Test de « Front Mission 1st: Remake » sur Switch. Pourquoi cet épisode est-il si important pour découvrir la série ?

Test de Front Mission 1st: Remake réalisé sur Switch à partir d’une version fournie par l’éditeur.

Après Panzer Dragoon: Remake et The House of the Dead: Remake, Forever Entertainment remet au goût du jour un autre chef-d’œuvre du patrimoine japonais. Aujourd’hui, MegaPixel Studio livre son interprétation de Front Mission 1st: Remake. Point de départ d’une saga de mecha tentaculaire, le tactical-RPG sort après tant d’années chez nous. Cet épisode fondateur occupant une place prépondérante dans la série, on considère presque Front Mission 1st: Remake comme la première opportunité de véritablement lancer Front Mission en Europe.

Lire aussi | Tests de Panzer Dragoon: Remake et de The House of the Dead: Remake

Test de Front Mission 1st: Remake

Sans G-Craft, Front Mission n’existerait certainement pas. Toshiro Tsuchida, président de G-Craft à l’époque, a dû convaincre Square de produire ce désormais vénérable tactical-RPG. Après tout, pourquoi ne pas ajouter de nouvelles cordes à son arc ? Car l’éditeur était alors un spécialiste de la fantasy ainsi que du tour par tour. Ce pari sera finalement couronné de succès car Front Mission deviendra l’un des classiques de la Super Famicom. En 1995, sur la seule console de Nintendo, le titre s’est écoulé à plus de cinq-cent-mille exemplaires, au Japon uniquement.

Car sans Forever Entertainment, Front Mission 1st: Remake ne serait jamais sorti chez nous. Il a pourtant connu de multiples versions, dont une adaptation sur WonderSwan Color, puis un remake sur PlayStation et DS. Cette dernière est tout de même parvenue jusqu’aux États-Unis, accompagnée d’une localisation en anglais. Mais jamais en Europe qui n’a eu droit qu’à Front Mission 3, Front Mission Evolved et Left Alive. L’ambition de l’éditeur polonais est donc double : dépoussiérer une œuvre bientôt trentenaire, et « lancer » la série en bonne et due forme sur notre continent.

Les épisodes étant connectés les uns aux autres, on apprécie davantage Front Mission quand on a joué à toute la série. Avec des sorties par-ci, par-là, comment fidéliser durablement une audience ? Front Mission 1st: Remake est donc indispensable aujourd’hui pour capter l’attention de nouveaux joueurs. En fin de compte, il aurait certainement été plus facile de travailler sur un épisode plus récent. Mais on comprend parfaitement la stratégie de Forever Entertainment qui aborde Front Mission depuis le commencement.

Quels contenus comporte Front Mission 1st: Remake ?

Front Mission 1st: Remake comporte deux campagnes principales et distinctes. Bien qu’elles se déroulent dans le même contexte, elles ont chacune leurs propres histoires et personnages.

La première se déroule sur l’île d’Huffman en 2090, dans un climat de paix fragile entre deux factions rivales. Royd Clive fait partie de l’O.C.U. (Union coopérative d’Océanie), opposée à l’U.C.S. (États continentaux unifiés). Au cours d’une embuscade mise en scène par le camp adverse, son escouade est prise au piège. Karen Meure, sa consœur et fiancée, est faite prisonnière de guerre. Cette tragédie, plus tard connue sous le nom d’incident de Larcus, marque le début du Second conflit de Huffman au cours de laquelle des combats de wanzers font rage. Un an après, Royd reprend du service au sein d’un groupe de mercenaires : les Corbeaux du canyon. Son objectif est avant tout de retrouver celle qu’il aime. Le scénario et son déroulement sont strictement identiques à la version Super Famicom sortie en 1995.

La deuxième campagne est apparue sur PlayStation en 2003. Elle est aussi disponible dans la version DS. On y incarne Kevin Greenfield, soldat de l’U.C.S., plusieurs mois avant l’incident de Larcus. Avec son escouades des Molosses noirs, Kevin est opposé à une faction terroriste répondant au nom d’Étoile de la liberté. Après avoir découvert l’emplacement de leur quartier général, il commet une erreur qui lui vaut d’être arrêté par la police militaire. Il est alors envoyé à l’institut Nirvana, division de recherche en armement, dirigé par l’énigmatique Driscoll. Ce deuxième scénario est peut-être moins connu, mais il se révèle finalement mieux écrit. Le développement des personnages est à ce titre plus travaillé, y compris pour les secondaires.

Pour comprendre tous les tenants et aboutissants de Front Mission 1st: Remake, les deux facettes sont donc indispensables. Chaque campagne dure une vingtaine d’heures environ. Le scénario de Kevin Greenfield ne lève pas seulement le mystère sur des événements laissés en suspens dans celui de Royd Clive. Il fait également le lien avec Front Mission 4, sorti en 2003 sur PlayStation 2.

Front Mission 1st: Remake est-il mieux équilibré ?

