Test réalisé à partir d’une version fournie par l’éditeur sur PC (Ryzen 7 3700X, 32 Go de RAM, GeForce RTX 2070 8 Go)
Développé et édité par Clockwork Bird
Sorti le 20 avril 2021 et disponible sur PC
| Interface | Anglais |
| Audio | |
| Sous-titres | Anglais |
Quiconque a lu Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? est familier avec le test de Voight-Kampff. En sondant l’absence de sentiments de ses sujets, Rick Deckard parvient à débusquer les androïdes rebelles. Dans Silicon Dreams, le joueur mène aussi des interrogatoires pour déceler les déviants. Mais le titre de Clockwork Bird n’est pas qu’un simple jeu d’enquête : du choix des joueurs dépend le sort entier de la cybernétique.
Une particularité de Silicon Dreams est d’incarner soi-même un androïde de la société Kronos. Chacun possède un rôle et celui du joueur est d’interroger ses semblables. En s’appuyant sur l’empathie, le joueur doit déterminer les déviants, devenus défectueux – ou rebelles ! – avec le temps. Mais tandis que le joueur reçoit ses congénères, et des humains parfois, le soulèvement des machines s’amorce en trame de fond.
Dans ses mécaniques, Silicon Dreams rappelle Papers, Please puisque le joueur décide du sort des différents personnages. Après des discussions qui durent entre vingt et trente minutes, on choisit de relâcher l’androïde, le réinitialiser ou le détruire tout simplement. Selon ses résultats, le joueur gravit les échelons de Kronos ou, au contraire, il finit lui-même dans le fauteuil des accusés.
Pour obtenir des réponses, il faut poser de nombreuses questions avec la tonalité adéquate et en fonction des dispositions du vis-à-vis. Les androïdes possèdent des sentiments artificiels et certaines questions favorisent la joie, la peur, le dégoût etc. Pour déverrouiller certains arcs, il faut suffisamment cuisiner l’androïde en augmentant telle ou telle statistique. En n’étant pas pragmatique, on peut parfaitement rater des pans de discussion.
Silicon Dreams propose de multiples fins en fonction de nos actions. Un run étant assez court (entre trois et quatre heures environ), il n’est pas trop handicapant de recommencer une partie. On aurait toutefois aimé disposer d’un organigramme ou de la possibilité de sauter certains tunnels de dialogues pour tenter de nouveaux choix. D’ailleurs, Clockwork Bird est intransigeant à ce sujet : une fois au bout de l’aventure, la sauvegarde disparaît et l’on n’a pas d’autre choix que reprendre de zéro.
L’histoire est cependant suffisamment passionnante pour nous pousser à découvrir toutes ses facettes. On aurait pu croire que les développeurs se contenteraient de paraphraser Blade Runner ou d’autres récits de science-fiction, mais Silicon Dreams possède ses propres problématiques et notamment celle du droit de s’appartenir. Les questions sont soulevées avec brio puisque le joueur est constamment tiraillé entre l’envie de remplir ses tâches d’androïde-interrogateur et ses propres sentiments.
Dans Silicon Dreams, il ne suffit donc pas de mener l’enquête. Le joueur n’est en définitive pas tant à la recherche de la vérité que de sa vérité. Derrière chaque déviant se pose la question du droit des androïdes et en filigrane des Trois lois de la robotique. En nous faisant incarner l’un de ces êtres cybernétiques, Clockwork Bird provoque une empathie que l’on n’aurait guère imaginée possible à l’encontre de nos amis les androïdes. Sous les traits de l’un d’entre eux, les questions du libre arbitre ont une tout autre résonnance.




