la gâchette… Alone in the Dark ne nous épargne rien. On a aussi eu droit à deux plantages et une traversée du plafond faisant disparaître notre détective dans les profondeurs cosmiques, à tout jamais.

Divers correctifs ne régleront malheureusement pas tous les problèmes. La mise en scène souffre aussi d’un manque de soin, notamment concernant les animations des personnages, absentes de la plupart des actions. On ne voit jamais les protagonistes ouvrir un coffre ou actionner un levier, qui se meuvent par enchantement. Les scènes cinématiques sont également impactées, avec un manque de naturel manifeste lors des interactions entre personnages. On le regrette d’autant plus que Jodie Comer et David Harbour donnent vie à Emily Hartwood et Edward Carnby.

On le comprend dans la mesure où Pieces Interactive, composé d’une quarantaine d’employés, ne possède pas un effectif aussi important que les studios démesurés auxquels nous a habitués l’industrie, ces dernières années. Mais que l’on ne s’y trompe pas. Ce retour d’Alone in the Dark est infiniment plus satisfaisant que les derniers épisodes imaginés par Atari SA, et plus particulièrement Alone in the Dark: Illumination. Mais on espérait aussi un retour au tout premier plan d’un titre qui a, en son temps, révolutionné le jeu vidéo.

Notre avis | 6

Avec ce nouvel Alone in the Dark, Pieces Interactive revisite, réinvente et modernise un mythe du survival horror. On ne retrouve pas exactement l’expérience de 1992, mais cette nouvelle interprétation se distingue par son scénario qui la rapproche du thriller psychologique. Le studio a aussi fait le bon choix en s’inspirant du gameplay de Resident Evil 2, mètre-étalon du genre depuis 2019. De nombreux problèmes techniques empêchent une immersion complète hélas, qu’il s’agisse de bugs ou de faiblesses dans la mise en scène. On se réjouit malgré tout du retour convaincant d’une série historique qui s’est, petit à petit, enfoncée dans les ténèbres de l’anonymat. Pourvu que THQ Nordic donne suite à cet épisode de la réconciliation.

On aime

  • Le scénario digne d’un thriller psychologique
  • Les emprunts à Resident Evil 2
  • Les différences entre les deux personnages

On n’aime pas

  • Des bugs critiques
  • La faiblesse de la mise en scène
  • Finalement assez éloigné du jeu d’origine

Merci d’avoir lu notre test d’Alone in the Dark sur Xbox Series X.

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