D’apparence classique, le premier Front Mission se distingue en réalité par son système de jeu. Dans ce tactical-RPG au tour par tour, les wanzers sont constitués de quatre parties indépendantes. Leur corps, leurs deux bras et leurs jambes possèdent chacun une barre de vie. Lorsque les jambes d’une unité disparaissent, elle perd sa mobilité. Dès lors qu’elle perd ses bras, il lui est impossible d’attaquer. Mais pour la détruire complètement, il faut viser son corps. Quand on attaque néanmoins, on ne peut pas toujours choisir quelle partie. Par ailleurs, une triangulaire des armes est censée équilibrer les débats. Dans les faits, on peut facilement abuser du système.

L’équilibrage des combats a toujours été le point faible du jeu et Front Mission 1st: Remake ne l’améliore guère. Les pics de difficulté en cours de progression sont toujours flagrants. Et en cas de coup dur, on ne peut compter que sur les combats d’arène et l’achat de nouveaux équipements pour se refaire. Passé un certain point, les pilotes acquièrent des compétences, comme celle de viser une partie de wanzer en particulier. Le titre bascule alors dans l’excès inverse et les combats deviennent une formalité. Pour tenter de palier à ces déséquilibres, MegaPixel Studio donne la possibilité de moduler la difficulté à sa guise. On peut la réduire bien sûr, en divisant la santé et la puissance des ennemis. On peut aussi l’augmenter en améliorant leurs statistiques jusqu’à… 900% !

Mais dans l’ensemble, l’aspect stratégique est surtout mis à mal par une intelligence artificielle d’une stupidité rare. Dans le meilleur des cas, les adversaires attendent patiemment leur salut. Dans le pire, ils s’attaquent entre eux. Il n’existe pas de friendly fire dans ce premier épisode, mais l’animation se déclenche et deux wanzers de la même faction gigotent alors pour rien. Et il n’y a rien de plus anticlimatic qu’un boss charismatique qui, une fois devant les mecha du joueur, préfère s’en prendre aux siens sans raison apparente. Cela ruine non seulement les efforts tactiques mais aussi l’immersion plus globalement. Forever Entertainment devra donc faire beaucoup d’efforts pour corriger tout ce pan du gameplay.

Cette nouvelle version améliore-t-elle l’ergonomie ?

Mais Front Mission n’accorde pas une aussi grande importance à la stratégie que d’autres jeux du genre. Le placement des wanzers se révèle moins crucial que leur personnalisation, par exemple. À ce titre, le joueur passe une partie non-négligeable de son temps au magasin puis au hangar pour équilibrer ses unités. Car il ne suffit pas ici d’empiler les meilleures armes. Si toutefois un mecha dépasse un certain poids, il devient impossible de l’utiliser. On doit donc souvent choisir son armement en fonction de sa spécialisation. Un pilote améliore effectivement ses statistiques selon le type d’armement qu’il utilise. Avec les attaques de mêlée par exemple, on a plus de chance de frapper le corps. Mais les missiles de croisière sont souvent dévastateurs. D’abord limités, ils abondent dès que l’on peut se réapprovisionner auprès de Peewie et son semi-remorque.

Le fait est que l’ergonomie n’est pas au mieux. Front Mission 1st: Remake aurait dû profiter de cette nouvelle version pour corriger des problèmes qui traînent depuis 1995. Pourquoi ne pas avoir regroupé les menus « magasin » et « configuration » au même endroit ? Car on peut effectivement acheter puis équiper une partie de wanzer depuis le marchand. Mais on se retrouve bloqué si le poids total est trop élevé. Le joueur doit alors revenir plusieurs écrans en arrière puis déséquiper une arme trop lourde. Cette rigidité peut décourager. Certains ne seront pas à l’aise avec la personnalisation, d’autant plus que le fonctionnement des robots n’est pas véritablement expliqué. Mais même sans aller jusqu’à ajouter un « auto-équipement », qui aurait tout de même motivé de nombreux pilotes, un minimum de souplesse aurait été le bienvenu.

Même les mouvements sur la carte du monde auraient mérité un ravalement de façade. On se déplace toujours de ville en ville, mais n’apparaissent que celles qui sont limitrophes à notre position actuelle. Vingt-sept ans après, on n’aurait pas crié au scandale si un menu permettait de se téléporter n’importe où, dès lors qu’on a libéré un lieu. Cela aurait par exemple favorisé l’envie de se frotter aux champions d’arène, et de recruter par la même quelques unités supplémentaires.

Ce nouvel habillage offre-t-il une troisième jeunesse à Front Mission ?

Finalement, MegaPixel Studio a surtout modernisé la réalisation de Front Mission 1st: Remake. Cette fois-ci, le studio abandonne complètement l’habillage en pixel art du jeu d’origine. Les vieux de la vieille préféreront les sprites et les décors de la version PlayStation. Ceux qui ne jurent que par l’aspect technique auront à redire sur les ombres et l’omniprésence d’aliasing. Mais globalement, cette refonte graphique était nécessaire et le studio a pris le soin de respecter son héritage.

Les développeurs laissent effectivement le choix entre des représentations classique ou moderne. La première adopte la même vue isométrique qu’à l’époque. Et malgré les nouveaux assets, entièrement modélisés en 3D, le rendu s’avère d’une grande fidélité. Dans le mode moderne cependant, on passe à une vue en perspective et on peut déplacer librement la caméra. On ne trouve d’ailleurs pas toujours le meilleur angle et on ne peut pas modifier l’axe de ses contrôles. Le curseur des wanzers se déplace un peu différemment aussi. Ainsi, Front Mission 1st: Remake se rapproche dans son aspect de Front Mission 4 et Front Mission 5: Scars of the War plus récemment encore.

Malgré tout, on regrette l’absence de la charte graphique si particulière de la série. Les boîtes de dialogue et les menus sur fond taupe, avec leur police d’écriture typique, ont entièrement disparu, même en mode classique. L’interface rassemble davantage à celle du troisième épisode. Mais Front Mission s’est toujours distingué par sa réalisation sobre, sublimée par la vision d’artistes renommés. Car derrière son apparente austérité se cache le chara design de Yoshitaka Amano. Les portraits du remake sont absolument superbes. On a enfin le choix entre les pistes originales, signées Yoko Shimomura et Noriko Matsueda, ou de nouvelles orchestrations. Elles sont finalement assez proches les unes des autres. Les musiques de Front Mission ne durent souvent que quelques secondes avant de passer à un autre écran. Mais si la piste s’étend, on se rend compte qu’elle ne boucle pas. Encore une fois, l’immersion a donc tendance à vaciller.

En fin de compte, Front Mission 1st: Remake rend-il l’épisode fondateur plus facile d’accès ?

Bien sûr, on aurait aimé que MegaPixel Studio modifie plus en profondeur certaines mécaniques de Front Mission 1st: Remake. En 1995, ce tactical-RPG n’échappait pas à la comparaison avec Tactics Ogre: Let Us Cling Together. Aujourd’hui, on ne peut pas s’empêcher de le confronter à Tactics Ogre: Reborn, troisième version du magnum opus de Quest. Square Enix n’a pas hésité à modifier des pans entiers de son gameplay, quitte à diviser la communauté sur certaines mécaniques. On aurait aimé que le studio polonais prenne autant de risque pour Front Mission. Peut-être que les développeurs n’ont pas osé, craignant d’altérer l’esprit de la série.

Lire aussi | Test de Tactics Ogre: Reborn

Pour autant, Front Mission n’a jamais été aussi facile d’accès. Il est désormais disponible sur Switch, y compris et surtout en Europe. Et pour toucher de nouveaux publics encore, Forever Entertainment assure de nombreuses localisations. On a donc droit à une traduction des dialogues en français. Elle n’est pas parfaite et de nombreux éléments de menu portent à confusion. Mais quiconque ne comprend pas l’anglais peut parfaitement prendre part au conflit opposant O.C.U. et U.C.S. sans être bloqué.

Restent que les finitions ne sont pas tout à fait à la hauteur du jeu dont il est question. On a parlé des problèmes d’ergonomie et de l’intelligence artificielle, mais de nombreux plâtres doivent encore être essuyés. Connaissant l’éditeur, on ne doute pas une seule seconde de sa bonne volonté car, pour chacun de ses précédents remakes, les avis des joueurs ont été pris en compte avec un suivi exemplaire. Front Mission 1st: Remake est toutefois de bon augure pour Front Mission 2nd: Remake. Dans sa forme d’origine, ce deuxième épisode est une atrocité. On n’a pas peur de l’écrire. Avec le moteur du remake et ses options pour accélérer la cadence, MegaPixel Studio pourrait redorer son blason. On peut par exemple désactiver les animations des mouvements et des attaques. Cependant, les développeurs devront aussi avoir l’audace d’alléger ses batailles interminables au détriment de la fidélité à tout prix.

Plus loin | Lire aussi les tests de JapanPop et Taikenban

Captures d’écran © Forever Entertainment

Notre avis | 7

Note : 7 sur 10.

Avec Front Mission 1st: Remake, Forever Entertainment remet au goût du jour un tactical-RPG inédit en Europe. Cela n’est pas anodin car, les épisodes étant connectés, il pose pour la première fois les bases de Front Mission chez nous. Le titre comporte les deux campagnes, respectivement sorties en 1995 et 2003, pour une vingtaine d’heures de combats de mecha chacune.

On regrette la timidité de MegaPixel Studio pour opérer certains changements, mais on reconnaît la fidélité du remake. On aurait préféré des choix plus radicaux concernant l’ergonomie. L’intelligence artificielle mérite aussi de nombreux réglages. Mais Front Mission 1st: Remake rend tout de même plus accessible cet épisode fondateur. Au-delà de l’aspect graphique, que l’on peut préférer moderne ou classique, on apprécie la traduction et les options qui permettent d’accélérer le déroulement des combats. En réalité, Front Mission n’avait pas tant besoin d’une mise à niveau que sa suite. On attend donc désormais Front Mission 2nd: Remake avec beaucoup de confiance.

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